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AFRIQUE

SENEGAL/Le Grand théâtre : Exit le creuset culturel, bonjour la jauge pour musiciens désireux de se peser !


Alwihda Info | Par Alassane Seck Gueye - 13 Juillet 2014 modifié le 13 Juillet 2014 - 16:43


On voulait en faire un lieu d’excellence de la création artistique, une Mecque de la culture africaine avec une ouverture sur le monde. C’était du moins la vision qu’en avait l’ancien président de la République, Me Abdoulaye  Wade. Malheureusement,  presque quatre ans après son ouverture, le Grand théâtre souffre d’une de nos tares les plus hideuses. Ce temple de la culture est en effet devenu celui de l’ostentation avec un voyeurisme qui frise la folie. 
 
Construit par la République populaire de Chine, le majestueux Grand théâtre cristallise, depuis son ouverture aux musiciens sénégalais, tous les regards de cette corporation pour qui, y jouer et afficher le plein, c’est comme prendre son pied voire  atteindre le Graal ! Des musiciens qui considèrent qu’aujourd’hui, on ne compte pas tant qu’on ne réussit pas à remplir cette salle de spectacles d’une capacité de presque 2000 places.  A l’image d’une belle dame difficile à conquérir,  le bijou construit grâce à l’ancien  président de la République du Sénégal, Me Abdoulaye Wade, apparait   si proche et si lointain pour certains acteurs de la musique.
 
Connaissez – vous le premier groupe musical  qui s’est produit au  Grand Théâtre ? C’est un orchestre   familial, le « Takeifa ». Et c’est devant un public clairsemé,  voire familial, qu’il avait joué. Même scénario quelques mois plus tard lors de la fête de la musique. Quand Youssou Ndour, alors ministre de la Culture, décida de renouer avec la scène en vue de créer une chaine de solidarité autour des sinistrés des inondations de l’année 2012 avec quelques ténors de la musique sénégalaise, bien qu’il y eut du monde, on pouvait néanmoins  remarquer des fauteuils inoccupés. Et voilà qu’un beau jour, un garnement qui n’avait même pas deux produits sur le marché décida d’y fêter son anniversaire. Ou, plutôt, celui de son groupe. A l’époque, le public n’avait pas manqué de s’étonner de son culot. Mais c’était ignorer que derrière Wally Seck, puisque c’est de lui qu’il s’agit, il y avait un rouleau compresseur voire une machine bien huilée. Car il n’est pas n’importe qui, le gosse. Son père, le crooner Thione Ballago, a blanchi sous le harnais de la musique sénégalaise dont il demeure un monument.  Ce qui ne devait pas pour autant donner à son fils l’audace de brûler les étapes.  Mais il Wally ne s’était pas levé un beau jour pour décider de franchir le Rubicon. Tout a été planifié. Son beau-frère, Bougane Dany Guèye, a  joué une partition décisive dans ce coup de maître.  Lui  non plus n’est pas n’importe qui. Il est le patron de la chaîne Sentv en plus d’être le propriétaire de la radio Zik Fm, d’un quotidien et d’un magazine. Ce n’est pas tout. C’est aussi un des magnats de la publicité qui règne en maître sur le secteur. Cerise sur le gâteau, il possède également un institut de sondages. Bref, une véritable machine de guerre médiatique  qu’il a mise  à contribution pour promouvoir le concert de son protégé. Tout au service de Wally.  Dans ces conditions, remplir le Grand Théâtre fut un jeu d’enfant pour Bougane.

