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INTERVIEW

RCA : Sécurité, paix, économie, démocratie, diplomatie ; l'ex-Président Nguendet s'explique


Alwihda Info | Par Info Alwihda - 6 Avril 2017 modifié le 6 Avril 2017 - 11:56

L'ancien chef de l'Etat de la Transition par intérim, et Président du Conseil National de Transition (CNT) en Centrafrique, Ferdinand Alexandre N'guendet a accordé un entretien à Alwihda Info, dans lequel il aborde l'épineuse question sécuritaire, et propose même des patrouilles mixtes avec les pays voisins, à l'exemple de la force mixte tchado-soudanaise.

Outre la sécurité, le Président-fondateur du Rassemblement Pour la République (RPR) évoque la division du pays, l'unité, la forme et l'autorité de l'Etat, la réconciliation nationale, l'armée, l'économie, la démocratie, la géopolitique, la diplomatie, et la monnaie.


Propos recueillis par Djimet Wiche et Ahmat Brahim

L'ancien chef de l'Etat de la Transition par intérim, et Président du Conseil National de Transition (CNT) en Centrafrique, Ferdinand Alexandre N'guendet.
L'ancien chef de l'Etat de la Transition par intérim, et Président du Conseil National de Transition (CNT) en Centrafrique, Ferdinand Alexandre N'guendet.
Sécurité
La Centrafrique vit actuellement une étape cruciale de sa reconstruction. Mais la situation peut déraper à tout moment. L’aspect sécuritaire en Centrafrique est le maillon primordial pour asseoir un véritable Etat. Comment faire en sorte que la République puisse assurer l'intégrité territoriale de ses 622 984 km² ? On croirait parfois qu'aucun politique centrafricain n'a la solution.

Ferdinand Alexandre N’guendet : Tout d’abord avant de répondre à vos questions, permettez-moi de dire un petit mot en direction de tous les lecteurs d’Al-Wihda, qui me semble-t-il est le premier portail d’information en ligne du Tchad. C’est un réel plaisir pour moi de pouvoir m’exprimer sur ce média.
"Les Forces Armées Centrafricaines (FACA) sont aujourd’hui politisées, tribalisées et divisées"

Ce que vous devez savoir c’est que la sécurité occupe une place centrale dans le projet de société du Rassemblement Pour la République (RPR) dont je suis le Président-Fondateur. Du temps où j’étais Président du Conseil National de Transition (CNT), l’Assemblée Nationale de Transition, et Chef de l’Etat de Transition par Intérim, jamais je n’ai eu de cesse de faire des propositions concrètes en la matière. Cette question de la sécurisation de l’intégrité territoriale de la RCA ne peut faire l’économie du redéploiement effectif de toutes nos forces de défense et de sécurité. C’est un impératif catégorique. Notre stratégie militaire doit être redéfinie afin de nous orienter vers une nouvelle doctrine sécuritaire qui entérinerait la migration opérationnelle d’une armée de projection, comme c’est le cas actuellement, à une armée de garnison.

Les Forces Armées Centrafricaines (FACA) sont aujourd’hui politisées, tribalisées et divisées. Aussi la réforme et la réorganisation de celles-ci est un domaine crucial qui cristallisent les attentes des Centrafricains. D’où la nécessité de la mise en place à tous les niveaux de commandement d’un Etat-Major intégré qui tienne compte de toutes les sensibilités.

De plus, pour compléter ce dispositif de sécurisation du territoire centrafricain, il est un besoin urgent de rendre opérationnel dés maintenant des patrouilles mixtes entre la RCA et les pays voisins.

Mais je dois rappeler que la condition sine qua none pour la bonne marche de tout cet arsenal militaro-sécuritaire, c’est la réalisation d’une réconciliation nationale digne de ce nom.
"Le cas du mercenaire nigérien Ali Darass appuyé par des mercenaires tchadiens hostiles au régime de N’djaména et des Peuhls mauritaniens, d’un Joseph Kony ou encore d’un Siddiki. Contre ceux-là j’en appelle à une croisade internationale pour les neutraliser et les livrer à la justice, notamment à la Cour Pénale Spéciale (CPS) qui a déjà été installée"

Sécurité - Division
Une Centrafrique unie et en paix est dans l'intérêt de toute la sous-région et du continent. Faut-il continuer à utiliser la force pour débarrasser le pays des milices qui font du pays un terrain de jeu ?

