Accueil
Envoyer à un ami
Imprimer
Grand
Petit
Partager
AFRIQUE

RCA : Les accusations contre l'armée tchadienne pour dissiper un génocide musulman ?


Alwihda Info | Par Info Alwihda - 17 Juin 2017 modifié le 17 Juin 2017 - 20:18

Le rapport du comité des droits de l'homme de l'ONU documente 620 incidents de violations graves du droit, dont la grande majorité est attribuée aux ex-Séléka et aux anti-balaka, pourtant, c'est vers l'armée tchadienne que les yeux sont rivés.


En Centrafrique, les violences commises par les milices Anti-balaka ont souvent été présentées comme des "ripostes", notamment dans le rapport Mapping de l'ONU, ce qui tend à légitimer un grave génocide commis contre les populations musulmanes qui étaient systématiquement visées.

"Au bout de quelques mois, les premiers signes d’une résistance armée et organisée ont commencé à émerger avec la formation de groupes semi-autonomes d’autodéfense, qui seront plus tard connus sous le nom de « anti-balaka »", justifie le rapport Mapping du comité des droits de l'homme de l'ONU.

Ce même rapport reconnaît clairement des violences ciblées contre des civils musulmans : "Alors que les ex-Séléka battaient en retraite, se repliant principalement vers le nord, les anti-Balaka ont multiplié les attaques et les violations des droits de l’homme contre des civils musulmans et d’autres personnes connues ou perçues comme étant partisanes des ex-Séléka à Bangui et à l’ouest du pays".

"Quand des convois ont été finalement organisés pour permettre aux musulmans de quitter les enclaves au sud et à l’ouest de la République centrafricaine, dans une sécurité relative, pour le Tchad ou le Cameroun, les anti-Balaka ont également organisé des attaques coordonnées et répétées contre ces convois, le long des routes menant au nord vers le Tchad et à l’ouest vers le Cameroun. Les anti-Balaka ont également pisté et exécuté les musulmans tentant de fuir la République centrafricaine par eux-mêmes, dans la brousse et dans la forêt, en particulier à la frontière occidentale avec le Cameroun", peut-on lire dans le rapport.

Le Projet Mapping documente "620 incidents de violations graves du droit international des droits de l'homme et du droit international humanitaire survenus entre le 1er janvier 2003 et le 31 décembre 2015. La grande majorité de ces incidents a été attribuée aux forces de défenses et de sécurités centrafricaines, aux Séléka/ex-Séléka et aux anti-balaka", pourtant, c'est vers l'armée tchadienne que les yeux sont rivés, lui faisant endosser de nombreuses accusations, y compris celles liées à des violences commises par les ex-Séléka et anti-balaka.

Un génocide contre les musulmans ?

La réponse du comité de l'ONU est frappante. "Compte tenu de la prudence requise pour inférer l'intention génocidaire des faits et circonstances donnés, la nature de l'information disponible au Projet Mapping, et l'application de la «suspicion raisonnable» comme norme de preuve, le rapport ne tire aucune conclusion quant au crime de génocide. Il identifie cependant des faits qui peuvent justifier une enquête plus approfondie pour déterminer si les éléments du crime sont satisfaits", estime le rapport.

Ce même rapport définit le génocide par la "commission de certains actes spécifiques avec l’intention de détruire en tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial, ou religieux. Comme dans le cas des crimes contre l’humanité, il n’est pas exigé de prouver l’existence d’un conflit armé pour établir le crime de génocide."

Que dit le rapport ?

Extraits du rapport : Violences sexuelles et basées sur le genre commises par les groupes anti-balaka (page 229)
Les éléments anti-Balaka, qui ont lancé des attaques fin 2013 pour renverser le gouvernement dirigé par la Séléka, ont commis de nombreuses violations graves des droits de l’homme, y compris des violences sexuelles. Femmes et filles ont été prises à parti chez elles ou dans les endroits où elles se cachaient. Les anti-Balaka ont également pris certaines femmes en otage et en ont fait des esclaves sexuelles. D’autres encore ont été forcées de se marier avec leurs ravisseurs. Bien que les victimes ciblées fussent surtout des musulmanes et d’autres femmes connues pour, ou supposées avoir des relations avec des musulmans, des chrétiennes et d’autres femmes non-musulmanes ont aussi été victimes de ces violences.

Au cours d’une attaque des anti-Balaka le 23 décembre 2013 contre la communauté musulmane du quartier Combattant de Bangui, deux combattants anti-Balaka ont collectivement violé une femme, la menaçant avec une machette appuyée contre son cou. Lorsque la victime a été interrogée par une équipe des Nations Unies en 2014, son état de santé était toujours très mauvais1016. Dans les mois qui suivirent, les éléments anti-Balaka ont violé ou commis des viols collectifs sur un nombre indéterminé de femmes à Bangui.

Dans certains cas, des anti-Balaka ont enlevé des victimes, les ont violées et ont demandé une rançon à leurs familles pour leurs libérations. Ainsi, la mère d’une victime a versé 30 000 francs CFA pour la libération de sa fille qui avait été violée par six anti-Balaka dans le quartier de Galabadja à Bangui en mars 2014.

Les anti-Balaka ont soumis certaines de leurs victimes et surtout les filles et les femmes peules, à un esclavage sexuel pouvant durer de quelques jours à plusieurs mois. L’un des cas les plus éprouvants concerne une famille peule de 13 personnes détenue pendant 14 mois par des anti-Balaka à Pondo (Mambéré-Kadéi). Les anti-Balaka auraient tué deux garçons et violé trois jeunes femmes et filles de la famille. L’une des femmes est morte en captivité des suites d’une maladie et son bébé de 12 mois est mort par la suite de malnutrition. Les membres survivants de la famille ont été libérés en avril 2015 après l’intervention de la MINUSCA et des autorités locales. Deux autres jeunes femmes ont également été retenues en captivité par deux anti-Balaka qui les ont forcées à devenir leurs esclaves sexuelles ; ils les auraient battues et fait subir d’autres formes de mauvais traitement.

