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POINT DE VUE

Révolutions arabes : Trois ans après, le bilan reste mitigé


- 17 Mars 2014 modifié le 17 Mars 2014 - 20:54


Révolutions arabes : Trois ans après, le bilan reste mitigé
Les aspirations communes des peuples arabes à l’instauration de la démocratie et à des conditions de vie meilleure n’ont pas eu partout la même incidence. C’est ainsi que dans les monarchies telles le Bahreïn, l’Arabie saoudite et le Maroc, ou le Yémen la révolution a été étouffée. En Egypte les frères musulmans se sont vu arracher le pouvoir par l’armée après avoir démocratiquement été élus. La Libye reste et demeure un nœud d’insécurité et en proie à la sécession depuis la chute de Kadhafi, en Tunisie, alnahdat ne parvient pas à trouver une formule efficace capable de remettre à jour l’économie du pays. La Syrie quant à elle continue de vivre son temps de braise. Ce qui complique la donne en Syrie, c’est que d’autres enjeux régionaux et internationaux s’y greffent : tensions entre l’Iran et les pays arabes du Golfe, opposition entre sunnites et chiites, compétition États-Unis – Russie. La question syrienne cristallise aussi les camps adverses sur le terrain libanais : le Hezbollah chiite et le mouvement du 14 mars (chrétiens et sunnites). Le régime syrien le sait et joue admirablement sur les peurs et les oppositions. Mais les dés sont jetés : en réprimant son peuple, le régime syrien perd le dernier zeste de légitimité. Le fait que l’Iran soit à la défensive, soumis à un embargo occidental et à des oppositions régionales, réduit la capacité manœuvrière du régime syrien. Il peut compter sur le soutien du Hezbollah libanais et du gouvernement actuel irakien dominé par le chiite Al-Malki, mais tous deux sont exposés à une fronde intérieure et sont sous influence iranienne. Mais ces autres voisins, le mouvement du 14 mars au Liban, la Jordanie et la Turquie lui tournent le dos et appellent en vain à sa chute. Baachar alasaad qui profite de l’attention de la communauté internationale en RCA et en Ukraine pourrait une fois de plus gagner l’élection présidentielle prévue courant 2014 s’il se présentait
 
Au regard des interminables mouvements révolutionnaires qui agitent le monde arabe depuis la révolution de la dignité en Tunisie en 2011, il est important de se poser la question de savoir si ces mouvements dans leur connotation initiale ont partout atteint leur objectif à savoir le renversement des systèmes politiques de type autoritariste mis sur pieds depuis les indépendances.
 
Tant il est vrai que ce n’est pas toute révolution qui est de nature à aboutir, il est toute fois nécessaire de dire que la révolution de la dignité ثورة الكرامة est loin d’être stérile ; elle a produit un certain nombre de fruits que ce soit dans la péninsule arabique ou en Europe
 
(Ukraine) et pourquoi pas bientôt en Afrique. On peut donc dire que la révolution de yasmine comme l’appellent certains a de particulier ce qui suit:
 
A) Elle a brisé le mythe culturaliste de l’exception arabe. Nombreux sont les chefs d’Etats arabes qui se pensaient inrenversables du fait de leur superpuissance notamment Kadhafi, Ben Ali et Moubarak et aujourd’hui, tel n’est plus le cas. Le peuple peut désormais faire chuter n’importe quel chef d’Etat comme les égyptiens l’on fait à nouveau avec Morsi.
 
B) L’éjection des dictatures dans le monde arabe a donné naissance à de nouvelles constitutions afin d’assurer la séparation des pouvoirs, les droits de l’homme et une justice indépendante. C’est d’ailleurs les monarchies arabes –Maroc Arabie saoudite etc - qui, à la suite des mouvements révolutionnaires avaient entamé des reformes constitutionnelles.
 
C) Elle a favorisé une bipolarisation du monde arabe avec d’un coté l’Arabie saoudite pro-américaine et le Qatar pro-français ; avec à leur coté la Turquie ottomane qui semble profiter de la situation pour refaire briller sa diplomatie. On l’a vu accompagner l’OTAN en Libye. Les maiyadines de révolution sont somme toute des champs de batailles entre les deux superpuissances que sont l’Arabie saoudite et le Qatar
 
D) Les partis islamistes radicaux ou modernes soient-ils ont remporté les scrutins. Ces partis ont maillé tout le territoire national et de ce fait ont acquis non seulement une visibilité réelle, mais aussi une reconnaissance sincère. Et pourrait sans aucun doute les remporter à nouveau ces scrutins si l’on venait à organiser des élections libres et transparentes dans des pays comme l’Egypte et le Yémen.
 
E) La révolution arabe pourrait donner une autre mouture à la crise palestinienne.
 
F) Un autre aspect est à prendre en considération : c’est la disparition du panarabisme qui est la volonté politique arabe de créer un vaste Etat arabe, au profit du simple nationalisme. On peut le comprendre à travers les slogans qui ont accompagné ces révolutions à l’instar de ارفع رأسك و أنت مصري( lève ta tête car tu es égyptien) ou encore l’hymne tunisien qui est devenu le cri de ralliement des manifestants.
 
Pourquoi une exception algérienne ?
 
L’Algérie est l’un des rares pays du Maghreb qui a une histoire enrichit de formes de lutte. Notamment la lutte pour les indépendances de (1956-1962), et les grèves ouvrières de 1977 ; le putsch militaire à la suite de l’élection de 1992 a favorisé une guerre opposant l’armée aux mouvements islamistes (FIS et GIA) entre 1992 et 1999. Une des raisons qui expliquent l’absence d’un véritable engagement du peuple algérien qui a soif du changement mais ne peut véritablement se mouvementer à cause de ses guerres historiques qui l’ont quelque peu affaiblit.
 
En guise de conclusion, Peut-on dire que depuis 2011 le monde arabe est entré dans une ère nouvelle ? La réponse est affirmative. Que l’on se rappelle la rapidité avec laquelle l’étincelle de l’immolation de Bouazizi a embrasé l’ensemble des pays arabes. Des chefs d’État, jugés indétrônables, ont été anéantis. D’autres encore tremblent sur leur piédestal et doivent, pour s’y maintenir, multiplier les promesses de réforme, distribuer subsides et emplois publics. On peut en tout cas comprendre à travers ces révolutions arabes que c’est le peuple en occurrence la jeunesse qui a le pouvoir et peut en faire usage à tout moment. Malheur aux pères de l’Afrique subsaharienne qui semblent négliger les cris de la jeunesse ; ils pourraient incessamment connaitre le même destin que celui de leurs pères du monde arabe ou celui de leur ami ukrainien Viktor Ianoukovytch qui se sont vus arracher le pouvoir par des mouvements de contestation populaire
 
Erick-Achille Nko’o
Spécialiste de la géopolitique arabe