FAN : Depuis environ trois décennies, la RCA traverse une crise multidimensionnelle dont les causes sont à la fois endogènes et exogènes. C’est d’ailleurs ici l’occasion, pour moi, de saluer la solidarité régionale et sous-régionale qui n’a jamais fait défaut depuis 1993 avec les différentes missions internationales comme la MISAB, la MINURCA, la MICOPAX, la FOMAC, la FOMUC ou encore la MISCA. Ces dernières se sont toujours beaucoup impliquées pour la stabilisation de la RCA et le travail de retour à la paix et au dialogue inter-centrafricain. Les Centrafricains dans leur immense majorité, ainsi que moi-même, leurs en sont infiniment redevables.

Cependant la doctrine que nous privilégions en matière de résolution de crise nous recommande d’user la force que comme ultime recours seulement après avoir épuisé toutes les possibilités qu’offrent la négociation et la diplomatie. Aussi, à l’heure où nous parlons, c’est le dialogue franc et sincère qui doit être privilégié avant tout avec les milices internes qui se sont résolument et sincèrement engagés dans le processus du DDRR.

Sécurité
"Une victoire par les armes est une demi-victoire" ; Ne faudrait-il pas collaborer avec les différentes milices et groupes rebelles pour préserver la sécurité du territoire, à défaut de pouvoir les éradiquer, de sorte à établir un maillon efficace de prévention et contre toute déstabilisation ?

FAN : Je suis d’avis que la sortie de la crise en Centrafrique doit se faire par étape et principalement dans le dialogue. Néanmoins, nous disons avec fermeté que les mercenaires-terroristes et affairistes qui utilisent la RCA comme un fond de commerce doivent être militairement traqués, pourchassés et neutralisés afin d’être traduits en justice devant les juridictions compétentes. C’est le cas du mercenaire nigérien Ali Darass appuyé par des mercenaires tchadiens hostiles au régime de N’djaména et des Peuhls mauritaniens, d’un Joseph Kony ou encore d’un Siddiki. Contre ceux-là j’en appelle à une croisade internationale pour les neutraliser et les livrer à la justice, notamment à la Cour Pénale Spéciale (CPS) qui a déjà été installée.

Unité
Les différentes formes de rébellions ne traduisent-elles pas une contestation d'une frange, voire minorité de la population qui aurait été délaissé par les différents pouvoirs qui se sont succédés en Centrafrique ?

FAN : Nous avons bien compris la teneur des revendications de nos frères qui se sont sentis, à bien des égards, abandonnés par l’administration centrale de Bangui, et ce depuis plusieurs décennies déjà. Face à cela, il nous faut réellement inviter à une vraie réconciliation nationale franche et sincère entre tous les fils et filles de la Centrafrique.

Nous ne devons plus délaisser quelle que sensibilité que ce soit, quelle que communauté que ce soit. Toutes doivent être impliquées dans le processus de décision. Pour palier à ces sentiments d’abandon d’une frange de la population centrafricaine, nous revendiquons et exigeons la mise en place du principe de la cogestion.
"Nous ne devons plus délaisser quelle que sensibilité que ce soit, quelle que communauté que ce soit"

De plus, les évènements semblent nous donner une fois de plus raison, dans le sens où nous avons toujours défendu l’idée d’accélérer le processus d’une décentralisation effective moulée dans le principe de subsidiarité. Nous ne pouvons plus nous permettre de remettre à demain ces mesures importantes et à même de nous tenir à l’abri de ces types de contestations qui parasitent la vie politique centrafricaine depuis trop de décennies.

Forme de l'Etat
La Centrafrique devrait-elle opter pour une République fédérale, à l'exemple du souhait du Tchad voisin qui est entrain de se pencher sérieusement dessus ?

FAN : Le Rassemblement Pour la République (RPR) reste très fermement attaché aux caractères républicain, unitaire, indivisible, démocratique et laïque de l’Etat centrafricain. C’est un point sur lequel nous ne pouvons transiger. Cependant soucieux du bien être de tous les citoyens, de leur épanouissement sur tous les plans, nous disons qu’un tel Etat unitaire, un et indivisible nécessite pour atteindre ses objectifs d’intérêt général de rendre effective la question de la décentralisation et de la subsidiarité. C’est à ce prix là, que l’Etat centrafricain pourra assurer rationnellement et réellement la bonne redistribution des ressources du pays, dans le cadre d’une gestion collégiale du pouvoir.

