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Régularisations : Une décision qui honore le Maroc


Alwihda Info | Par - 17 Novembre 2013 modifié le 17 Novembre 2013 - 10:24


Par Jamal Amiar

La décision du Maroc de régulariser les étrangers se trouvant sur son sol en situation irrégulière est juste et réaliste, réunissant les critères d’un geste qui sert les intérêts du pays tout en respectant les conventions internationales et les valeurs humanistes.


Conforme à des principes de solidarité et à des valeurs humanistes fortes, cette décision est également conforme à des principes de réalité.
Selon les premières indications fournies par les ministres Mohamed Hassad (Intérieur) et Anas Birou (Communauté marocaine et affaires migratoires), 25 à 40 000 étrangers sont concernés par ce processus de régularisation qui doit durer durant toute l’année 2014.
Six catégories d’étrangers en situation irrégulière sont principalement concernées, dont les conjoints d’étrangers ou de Marocains qui résident au Maroc depuis plus de 2 ans, des étrangers qui travaillent sans contrat de travail depuis plus de deux ans également. Ces critères vont concerner au premier abord nombre de citoyens d’Afrique subsaharienne et de citoyens européens.

Réalisme et humanisme
Les citoyens d’Afrique subsaharienne sont le plus souvent des femmes et des hommes qui ont fui leur pays pour des causes politiques et/ou économiques. C’est le cas de la Côte d’Ivoire (Guerre civile pendant les années 2000), Nigéria (Conflits ethniques et religieux), le Mali et le Tchad (Conflits ethniques et religieux) ou encore le Niger, le Togo ou le Sénégal (Social). Nous ne pouvons fermer les yeux sur le destin de peuples qui nous proches et avec lesquels nous souhaitons resserrer nos liens politiques et économiques.
Si l’objectif de ces migrants a d’abord été d’avoir un pays de l’Europe communautaire comme destination finale, certains pour des raisons personnelles, professionnelles ou économiques sont restés au Maroc, à Marrakech, à Rabat, à Casablanca ou à Tanger. La vie n’est ni un fleuve tranquille, ni une ligne droite.
La seconde catégorie d’étrangers concernée est le plus souvent celle de citoyens européens, des Français et des Espagnols dans leur majorité qui ont choisi de venir travailler et vivre au Maroc en raison de la crise économique en Europe, de la qualité de vie marocaine et de la proximité à l’Europe et par choix et goûts personnels.
Les Africains comme les Européens qui vivent au Maroc semblent bien intégrés en général même si leurs conditions économiques sont très différentes. Un Européen a choisi de venir s’établit au Maroc là où un Africain a d’abord vu le Maroc comme un pays de transit vers l’Europe.

Le Maroc, pays d’émigration et d’immigration
Si la géographie et le niveau de développement économique dictent la politique et le destin des hommes, le Maroc se trouve depuis quelques années dans cette situation apparemment paradoxale et contradictoire qui fait de lui autant un pays d’émigration que d’immigration. On change de lieu par choix et par nécessité. La politique également est une affaire de choix et de nécessité.
S’agissant des Africains, on peut considérer que c’est par réalisme, mais également dans l’intérêt du Maroc à moyen et long terme de nouer ainsi des relations humaines fortes avec les populations des pays d’Afrique noire. L’Afrique sera de plus en plus une source de la prospérité marocaine des prochaines années. Les résidents Africains au Maroc d’aujourd’hui peuvent constituer des liens pour la société et les entreprises marocaines avec les pays d’Afrique. Ce capital de liens humains est un atout pour le Maroc.
Concernant les citoyens européens, ceux-ci occupent souvent des postes de travail dans les métiers de la communication ou des métiers techniques et la régularisation de ces travailleurs, régularisent aussi l’organisation du travail et l’organisation de nombre de PME.
La mesure de régularisation des Africains et des Européens en situation irrégulière sert donc les intérêts de notre pays tout en affirmant une promotion forte de ses valeurs humanistes et des valeurs humanistes.
Cette décision intervient dans un contexte international largement marqué par un raidissement général vis-à-vis de l’accueil des populations étrangères, que ce soit en Europe, ou en Egypte l’été dernier lorsque certains groupes et médias égyptiens ont violemment signifié aux réfugiés syriens qu’ils étaient indésirables au pays des Pharaons. Cette situation a d’ailleurs provoqué un afflux de réfugiés syriens vers le Maroc.
Au sujet de l’Europe, il s’agit également de nuancer  l’idée que l’Europe soit « une forteresse ». L’Allemagne a accueilli près de 300 000 étrangers en 2012, une politique motivée par ses besoins économiques et sa démographie déclinante.
Des pays tels que la Suède ou la Suisse ont officialisé des quotas d’accueil de plusieurs centaines de réfugiés syriens. La Turquie, le Liban, la Jordanie fournissent également d’importants efforts en ce sens.
Après le drame de Lampedusa  le 3 octobre dernier, dans lequel plus de 300 candidats à l’émigration clandestine ont trouvé la mort, la réaction du Pape, des autorités italiennes et des autorités de la Commission européenne de Bruxelles montrent également que même en temps de crise, la solidarité et les valeurs humanistes peuvent prévaloir.
A ce propos, il faut noter d’ailleurs que les procédures de régularisation dont Rabat étudie actuellement la mise en place excluent de fait les centaines de réfugiés syriens se trouvant actuellement au Maroc, car ils s’y trouvent depuis moins d’un an dans leur très grande majorité.
Notre vision de l’actualité européenne et de ce que l’on entend ou voit du discours du Front national en France, des autonomistes flamands en Belgique ou des membres du parti Aube dorée en Grèce ne doivent pas nous faire oublier que les démocraties européennes restent très largement solidaires des drames humains, politiques et sociaux.
Nous devons humblement nous rappeler que depuis 50 ans, les Marocains sont devenus l’un des peuples les plus présents de par la planète. Plus de 10% des Marocains vivent aujourd’hui hors de leur pays. Nous sommes devenus un peuple nomade avant l’invention des technologies mobiles nomades.
Les Marocains sont la première communauté étrangère en Italie et en Espagne, avec entre 700 et 800 000 personnes dans chacun de ces pays.  La deuxième au Bénélux avec plus de 400 000 personnes au total, surtout en Belgique et aux Pays-Bas.  La seconde communauté en France avec près d’un million de personnes.
Les Marocains font largement partie des paysages sociaux et économiques sénégalais et ivoirien. Nous sommes présents dans la région du Golfe, au Canada et aux Etats-Unis, un peu en Tunisie et nous étions nombreux en Libye avant les troubles politiques de ces dernières années.
En 2013, le temps est venu pour le Maroc d’affirmer ses valeurs et ses responsabilités politiques. A travers cette mesure de la régularisation, audacieuse et rare pour un pays de ce niveau économique et social, nous démontrons que nous pouvons jouer dans la classe supérieure des nations en termes de valeurs. Ce n’est pas rien par les temps qui courent.
La globalisation, c’est aussi pour un pays montrer qu’il sait être audacieux, responsable et réaliste par rapport aux évolutions et aux nouveaux besoins du monde.  Media24



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