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RCA: Sarandji est il sérieux ?


Alwihda Info | Par Yasmina Perriere. - 11 Juillet 2016 modifié le 11 Juillet 2016 - 14:14

Alors que de nombreux compatriotes vivotent dans des camps de fortune, les fameux Ledger, ne sachant à quel saint se vouer si ce n'est à quel diable, en l'occurrence Sarandji lui-même, le Premier ministre ne trouve rien de mieux à faire que d'organiser une somptueuse fête. Mieux, il s'est livré à un étalage indécent de sa fortune subite. L'on comprend mieux pourquoi il refuse depuis de satisfaire à l'obligation constitutionnelle de déclaration du patrimoine.


Il paraît que, à l'instar de son patron de président, le Premier ministre centrafricain s'est marié samedi. Il paraît aussi que, contrairement à Faustin Archange Touadera, qui s’était lui aussi marié dès l’entame de mon quinquennat, ledit mariage a été célébré avec faste, battant le rappel de tout ce que Bangui compte de flagorneurs et de chercher-à-manger, comme on les appelle là-bas, dans la « Coquette ». Il paraît surtout que, comment pouvait-il d’ailleurs en être autrement, Touadera himself est l’un des témoins de mariage de son Premier ministre. Cela aurait pu prêter à sourire s'il ne s'agissait pas de l'image d'un pays.

Que Sarandji, dont le nom (littéralement, faire le vol ou être voleur, selon une traduction libre) inquiète déjà ses compatriotes décide de convoler en juste noce pour la énième fois, c'est son droit le plus strict.

Mais qu'il se marie au lendemain d'une crise majeure, la prise en otage de six policiers, dont la gestion par son gouvernement a été jugée catastrophique par tous les observateurs sérieux, et pire, dans un environnement de dénuement total des Centrafricains, est une faute.

Alors que de nombreux compatriotes vivotent dans des camps de fortune, les fameux Ledger, ne sachant à quel saint se vouer si ce n'est à quel diable, en l'occurrence Sarandji lui-même, le Premier ministre ne trouve rien de mieux à faire que d'organiser une somptueuse fête. Mieux, il s'est livré à un étalage indécent de sa fortune subite. L'on comprend mieux pourquoi il refuse depuis de satisfaire à l'obligation constitutionnelle de déclaration du patrimoine. N’est-ce pas que les biens mal acquis ou plus exactement acquis grâce à la sueur des fronts du peuple ne peuvent-être à l'abri que dans l'ombre des domiciles privés.

C'est à croire que le président Touadéra et sa bande attendaient d'être au pouvoir, avec ce que cela implique en terme de privilèges et de facilités, pour assouvir leurs vains rêves.

Plus qu'une injure faite aux centrafricains, c'est rien moins qu'un mépris. C'est un véritable pied de nez ( ba lembi betè à so mo, comme on le dit en Sango) fait à tous ceux de nos compatriotes qui conjuguent la misère et la pauvreté au présent. Car plus de trois mois après son installation à la tour Petroca, Sarandji n'a rien proposé de concret pour solutionner les nombreuses difficultés quotidiennes de ses compatriotes. Au contraire, il passe le clair de son temps à amuser la galerie avec ses coups d'éclats et ses actions folkloriques telles que sa fameuse opération « toumba zende ». Là, où on attend un programme prioritaire pour le retour des déplacés chez eux, il propose des balades dans la ville de Bangui. Ici, où l'on était en droit d'attendre de la part du gouvernement des mesures vigoureuses pour le retour de la sécurité et la fin du no man's land du kilomètre 5, le Premier ministre oppose la célébration de son mariage.

Faut-il rappeler à Touadera et sa bande que la politique est aussi souvent une affaire de symbole. Quand le peuple qui souffre et qui n'a rien à se mettre sous la dent observe une telle insouciance de la part de ses dirigeants, c'est dévastateur pour leur image. Et en terme politique, cela s’apparente ni plus ni moins à un suicide collectif. Surtout pour des individus qui s’étaient arrogé la bannière des pauvres. Ne proclamait-il pas être le candidat des pauvres ? Comme est dévastatrice la vidéo montrant Faustin Archange Touadera dispensant sa science a trois maigres étudiants de l'Université de Bangui, alors que des groupuscules armés s'emparent des villes de province les unes après les autres. La bonne communication, la vraie, celle qui est faite par les professionnels, aurait par exemple montré le président en salle d'opération devant des cartes d’état-major entrain de plancher avec ses principaux conseillers afin de donner ainsi l'illusion au peuple que le régime cherche des solutions pour juguler l'insécurité. Ils sont tellement incapables qu'ils n'arrivent même pas à vendre du rêve, donc de l'espoir au peuple. Ne dit-on pas que l'espérance fait vivre ? L'incompétence de ce régime est telle que l'on se demande si ses hérauts s'étaient vraiment préparés à assumer le pouvoir de l'État.

Pour revenir enfin à Sarandji, tout semble, en effet, indiquer qu'étant lui-même conscient de la vacuité de son système et ainsi que de son inconséquence, le géographe national est pressé de se remplir les poches. C’est tout ce qui compte pour lui. Et tant qu’il restera à la PRIMATURE, il ne proposera rien de bon pour le relèvement de la République centrafricaine. Et c'est une certitude !

Pendant ce temps, c'est le peuple qui souffre. C'est le pays qui sombre. C'est la nation qui se liquéfie littéralement sans que Sarandji et sa bande s'en émeuvent. Jusqu'à quand cette pantalonnade va-t-il durer ? Sommes-nous sortis de la transition pour entrer dans la kleptocratie ? Le régime de la « mangécratie » comme dirait l'artiste ivoirien Tiken Jah Fakoly. C'est alors qu'on dira, fatalement, tout ça pour ça ? Pauvre Centrafrique!

Yasmina Perriere.


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