Unité - Réconciliation nationale
Au delà même de l'aspect sécuritaire, il faut une vraie réconciliation entre centrafricains, impliquant une réelle cohabitation. Cela prend du temps, certes, mais cette unité –qui figure dans la devise et qui tend à perdre tout son sens- doit être revitalisée. Par quels moyens concrets ?

FAN : Le nœud gordien du problème de l’unité de la RCA se situe au niveau de la question de la réconciliation nationale. Ce problème ne peut trouver sa solution que dans l’implication de toutes les couches de la Nation centrafricaine dans la gestion de la chose publique.

Tant qu’une sensibilité, une communauté, une partie de la RCA sera exclue de cette gestion collégiale, consensuelle, concertée, l’unité du pays sera menacée voire sévèrement attaquée de l’intérieur.
"Nos FACA ont été instrumentalisés par certains hommes politiques à un certain moment"

Armée
Le pays se doit d'avoir une véritable armée. Comment la restructurer afin qu'elle soit réellement républicaine ? Pourra-telle à court ou moyen terme se substituer aux forces onusiennes ?

FAN : Aucun pays au monde ne peut garantir sa propre sécurité sans le recours aux forces de défense et de sécurité internes. C’est là une réalité que nous ne cessons de rappeler.

Il est vrai, et je le reconnais volontiers, que nos FACA ont été instrumentalisés par certains hommes politiques à un certain moment, ce qui a fortement nuit à leur capacité fonctionnelle. Cependant ce triste constat n’est pas un facteur limitant rédhibitoire. Là où le bas blesse c’est au niveau du manque criant d’équipements de nos services de sécurité intérieure. Seule une infime minorité des éléments constituant les forces de sécurité nationale dispose d’armes fonctionnelles.

Il est vrai qu’ici et là, l’on invoque l’argument selon lequel la RCA fait l’objet depuis décembre 2013 d’un embargo sur les armes des Nations Unies puis de l’UE ; embargo, d’ailleurs, reconduit pour un an jusqu’en janvier 2018.

Mais je dois tout de même rappeler à votre mémoire que la résolution 2262 prévoit une dérogation permettant au gouvernement d’acquérir des armes et autre matériel létal connexe destinées à ses forces de sécurité à la condition qu’elles soient utilisées exclusivement aux fins de la réforme du secteur de la sécurité (RSS) ou de l’appui à celle-ci et de soumettre leurs livraisons à l’approbation préalable du Comité du Conseil de Sécurité créé par la résolution 2127 (et reconduit par la résolution 2339) concernant la République centrafricaine.

Quant aux livraisons de matériel non létal exclusivement destinées à soutenir la RSS, elles doivent seulement faire l’objet d’une notification préalable au même Comité.

Ainsi la porte n’est pas fermée au rééquipement de nos forces de sécurité. Il nous appartient de fournir les efforts conséquents pour être crédibles et bénéficier de ces dérogations.
"Je préconise le recrutement à court terme de troupes supplémentaires. De telle sorte que l’on passe de 8434 forces armées centrafricaines à 20.000, de 3500 gendarmes à 10.000 et de 1675 policiers à 6.000"

Au-delà des questions du réarmement et du redéploiement de nos forces de défense et de sécurité, il y a bien sûr le problème de la formation et de la professionnalisation qui doivent trouver une solution d’urgence. Et ce afin que notre armée nationale soit réellement républicaine, pluriethnique et apolitique. La mission européenne EUTM participe aujourd’hui grandement à la modernisation des FACA. Près d’un millier sont déjà formés, d’autres sont encore en formation. D’ici quelques semaines le premier bataillon modernisé sera entièrement opérationnelle.

A cela s’ajoute le fait que l’Assemblée Nationale vient d’adopter le code de justice militaire afin d’imposer la discipline et de prévenir d’éventuels dérapages.

Pour compléter ce tableau et rendre véritablement nos forces de défenses et de sécurité opérationnelles je préconise le recrutement à court terme de troupes supplémentaires. De telle sorte que l’on passe de 8434 forces armées centrafricaines à 20.000, de 3500 gendarmes à 10.000 et de 1675 policiers à 6.000.

Avec de telles mesures, nous serons dans les conditions susceptibles de permettre à nos propres forces de défense et de sécurité de contribuer notablement à la stabilité du pays et à sa sécurité.

L'autorité de l'Etat
Les troubles et affrontements récurrents dans l'étendue du pays ne démontrent-ils pas une insuffisance pour le pouvoir à asseoir l'autorité de l'Etat, malgré l'appui des forces onusiennes ?

