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REACTION

Rwanda-RCA : La France ne doit pas commettre deux fois les mêmes erreurs


- 8 Avril 2014 modifié le 8 Avril 2014 - 18:23


Par Nassour Assibay, Étudiant à l'Université de Bangui. Centrafrique

Lors d'une opération de désarmement de l'armée française, près de l'aéroport de Bangui. (Photo Fred Dufour. AFP)
Lors d'une opération de désarmement de l'armée française, près de l'aéroport de Bangui. (Photo Fred Dufour. AFP)
Objet: Lettre ouverte au Président de la République Française François Hollande
 
Le 07 Avril 2014 marque le vingtième anniversaire du génocide Rwandais, une date tristement célèbre pour l'humanité en générale et l'Afrique en particulier mais également pour la France car certains disent qu'on ne peut parler de ce sujet sans que le nom de la République Française ne soit évoqué. 
 
On ne prétend pas vouloir faire l'histoire ni plus encore vous apprendre quelque chose sur cet événement cléber par sa tragédie dont nous estimons que vous seriez un bon connaisseur car l'on s'imagine qu'au moment où ces faits ont eu lieux vous étiez quoique jeune de 35 ans mais cadre non négligeable de l'actuel parti politique Socialiste dont vous êtes l'incarnation et lequel avait le règne de la France à cette époque là, et cela peut se confirmer par le fait que juste quelques trois petites années seulement après le génocide, vous vous êtes vu hissé au sommet de ce parti avec le porte-feuille du Premier secrétaire général.
 
Comprenons donc avant tout que c'est par devoir de rappel que l'on agit car ne dit-ont pas que notre présent puise sa source dans le passé et ce présent influencera de manière quasi certaine notre futur? Ce-ci nous apprend donc que chaque élément de notre histoire est précieux en ce terme qu'il explique notre présent et mieux encore cette histoire finira toujours par nous rattraper quelque soit la longueur du temps car ce dernier ne peut à mon avis porter aucun dommage aux faits historiques mais au contraire il lui redonne une nouvelle souffle de vérité qui la rende beaucoup plus compréhensible.
 
Vingt ans sont déjà écoulés alors que l'on a du mal à digérer les souvenirs de ce génocide mais de nouveau les démons planent encore sur l'Afrique. Ce-ci pour parler de la Centrafrique, oui la Centrafrique ce pays que vous connaissez personnellement bien et qui fait chaque jour LA UNE des médias.
 
En effet Monsieur le Président, lorsque vous avez annoncez le déclenchement de l’opération Sangaris dans la nuit du 5 Décembre 2013, date à laquelle le cahot s'est vu installé de manière durable dans notre pays la République Centrafricaine, résultant d'une tentative de coup d’État des miliciens à la solde du président déchu François Bozizé. Tous les Centrafricains dans leur ensemble sans distinction communautaire ont salué cette initiative qui au vue de ce qu'elle annonce ne peut que converger vers la paix. En témoigne l’accueil triomphal et chaleureux qu'avaient réservé les populations des différents villes et villages que l'armée française traversait. 
 
L'on se souvient qu'à Bangui nous étions parmi les riverains massés aux abords des routes, acclamant au passage des blindés Français. Oui! nous avions eu espoir en cette résolution 2127 du conseil de sécurité de l'ONU, laquelle vous a donné mandat d'intervenir et demande en toute explicité le désarmement sans discrimination de toutes les milices et les détenteurs illégal d'arme. Cet espoir avait resté intacte jusqu'à ce que l'armée française commence réellement l’opération de désarmement. Mais vite oui trop vite même, car quelque jour seulement nos attentes et espoirs se sont transformés en inquiétudes. 
 