Des cas similaires ont été signalés dans d’autres préfectures. En novembre 2013, des éléments anti-Balaka à Boali (Ombella-M’Poko) ont capturé dix femmes et filles peuls pour en faire leurs esclaves sexuelles. Certaines des filles pas plus âgées que 14 ans, seraient tombées enceinte1020. En 2014, dans la préfecture de la Mambéré-Kadéi, les anti-Balaka ont capturés au moins 30 femmes et filles peules et en ont fait leurs esclaves sexuelles pendant toute une année1021. Dans le village de Zoro Yanga, près de Gadzi, un commandant anti-Balaka, a violé une femme peule de 33 ans et en a fait son esclave sexuelle, la battant régulièrement lorsqu’elle tentait de résister.

Les anti-Balaka ont aussi utilisé le viol, y compris le viol collectif, comme punition à l’encontre des femmes qui ne coopéraient pas avec eux ou qui étaient perçues ou reconnues comme ayant une relation ou collaborant avec des musulmans. Par exemple, le 27 septembre 2015, un gang anti-Balaka a arrêté six femmes à un barrage routier, au sud d’un camp de personnes déplacées attenant à l’aéroport international de Bangui-M’Poko. Ils les ont accusés de collusion avec l’ennemi pour avoir vendu des légumes à des musulmans. Des membres du gang ont alors violé les femmes pendant plusieurs heures. Certaines de ces femmes ont été violées par plusieurs membres du gang. Une victime a identifié l’un des auteurs comme étant membre d’un gang loyal à un leader anti-Balaka vivant dans le camp. Selon les travailleurs humanitaires ces gangs anti-Balaka faisaient régner la terreur dans le camp et violaient régulièrement les femmes à leur guise sans qu’aucune autorité ne les en empêche ou ne protège les femmes et les filles.

Certaines des femmes ont été violées par des éléments anti-Balaka qui les accusaient d’avoir des partenaires ou des maris musulmans. Cependant, dans certains cas, il s’est avéré que l’accusation ne servait qu’à justifier la violence sexuelle. Ainsi, une femme de 19 ans a été violée le 10 novembre 2014 par deux anti-Balaka qui l’avait trouvée en train de ramasser du bois dans sa maison familiale abandonnée, près d’un quartier majoritairement musulman. Après l’avoir accusée de coucher avec des musulmans, ils lui ont attaché les mains derrière la tête et deux d’entre eux l’ont violée à tour de rôle. Fin 2014, elle souffrait toujours de douleurs abdominales mais n’avait pas vu de docteur craignant que son viol se sache.

Le 29 septembre 2015, une femme chrétienne de 20 ans, mariée à un musulman, a été violée par deux hommes anti-Balaka alors qu’elle se rendait au marché de M’Poko avec son bébé. Après l’avoir violée à tour de rôle, les hommes lui ont pris ses affaires et l’ont menacé de mort si elle revenait encore dans le quartier.

Les anti-Balaka ont aussi commis des viols et des actes de violence sexuelle contre des enfants combattant dans leurs rangs. En 2012 et 2013, les milices anti-Balaka ont recruté des centaines d’enfants soldats à Ouaka. Les enfants ont rejoint – volontairement ou de force - les groupes armés pour diverses raisons. Une grande partie des enfants recrutés par les anti- Balaka ont pris les armes pour se venger d’assassinats ou d’autres atrocités commises par des éléments de la Séléka mais aussi parce qu’ils y voyaient le seul moyen de gagner leur vie. Certaines filles ont déclaré avoir été victimes d’exploitation sexuelle et de viols.

Dans la préfecture de Lobaye, une fille de 17 ans a décrit l’ampleur des abus sexuels qu’elle-même et deux autres filles ont subis de la part d’un commandant anti-Balaka. Cette jeune fille avait rejoint les anti-Balaka pour venger le meurtre de son père à Bangui par des éléments de la Séléka. Peu de temps après avoir intégré le groupe armé, elle a subi les avances sexuelles d’un commandant anti-Balaka. Elle s’est sentie obligée de céder et est devenue l’une des trois mineures utilisées par ce commandant comme épouses.

Suite aux violences qui ont secoués Bangui entre le 26 septembre et le 20 octobre 2015, la Division des droits de l’homme de la MINUSCA a confirmé sept cas de viol et un cas de tentative de viol par des anti-Balaka et leurs sympathisants. On comptait parmi les victimes trois femmes et cinq filles de 12 à 17 ans. Les victimes étaient particulièrement vulnérables en raison de l’absence de parents adultes au moment des faits ou de l’incapacité de ces derniers à les aider. Il est probable qu’un plus grand nombre de femmes et de filles aient été victimes de viols et d’autres formes de violence sexuelle, à cette période, mais ces incidents n’ont pas été signalés car les victimes craignaient des représailles ou la stigmatisation.

Dans certains des cas de viols les plus horribles, les éléments anti-Balaka ont mutilé ou tué leurs victimes. Le 20 novembre 2015, dans les villages de Dauda et Umba, sur l’axe de Kouango, dans la préfecture de la Ouaka, les anti-Balaka ont violé une femme peule et coupé son corps en trois. Ils ont également coupé le bras d’une autre femme qu’ils avaient violée et ont poignardé une autre femme à l’estomac.