FAN : Aujourd’hui nous constatons que l’autorité de l’Etat est réduite à la seule ville de Bangui et à ses environs. 60% du pays est aux mains de groupes armés étrangers qui pillent nos richesses, répandent la terreur, sèment la mort et créé le chaos autour d’eux. Citons en exemples Joseph Kony qui sévit principalement dans les préfectures du Mbomou et du Haut-Mbomou, Ali Darass qui impose son diktat aux populations de la Ouaka, de la Basse-Kotto et de la Haute-Kotto ou encore Siddiki qui fait de même dans tous le grand-ouest du pays.

Vous comprenez alors que face à cette insécurité endémique qui frappe la RCA, l’autorité de l’Etat ne pourra être restaurée sur l’ensemble du territoire sans le déploiement effectif des forces de défense et de sécurité centrafricaines. C’est le préalable nécessaire pour réinstaller sur tout le territoire les fonctionnaires sur leurs lieux de travail dans des conditions acceptables et dignes.
"Il nous faut la constitution d’un fonds spécial d’indemnisation pour les victimes de ces destructions et spoliations"

Economie - Reconciliation nationale
La réconciliation nationale en Centrafrique passera aussi inévitablement par le rétablissement dans leurs droits des personnes centrafricaines ou étrangères, expropriées ou dépossédées des biens meubles ou immeubles, acquis légalement. Une telle action permettrait de redonner confiance aux investisseurs et acteurs économiques nationaux et étrangers qui contribuaient à la vivacité de l'économie centrafricaine, et à éventuellement permettre des retours. Que deviennent les biens de ceux-ci, dont beaucoup ont été contraints de quitter le pays ?

FAN : La RCA n’est pas le premier pays au monde à faire face à ces questions spécifiques aux contextes post-conflictuels. En s’inspirant de ce qui a pu se faire ailleurs, nous dégageons naturellement deux préalables à l’indemnisation des victimes dépossédées, expropriées de leurs biens.

Il faut d’abord un cadre juridique, une base légale pour éviter de rajouter de l’injustice à la désolation. Et deuxièmement, il nous faut la constitution d’un fonds spécial d’indemnisation pour les victimes de ces destructions et spoliations.

Sur le plan juridique, nous devons saluer la mise en place effective de la Cour Pénale Spéciale (CPS) qui contribuera à n’en pas douter de façon significative à la justice transitionnelle post-conflictuelle afin de dire le droit et de soutenir toutes les victimes.

Pour le volet financier, le Rassemblement Pour la République (RPR) invite le gouvernement centrafricain à se saisir de ce problème pour mobiliser au plus vite les ressources financières décrochées à la Table-Ronde de Bruxelles en novembre 2016 tout en mettant en place un comité souple avec des compatriotes aguerris dans la maitrise des mécanismes de la finance internationale. Ce comité ne pourra pas faire l’économie de la cogestion qui participe de la transparence dans la gestion de la chose publique.

Transition - Démocratie
Aujourd'hui, la Centrafrique a passé sereinement le cap des élections malgré des turbulences persistantes. Est-il plausible de croire qu'elle tendra à devenir l'une des plus belle et solide démocratie de l'Afrique Centrale, voire du continent ?

FAN : Le Rassemblement Pour la République (RPR) s’associe à tous les Centrafricains et tous les observateurs internationaux pour saluer le déroulement impeccable des dernières élections qui, à la surprise générale, se sont très bien passées dans l’ensemble.

Mais aujourd’hui nous sommes dans une forme de Transition, mais cette fois-ci avec des autorités légitimes. Cela devrait interpeller les nouvelles autorités à aller très rapidement vers une réconciliation sincère avec tous les compatriotes épris de paix et de concorde nationale.

Aussi pour consolider les acquis de cette dernière, et faire demain de la République Centrafricaine un futur modèle d’Etat démocratique, nous ne pouvons plus faire l’impasse sur deux points, à savoir une réconciliation profonde entre tous les filles et fils du pays, et la question de l’opérationnalité des forces de défense et de sécurité qui sont in fine les plus indiquées à protéger les institutions de la République et la bonne gouvernance.
"Nous proposons aux nouvelles autorités de plus impliquer le Président Idriss Déby Itno pour nous aider à sécuriser nos frontières et surtout à neutraliser Ali Darass qui compte dans ses rangs de nombreux mercenaires tchadiens hostiles au régime de N’djaména."