Wally Ballago Seck fit feu et flammes et quitta les lieux avec plus d’une cinquantaine de millions de nos francs. Le fils de Thione ayant levé la barre très haut, toutes les stars de la musique voulurent relever le défi histoire de prouver qu’ils ne sont pas des nains. Et le Grand théâtre fut transformé en un lieu où l’on va pour mesurer sa popularité. Quiconque réussit à le remplir peut considérer faire partie des stars et être entré dans la cour des grands. Pour les autres, c’est le purgatoire de la deuxième division, le  ring des poids plumes. A cette aune, le duo Pape et Cheikh fut le second groupe à avoir réussi son examen de passage. Comme Wally Seck, il bénéficia d’un grand matraquage publicitaire en plus des réseaux sociaux que le staff des deux musiciens envahit. Résultat, à quelques jours du concert de ces deux musiciens, tous les billets étaient déjà vendus. Coumba Gawlo Seck,  forte de ses plus de 20 ans de scène, releva elle aussi le défi  et récolta beaucoup de millions au cours d’une soirée délirante. Et vint Viviane Chédid qui sortait d’un divorce avec Bouba Ndour qui l’a toujours couvée comme un bébé en  la menant  au succès. Bouba n’étant plus là, certains avaient bien sûr douté de la capacité de Viviane à remplir le Grand théâtre.  Bien qu’ayant vécu quelques moments de stress, elle s’en sortit cependant haut la main après avoir créé le buzz autour de cet évènement,  ses conseillers inventant même une agression. Résultat : deux semaines avant son concert, on ne parlait plus que de Viviane. « Elle va se casser la gueule sans le concours de Bouba Ndour », disaient certains, d’autres juraient qu’elle allait réussir. Et  ce fut le cas, elle sortit  de ce temple, avec le sourire, rayonnant de bonheur d’avoir réussi son examen de passage. Elle  aussi avait réussi à tuer le mythe qui entoure ce joyau. Et puis arriva  Salam Diallo. Il n’est pas un nain dans le showbiz. Il joue toujours à guichets fermés dans les boites de nuit où il se produit. Et puis, il a déjà fait le plein plusieurs fois à Sorano. Une belle carte de visite pour le Roi du «  Tassou » adulé par les femmes. Hélas, malgré le soutien de la Rts, Salam ne bénéficia pas de  la même médiatisation que ses autres collègues. Il peut s’en prendre à la Rts qui n’a pas été à la hauteur en manquant de professionnalisme. Bien sûr, sa soirée fut une belle réussite sur le plan purement artistique, mais, pour faire le plein du Grand théâtre, Salam devra repasser. Et depuis l’échec de ce troubadour de la musique, ses collègues qui nourrissaient l’ambition de se produire au Grand Théâtre jouent la prudence. Aïda Samb avoue n’être pas encore  prête pour affronter cette redoutable épreuve. D’autres, qui attendaient le joker Salam, regardent désormais vers l’avenue de la République où se trouve Sorano. C’est le cas de Abdou Guité Seck qui y célébra son anniversaire. Les « Takeifa » revinrent sur les lieux et réussirent une belle soirée sans pour autant faire le plein du Grand Théâtre.
 
Titi qui voulut y jouer coûte que coûte  contre la volonté de son producteur, « Prince Arts », a dû se séparer de cette écurie pour aller se jeter dans les bras du propriétaire de la Sen Tv. Son passage au Grand théâtre fut certes  un grand  succès, mais elle  n’a pu recoller les morceaux avec « Prince Arts » qui lui montra la porte de sortie.

Depuis lors, elle se morfond dans son coin car Sen Tv n’est pas un producteur et ne maitrise donc pas du bout des doigts les écueils de ce monde de requins. De son côté, la diva non plus n’a pas essayé de se trouver un producteur pour la suite de sa carrière. Waly Seck revint sur les lieux avec le même succès que lors de sa première sortie. Mieux, il se paya le luxe d’une seconde soirée le lendemain pour contenter ses inconditionnels. Assane Ndiaye et Fatou Guewel, les derniers à  s’être produits dans ce lieu où l’on se jauge et soupèse, firent le plein avec comme partenaire le groupe de presse Futurs médias qui, à l’occasion, après avoir jeté à la porte Titi, a fait la cour à Coumba Gawlo Seck, aujourd’hui toute transie d’amour envers Youssou Ndour, patron du Groupe Futurs médias. Aïda Coulibaly Ndour  peut dormir tranquille !  Fatou Guéwel et Assane Ndiaye ont donné deux soirées mémorables qui ont montré au monde que ce petit pays n’est point pauvre, mais riche d’hommes prêts à  jeter des millions de francs sur une scène — et devant les caméras des télévisions bien sûr ! — pour pouvoir exister aux yeux de leurs semblables.
 
Ce complexe du Grand Théâtre constitue une des tares du Sénégalais qui a un attrait démentiel pour tout ce qui est nouveau. On aurait construit une autre structure plus spacieuse ou même plus exigüe   que le Grand Théâtre que tous les artistes s y presseraient.
 
Ce temple de la culture  restera  toujours un  lieu  inaccessible pour certains d’entre eux  qui nourrissent le complexe de se produire dans ce joyau qui est avant tout une scène comme les autres. Et pour un musicien, même devant deux pelés et trois tondus, le résultat final c’est  de réussir sa sortie artistique. Rien de plus ! Mais ne le dites surtout pas à nos avides de « Pukaré » de musiciens ! Il faut aussi reconnaitre que ceux qui ont en charge le management  de cette structure manquent cruellement de vision pour faire de ces lieux un véritable creuset culturel selon le vœu du président Me Abdoulaye Wade qui voulait faire de ce bijou culturel le point de convergence de ce qui  se fait  de meilleur en expressions culturelles et artistiques dans le continent et ailleurs. Mais malheureusement,  le Grand théâtre porte déjà la face hideuse de nos comportements au point que certains ont déjà commencé à l’assimiler à un Sorano bis, même si l’ancien directeur général du théâtre national, le conteur Massamba Guèye, avait réussi à gommer cette charge négative pour faire de  sa structure un creuset d’excellence. Ce qui est loin d’être le cas pour le Grand Théâtre qui commence déjà à souffrir de sa transformation en salle de concerts.  Déjà, lors des dernières soirées de Assane Ndiaye et Fatou Guéwel Diouf, la climatisation était défectueuse.  Et demain, la sclérose… 
 
Alassane Seck Gueye
Article paru dans « Le Témoin » N° 1172 –Hebdomadaire Sénégalais (JUILLET 2014)



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