Accueil
Envoyer à un ami
Imprimer
Grand
Petit
Partager
LIVRE

ROMAN : « FANTASIA », CE NOUVEL OUVRAGE DE LA CAMEROUNAISE JEANNE-LOUISE DJANGA RACONTE L’HISTOIRE D’UNE FEMME AYANT SURVÉCU A UN GIGOLO.


Alwihda Info | Par Franck CANA - 9 Décembre 2015 modifié le 9 Décembre 2015 - 00:07


ROMAN : « FANTASIA », CE NOUVEL OUVRAGE DE LA CAMEROUNAISE JEANNE-LOUISE DJANGA RACONTE L’HISTOIRE D’UNE FEMME AYANT SURVÉCU A UN GIGOLO.

Cupidité, mensonge, faculté de maîtriser l’esprit d’un autre, coït bâclé, prédation, naïveté, chute et réveil sont quelques-uns des éléments de Fantasia, le nouveau roman de Jeanne-Louise Djanga. Au crépuscule de sa vie, Fantasia en remonte le cours et se focalise sur les sept années de désillusion qu'elle vécut après la rencontre d’un homme qu'elle avait pourtant aimé passionnément dès le début de leur idylle.

Son mari était irréprochable, il était même, selon l’avis de Fantasia, « un bon coup au lit ». Toutefois elle le quitta pour celui qui se nommait « Rien », mais qu'elle considérait comme un beau parleur. Ce nouveau compagnon qui ne travaillait pas, collectionnait les femmes, distribuait les grossesses pêle-mêle, lui soutirait de l'argent à tout va et ne voulait surtout pas être vu en public avec celle qu'il prétendait aimer.

Lorsque émane la supercherie dans son esprit, lorsqu’elle flaire l'escroquerie sentimentale et financière, elle n'a cependant pas la force de réagir. Après avoir vanté les mérites de son Rien dans leur communauté camerounaise, elle a honte de faire marche arrière et s'enferme dans une sorte de pacte du silence avec elle-même, dans une grande désillusion. Son mari faisait très bien l'amour, Rien, quant à lui, n'est pas un bon coup au lit, pire encore, il n'a pas de plan de vie commune ni de mariage en vue.

Lauréate de plusieurs prix de poésie, Jeanne-Louise Djanga signe avec Fantasia son quatrième ouvrage d'une carrière littéraire commencée en 2007. Au-delà de la destruction humaine qui peut jaillir du gigolisme, l'héroïne de ce livre refuse de vivre dans un environnement ghettoïsé, l'auteure transpose ici le problème du retard social de l'Afrique. À ce sujet, le constat est que le président François Hollande est en réalité celui de l'Afrique francophone. Ces pays africains n’ont jamais été vraiment indépendants.

La tragédie a toujours été bien planifiée par les colonisateurs. Ce roman nous rappelle le propos de Lord Salisbury à la clôture de la Conférence de Berlin sur le partage de l'Afrique en 1885 : « À Berlin, nous nous sommes partagés des montagnes, des forêts, des fleuves et des nègres. » C’est un regard sur le passé qui permet de mieux comprendre le présent... Ce texte contient à la fois de l’humour et un glacial réalisme qui n'est pourtant ni cynique ni pessimiste. Jeanne-Louise Djanga sait donner au désespoir la forme d'un joli conte humaniste riche d'enseignements.

Franck CANA

« Fantasia : bienvenue à Paris, France, Europe », de Jeanne-Louise Djanga, roman, Ed. l'Harmattan, 238 pages, 21 euros.

Source : Mito revista cultural n°27 de décembre 2015.