Géopolitique
De quelle manière le Tchad, pays voisin assez impliqué dans la crise Centrafricaine, peut-être utile, directement ou indirectement, dans la préservation de la sécurité et de la paix en Centrafrique ?

FAN : La RCA et le Tchad partagent une histoire commune qui remonte même au-delà la période coloniale. Une histoire commune basée entre autres sur la culture, la population ou encore les différentes organisations administratives.

Cela fait déjà plusieurs décennies que le Tchad s’implique à fond dans la résolution des crises qui frappent la RCA par séquences. A ce titre, nous ne pouvons que nous réjouir du retour de l’ambassadeur du Tchad en RCA qui a déjà eu à présenter ses lettres de créances au Chef de l’Etat. C’est un geste fort qui marque la volonté de part et d’autre de resserrer davantage les relations bilatérales entre nos deux pays.

La RCA et le Tchad partagent près de 1200km de frontière commune. Concrètement il serait souhaitable que des patrouilles mixtes soient créées pour contribuer à la sécurisation et la préservation de la paix. Et dans ce sens des rencontres périodiques qui réuniraient nos deux Etats-Majors devraient également voir le jour.

Nous proposons aux nouvelles autorités de plus impliquer le Président Idriss Déby Itno pour nous aider à sécuriser nos frontières et surtout à neutraliser Ali Darass qui compte dans ses rangs de nombreux mercenaires tchadiens hostiles au régime de N’djaména.
"Au niveau bilatéral nous préconisons l’organisation périodique de commissions mixtes dans le but de redynamiser nos relations avec les pays frères et amis."

Diplomatie
La reconstruction de l'image de la Centrafrique n'est pas seulement interne. La diplomatie centrafricaine joue-t-elle un rôle actif afin de donner un nouvel élan au pays ?

FAN : Avec une meilleure gestion de notre diplomatie nous pourrions très significativement et très positivement améliorer l’image de notre pays, la RCA. Même si des efforts importants restent encore à produire, il nous faut souligner quelques éléments encourageant dans ce travail reconquête diplomatique : le retour de la RCA au sein d’institutions régionale ou internationale est à saluer. Ainsi en est-il des places que notre pays a reprises au sein de l’Union Africaine (UA) et de l’Organisation Internationale pour la Francophonie (OIF).

Et pour modifier la perception négative à l’étranger de notre pays et faire de la RCA un pays crédible, fiable et respecté, le Rassemblement Pour la République (RPR) plaide pour une diplomatie plus offensive tant au niveau bilatéral que multilatéral.

En effet, une diplomatie qui fonctionne correctement est capable de drainer un maximum de capitaux étrangers pour assurer le développement et la consolidation d’une croissance économique durable.

Et pour ce faire, au niveau bilatéral nous préconisons l’organisation périodique de commissions mixtes dans le but de redynamiser nos relations avec les pays frères et amis. Au niveau multilatéral, nous ne devons plus hésiter à nous montrer plus dynamique dans l’animation de la coopération au niveau des institutions sous-régionale et régionale. Nous devons également parvenir à faire intégrer un grand nombre de cadres centrafricains dans le personnel de ces institutions sous-régionale, régionale et internationale.
"De ressources minières remarquables qui, malgré les faibles prospections, comptent 470 indices miniers dont l’uranium, le fer, le calcaire, la lignite, le coltan, l’or, le diamant, le cuivre, le pétrole, et bien d’autres encore"

Economie
La Centrafrique a des richesses inexploitées. Comment les mettre à profit du développement et stimuler l'économie pour créer une véritable indépendance et souveraineté ?

FAN : Vous avez raison de parler ici des potentialités de la RCA, car nous sommes là face à un pays immensément riche : nous disposons de 15 millions d’hectares de terres arables, de 16 millions d’hectares de terres de pâturage et de parcours pour le bétail, d’un réseau hydrographique très dense aussi bien en surface qu’au niveau sous-terrain, d’un secteur forestier à fort rendement, d’un important potentiel en matière d’économie verte et de tourisme, de ressources minières remarquables qui, malgré les faibles prospections, comptent 470 indices miniers dont l’uranium, le fer, le calcaire, la lignite, le coltan, l’or, le diamant, le cuivre, le pétrole, et bien d’autres encore.
"Une cogestion qui impliquera toutes les communautés centrafricaines sans exclusive"

Les obstacles à l’exploitation rationnelle de toutes ces riches sont nombreux mais pas insurmontables. Mais la priorité des priorités pour rendre effective la possibilité d’un décollage économique c’est la réconciliation nationale. Nous devons tout mettre en œuvre pour sa réalisation et permettre une cogestion à tous les niveaux. Une cogestion qui impliquera toutes les communautés centrafricaines sans exclusive.