Quoique la résolution de l'ONU ne donne pas de priorité en ce qui concerne le désarmement des différentes milices, l'armée française s'est donnée comme priorité de désarmer les Séléka car nous dit-on que ce sont les plus visibles et les plus dangereux et de toutes les façons il faudrai bien commencer par une. Or il est fondamental de rappeler que quand on veut réussir une interposition entre deux bagarreurs il faut s'assurer de ne pas commettre l'erreur de neutraliser l'un et laisser l'autre prendre l'avantage car du coup le neutralisé accusera l'arbitre de parti pris. Les Sangaris n'ont pas été attentive a ces règles élémentaires mais pour tant capital dans le contexte de crise comme celle de la RCA. 
 
Pire encore Monsieur le Président l'armée française n'a pas eu le courage de protéger les personnes qu'elle désarme une fois désarmées. C'est ainsi que les rues de Bangui se sont transformées en des véritables tribunals de justice populaire sous les yeux des forces Sangaris les lynchages et pillages ont commencé. Si au début cette vindicte populaire visait les Séléka désormais elle s'étend sur l'ensemble de la minorité musulmane, tout sujet musulmans est désormais un cible à éliminer quelque soit son sexe, son âge ou sa nationalité, l'appel à leur extermination est lancé relayé par vos médias. 
 
Les massacres des milliers des musulmans caractérisés par des scènes des lynchages atroces, des hommes, femmes, vieillards et même des enfants ont été sauvagement découpés à la machette, brûles vifs à l'aide des pneus, et même cannibalisés leur crime était qu'ils sont musulmans, sous les regards approbateur de l'armée française. 
 
La passivité de l'armée française pour ne pas employer le terme complicité a permis de susciter un sentiment anti-français au sein de la communauté musulmane qui accuse clairement les Français d'avoir soutenu les miliciens Chrétiens Anti-Balaka en refusant de les désarmés, certains vont plus loin dans leur accusation pour affirmer que les Sangaris ont formés, armés et encadrés les miliciens Chrétiens dans leur projet de génocide contre les musulmans, ces allégations ont notamment étaient relayés par des médias locaux et internationaux avant d'être finalement confirmées par une enquête de Canal+ une de vos télévisions qui a mis au jour la collaboration étroite qui existe entre votre armée en Centrafrique et la milice Anti-Balaka désignée tout récemment par l'Union Africaine comme «Terroriste».
 
Monsieur le Président vous sériez sans doute la personne la mieux placée pour connaître le calvaire que vivent les musulmans de Centrafrique, ils sont la cible d'un véritable génocide admis même par l'ONU mais sous d'autre appellation «nettoyage ethnique». 
 
Vous ne nous contredirez certainement pas si nous vous disons que le Sud de la RCA est devenu presque exclusivement chrétien et que désormais toute signe de la présence musulmane a disparu, car toutes les mosquées et habitations sont mise à terre, les Corans déchirés brûlés même les cimetières des musulmans ont été déterrées et vidées de leurs ossement. 
 
En effet toutes les villes du Sud se sont vidées de leurs musulmans, cette frange de la population n'avait eu que deux choix restreints soit rester et accepter une mort certaine ou partir, mais partir où? Car rappelons le ce sont des Centrafricains qui n'ont d'autre pays où aller. C'est ainsi que plusieurs milliers d'entre eux se sont réfugiés dans les pays voisins à savoir le Tchad et le Cameroun et par contre les autre ont regagné le Nord qui est naturellement à majorité musulman. Ces réfugiés et déplacés vivent dans des situations extrêmement difficiles et les agences onusiennes peinent à les prendre en charge faute de ressources, ils sont exposés à la famine et à toutes les maladies.
 
Ces musulmans partent en laissant derrière eux toute une vie. En ce moment où nous vous écrivons cette lettre 20.000 musulmans sont assiégés et encerclés dans plusieurs villes par les miliciens Anti-Balaka qui cherchent la moindre occasion pour les exterminer. Ces musulmans retranchés dans des prison à ciel ouverte ne peuvent s'aventurer guère à sortir un pas de leur enclave sans être sauvagement égorgés, mutilés et brûlés.
 
