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REACTION

RCA : Crépin Mboli-Goumba met la charrue avant le bœuf


- 24 Mars 2014 modifié le 24 Mars 2014 - 21:16


Par Johnny Yannick Nalimo

Le coq-à-l’âne demeure encore un vice apparent de certains centrafricains. C’est l’impression que j’ai contenu en lisant, hier, avec incision le speech grandiloquent de Maitre Crépin Mboli-Goumba, président de PATRIE et ancien ministre d’Etat, relatif à l’actualité politique centrafricaine. Le mobile de la contribution à la redéfinition des institutions de la République est louable, l’intellection futée mais l’approche est fumiste.
 
Le président de PATRIE semble vouloir, dans cette circonlocution, se frayer un chemin vers un but fugace en déduisant que le Conseil National de Transition (CNT) du « pays anormal» qu’est la Centrafrique présente est à mesure de rédiger la Constitution de la République Centrafricaine. Un pays anormal ne peut avoir que des dirigeants anormaux et des institutions anormales dont le CNT. Maitre Mboli-Goumba semble peu ringard en conseillant au tilapia de se servir de ses nageoires pour voler comme un colibri (Crépin cite la Belgique, le Burundi et la Suisse comme des exemples pour la Centrafrique), les réalités sont intrinsèquement différentes, bref.
 
Etant membre du gouvernement pendant la gestion politique la plus catastrophique de l’histoire centrafricaine, Monsieur Crépin Mboli-Goumba est sans ignorer que le disque dur de la politique centrafricaine grouille de politiques malhonnêtes, sans scrupules, déboussolés et prêts à tout pour vivre un présent éphémère sans futur. Notre illustre avocat saurait mieux que quiconque la versatilité des cadres politiques de Centrafrique et les rôles troubles qu’ils jouent dans le prolongement de la crise ; l’ancien ministre d’Etat pourrait aussi, avec acuité, reconnaitre l’inhumanité de ces politiques véreux fortement représentés dans le CNT. La « République anormal » est truffée de politiciens roublards. Devant de telles réalités, il est judicieux que le bœuf tire la charrue et non le contraire pour des raisons suivantes :
 
1/ Le Conseil National de Transition actuel ne peut malheureusement pas légiférer et rédiger la Constitution de la République Centrafricaine pour deux raisons : le CNT ne jouit pas d’une crédibilité quelconque devant le peuple qui se voit mal représenté dans cette institution (le terrain est le meilleur indicateur pour qui doute de cette affirmation). Le CNT est taillé selon les fantaisies politiques de la Séléka et de l’ancienne opposition démocratique (la coloration politique de chaque conseiller et les circonstances dans lesquelles il est désigné révélerait de plus grave).
 
2/ Le concept du « consociationalisme » (ce vocable usuel du web ne figure pas dans le dictionnaire de plusieurs ordinateurs ni dans Le Robert de poche 2014 de 61 000 définitions) évoqué par Maitre Crépin Mboli-Goumba visant à associer les différentes couches sociales, culturelles et politiques dans la gestion de l’Etat pour proscrire inexorablement la frustration d’une entité donnée s’avèrerait utile mais pas urgente.
 
L’urgence actuelle
 
Quand un ordinateur de service public est infecté par des logiciels malveillants la panacée est unique : le formatage du disque dur. C’est après l’assainissement de la machine qu’un anti virus adapté doit être activé pour protéger l’ordinateur d’éventuelles menaces virales. L’application de cet exemple consiste à épurer l’actuelle nébuleuse politique centrafricaine très infecte, de la mettre en quarantaine ou de la soumettre à un régime de mutité. L’antivirus dans ce contexte n’est pas le ronflant concept consociationaliste mais plutôt l’assemblage d’un appareil judiciaire mixte et indépendant composé de femmes et d’hommes de Centrafrique (si possible d’étrangers) capables d’établir équitablement les faits des violences commises en Centrafrique dans le strict objectif de faire parler la loi. Cette Commission judiciaire doit être activée avant toutes actions politiques internes impliquant directement ou indirectement le peuple. Après l’affinage de la classe politique dirigeante, seuls les représentants ou élus du peuple exempts de toutes accusations décideront de la rédaction de la Constitution centrafricaine, feuille de route pour la puissance politique, économique et la cohésion sociale. La suspension de l’épée de Damoclès sur les acteurs physique et moreaux des massacres perpétrés serait le signe extérieur de la volonté politique de d’endiguer les violences sur l’ensemble du territoire avant de redéfinir des institutions de la République. « Pour comprendre ce que peut être l’avenir, il faut raconter à grands traits l’histoire du passé », écrivait Jacques Atali dans son dernier ouvrage de 2013 intitulé La brève Histoire de l’Avenir. L’impunité frustre davantage qu’une promotion manquée.
 
Johnny Yannick Nalimo
Responsable Communication de Kité Révolution


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