La diplomatie, surtout sous-régionale, comme nous en parlions précédemment joue, pour nous, un rôle fondamental. C’est là un instrument dont ne pouvons pas nous passer au risque d’hypothéquer définitivement nos chances de décollage économique. Aussi nous sommes d’avis qu’il nous faut rapidement ouvrir des négociations sur tous les sujets sans tabous, aucuns, avec nos partenaires historiques.

La stimulation de l’économie passe aussi par les efforts conséquents que nous devons fournir pour assainir la gestion des finances publiques et l’amélioration du climat des affaires en dotant le pays d’un arsenal juridique, judiciaire et fiscal rassurant et incitatif pour les investisseurs tant nationaux qu’étrangers.
"Dans le combat que nous menons dans la reconstruction du pays, le Franc CFA n’est pas un facteur bloquant, loin s’en faut."

Monnaie
La devise Franc CFA est au centre de multiples critiques de toute part. Etes-vous de ceux qui approuvent le fait que cette monnaie tire l'économie du continent vers le bas ?

FAN : Je comprends aisément la légitimité de remise en cause de la monnaie unique. Cela n’est pas propre à la Zone Franc CFA, regardez du côté d’une autre zone monétaire qu’est celle de l’euro. Vous verrez que les débats y font rage et sont particulièrement houleux quant à la question de la pertinence de la monnaie. Allant jusqu’à un quasi-divorce entre une Europe du Nord et un club des mauvaises élèves de l’euro, principalement des pays du Sud, appelés PIIGS acronyme anglais de Portugal, Italie, Ireland, Grèce et Spain (l’ « Espagne »). Sachant que le mot anglais « pig » signifie cochon avec toute la connotation négative qui accompagne cet animal.

C’est dire les dissensus terribles qui travaillent encore aujourd’hui la zone euro. Cette contradiction d’une monnaie unique à destination d’économies multiples aux caractéristiques diverses se retrouve aussi chez nous dans la Zone Franc CFA où les besoins de chacune des quatorze économies qui la constitue sont différents voire opposés.

Mais nous devons également réaliser que l’économie mondiale est aujourd’hui en berne. Même les mastodontes de l’économie continentale qui affichaient il y a quelques années des croissances à deux chiffres sont en perte de vitesse, en récession. Et cela n’est pas dû à une monnaie unique, ni au franc CFA.

La monnaie est une variable d’ajustement comme une autre dans l’équation de la croissance économique, mais elle n’est pas la seule ni la plus importante. Au niveau continental, nous avons besoin d’accompagner la mutation de notre modèle économique. Que l’on soit plus un pays producteur ou importateur, si l’on ne dispose pas d’une offre en énergie assez compétitive, d’un accès aux services de base, d’un niveau d’infrastructure suffisant, de capitaux conséquents, à quoi bon s’interroger sur la sortie ou non de la Zone Franc CFA ?

La RCA est un pays qui se trouve dans une situation de post-conflit où tout reste à reconstruire, voire à construire, à commencer par l’autorité de l’Etat. Notre problématique, à ce jour, c’est l’accès aux services de base, aux financements innovants pour nos infrastructures permettant notre désenclavement, l’assainissement des finances publiques, l’amélioration du climat des affaires. Ce sont toutes ces mesures qui nous feront gagner un certains nombre de point croissance pour aider la RCA à s’extirper de la pandémie de la pauvreté. Dans le combat que nous menons dans la reconstruction du pays, le Franc CFA n’est pas un facteur bloquant, loin s’en faut.

Excellence, Monsieur le Président Ferdinand Alexandre N’guendet, nous vous remercions d’avoir bien voulu répondre à nos questions.

FAN : C’est à moi de vous remercier pour cette interview qui nous aura permis entre autres de traiter un large spectre de questions d’actualité et d’importance notamment en ce qui concerne la restauration de la paix, de la réconciliation nationale et de l’autorité de l’Etat en Centrafrique. Je profite de l’occasion pour saluer vos nombreux lecteurs et lectrices à travers le monde.