Le fameux quartier KM5 de Bangui est une illustration parfaite, mais le pire c'est la situation des 15.000 musulmans de Boda qui vivent un véritable enfer, encerclés, assiégés et affamés ces personnes à majorité des femmes et des enfants risquent de mourir de faim. Permettez moi de reprendre les propos d'un journaliste d'une de vos radios qui résume cette tragédie en ces termes que voici «A Boda les 15.000 musulmans vivent prisonnier dans leur quartier, il n'y a plus rien à manger ou presque... les musulmans sont quasiment affamés; enfant affamés vieillards au bout du rouleau»; «...dans les quartiers musulmans règne la faim et la désolation, les habitants ne peuvent pas sortir sous peine de se faire tuer les Anti-Balaka empêchent les chrétiens de les approvisionner....cela n’empêche pas les enfants de dépérir» , «Certains enfants peulh n'ont que la peau sur les os et quasiment tous sont malades...». Monsieur le président ces phrases émouvantes que nous citons sont celles d'un observateur un journaliste, un de vos compatriotes qui est sur le terrain et qui constate ce que vit ce peuple.
 
Face à cette situation intenable, l'ONU a décidé la semaine dernière d'évacuer les quelques 20.000 musulmans rescapés vers des villes sécurisées du Nord mais le Commandant des Forces Sangaris a opposé un refus catégorique prétextant qu'il ne pouvait aider à une épuration ethnique, son refus ne peut en aucun cas être justifié par ces arguments ou peut être qu'il n'est pas à jour car le nettoyage ethnique des musulmans est presque à 100% dans plusieurs villes du sud . Ou ce Monsieur a peut être une courte mémoire n'est ce pas qu'il est présent à Bangui que la population musulmane qui comptait plus 300.000 personnes est passé sous le barre de 3000. Comment peut-on appeler cela? Ou bien peut être que ce monsieur à un autre «projet» pour ces milliers d'âmes rejetées et chassées par leur compatriotes chrétiens.
 
Monsieur le Président comme nous l'avons rappelé au début de notre lettre les actes que nous posons aujourd'hui scelleront de manière définitive notre futur et on pourra à grand jamais s'en échapper. En témoigne cette crise diplomatique déclenchée par les déclarations du président Rwandais Paul Kagamé qui accuse la France d'avoir exécuté le génocide de 1994, loin de vouloir nous invité dans le débat, nous voulons tout simplement attirer votre attention sur la similarité du contexte de la crise Centrafricaine avec celle du Rwanda.
Comme en 1994 au Rwanda nous avons deux communautés en Centrafrique l'un majoritaire et l'autre minoritaire, la communauté majoritaire veut faire disparaître la minorité. Entre eux il y a une armée mais pas n'importe laquelle mais plutôt la même qu'au Rwanda, l'armée française qui est accusée de partialité voire même plus comme au Rwanda en 1994 et bien sûre cette armée là est commandée par un chef suprême de l'armée qui est aussi issu du même parti socialiste qui gouvernait la France en 1994. 
 
Nous voulions ainsi dire Monsieur le Président, qu'entre ces deux crises les similarités sont grandes et que les mêmes erreurs produisent les mêmes faits et ces faits susciterons les mêmes reproches. Et qu'il est sage de ne pas commettre deux fois la même erreurs.
 
Monsieur le Président par cette lettre nous vous en conjurons de prendre la bonne décision de reconsidérer votre position en demandant en votre qualité de chef suprême de l'armée Française au commandant de la Sangaris d'adhérer à la suggestion de l'ONU celle du transfert des quelques 20.000 rescapés musulmans vers le Nord de la Centrafrique, par ce geste simple vous sauverez des milliers de vies exposées à une mort certaine.
 
Aussi, nous vous demandons d'être attentif aux revendications de la communauté musulmane centrafricaine, pourchassée et contrainte au repli dans ses fieffes au Nord. Cette communauté demande une séparation. Car le vivre ensemble est désormais impossible entre ces deux communautés, donc une partition doit être envisagée pour que la paix revienne en Centrafrique et par conséquent dans l'ensemble de la sous-région.
 
Nos remerciements.
 
Nassour Assibay, Étudiant à l'Université de Bangui
République Centrafricaine


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