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EDITORIAL

Séléka : Et si Goungaye était encore en vie ?


Alwihda Info | Par Michel SOUPOU - 12 Mai 2013 modifié le 12 Mai 2013 - 18:03


Le vertige de la feuille blanche, tous les écrivains (je n’en suis pas un, Dieu m’en garde) l’ont connu. Mais il n’y a pas que les écrivains !
 
Tous les élèves et étudiants (sauf les génies) ont expérimenté ce phénomène au moins une fois dans leur vie, lors d’un examen ou d’un concours. « C’est bien ça ou pas ? J’écris ou je n’écris pas ? ». Depuis quelque temps, je suis sujet à cette sorte d’angoisse.
 
Ce n’est pas qu’il manque de la matière pour mes tribunes et chroniques, le drame que vivent mon pays et mes compatriotes ainsi que les informations de première main que j’ai la chance d’amasser, m’occupent largement. Non !
Il se trouve que, personnellement, j’ai toujours répugné à parler de moi. Non seulement, ma petite vie n’intéresse personne mais un certain atavisme de mes temps de caté m’incline à ‘’fuir les premières places dans les synagogues…’’.
 
Oh! bien sûr, je ne suis pas dupe non plus. Les centaines et centaines de mails que je reçois sans cesse (souvent du bout du monde : Australie, Finlande, Chine, Canada…) prouvent que mes contributions atteignent plus d’une fois ‘’leur coeur de cible’’, comme le disent les publicitaires.
 
Ce coeur de cible, ce sont mes chers compatriotes et tous ceux qui aiment notre beau pays. Mes compatriotes qui, hommes, femmes, enfants, accablés et meurtris par tant de malheurs au point que certains d’entre eux (excellent sujet de psychanalyse) en viennent même à se culpabiliser. Ils se croient et se disent maudits. Ils se disent que la République centrafricaine est maudite.
 
A première vue, ils n’ont pas tellement tort. Ils se demandent : «Comment se fait-il que, 53 ans après son indépendance, notre pays n’aille que de catastrophes en catastrophes ?».
 
A mon tour, bien qu’en connaissant la réponse, je me pose une question, une seule. Vous pouvez, si vous le souhaitez, en trouver 100 autres. Mais juste une seule question : «Comment justifier (et cela vaut pour tous les régimes qui se sont succédé depuis ces temps immémoriaux), comment justifier qu’un pays comme la République centrafricaine ne puisse pas disposer d’un seul (un seul, pas 10, pas 20, pas 100) un seul appareil d’hémodialyse dans un de ses centres hospitaliers, en plein 21e siècle?» Je laisse cette question à la sagacité de tous et je reviens à mes lecteurs.
 
HEROISME
L’une d’entre eux m’écrit, je la cite : «Cher compatriote Michel, vous n’avez pas peur pour votre vie ? Toutes ces informations que vous nous donnez ne vont-elles pas vous nuire ?». Et voilà ! C’est que j’hésitais à vous confier!
Mais oui, ma chère soeur, j’ai peur pour ma vie. C’est pourquoi je ne suis pas un héros. Je ne suis pas comme ces jeunes de Boy-Rabé, de Ouango et de Bimbo qui, les mains nues, combattent Séléka. Eux oui ! Ce sont des héros, ce sont mes héros, ce sont tes héros, nos héros.
 
Parce qu’ils refusent de courber l’échine devant les envahisseurs, parce qu’ils refusent la charia, parce qu’ils refusent que nos mères, que nos femmes, que nos filles demain soient voilées et qu’elles soient lapidées jusqu’à ce que mort s’ensuive lorsque ces enturbannés les accuseront injustement d’adultère.
 
 
Ces jeunes gens refusent que des étrangers viennent nous asservir, qu’ils viennent piller nos richesses, détruire nos églises, massacrer nos populations livrées à elles-mêmes. Ces jeunes, ce sont nos héros. Moi oui, j’ai peur. Et alors ! Oui j’ai reçu des menaces de mort.
 
MON PAYS VIVRA
Mais, rassure-toi ma soeur, tant que je pourrai écrire et témoigner, (car je ne suis qu’un témoin qui glisse subrepticement vers l’action), tant que je pourrai dénoncer, tant que je pourrai crier, eh bien j’écrirai, je témoignerai, je dénoncerai, je crierai.
 
Le combat que je mène à mon humble niveau et que nous menons tous, va bien au-delà de nos petites personnes. Il s’agit de la vie de millions de nos compatriotes qui n’aspirent qu’à (sur)vivre en paix.
 
Bien-sûr, une certaine prudence s’impose. C’est la raison pour laquelle je me suis jusqu’à présent refusé de répondre à vos innombrables sollicitations (légitimes) de prise de contact. Je pense en particulier à cette compatriote du nord de la France. Elle se reconnaîtra. «Je connais ton combat de longue date, ma chère soeur mais pour tout te dire, je ne me sens pas l’âme d’un caudillo». Je pense également à ce compatriote enseignant dans le sud de la France qui piaffe d’impatience de s’engager. Je pense à vous tous car nous ne serons jamais assez nombreux.
 
Le moment vient. Des personnes indiquées se rapprocheront discrètement de vous, par phone, par mails, par réseaux sociaux, pour suite à donner.
 
Pour ce qui me concerne, c’est définitivement non ! Je ne vais pas faire comme ces aventuriers qui croient que n’importe quel quidam peut se lever demain et devenir président de la République centrafricaine, pourvu qu’il ait des armes et que le Tchad d’Idriss Déby soit derrière lui.
 
Lequel Idriss Déby vient d’affirmer, avec un cynisme et une morgue stupéfiants, en marge d’une réunion tenue le 8/5 à Ndjamena, que « (…) l’expédition de l’armée tchadienne en Centrafrique a été couronnée de succès (…) ». Bel aveu qui confirme que ce sont bien les forces spéciales de Déby qui ont renversé Bozizé!
 
Mais de quel succès parle le nouvel imperator de l’Afrique centrale? De ces centaines de morts, de ces pillages, de ces destructions de l’appareil d’Etat et des biens des particuliers, de ces exactions, de ces viols à grande échelle ? Ou bien parle-t-il de ces dizaines et dizaines de camions et de véhicules remplis des fruits des pillages de Séléka qui ont pris le chemin du Tchad ?
 
ETAT A LA RUE
Dans un article intitulé ‘’Un Etat africain à la rue’’, le Canard Enchaîné (7/5) écrit : «Le coup d’Etat du 24 mars en République centrafricaine (RCA), par lequel la rébellion de la Séléka a déposé le président Bozizé, a encore aggravé la situation désastreuse du pays. Le chef des putschistes, Michel Djotodia, qui s’est autoproclamé président, ne contrôle pas ses troupes, qui multiplient pillages (dans les rues même de Bangui) et attaques de villages. Une minorité musulmane composant la Séléka se livre notamment à des exactions antichrétiennes particulièrement remarquées (…). Au point que l’un de ses chefs militaires, Armel Sayo se proclame déjà rebelle parmi les rebelles et défie Djotodia. Livrée à elle-même, la Centrafrique ne peut guère compter sur un secours européen, voire français. Hollande, qui avait envoyé 250 soldats (…) s’est retiré sur la pointe des rangers (…). Paradoxe vieux comme la Centrafrique : une intervention comme celle de la France au Mali suscite –passé les premiers éloges ‘’des peuples libérés’’- des accusations de néocolonialisme. Mais la neutralité vis-à-vis d’un Etat en ruine comme la RCA ressemble à de l’égoïsme coupable. Noir dilemme…».
 
Conclusion, nous ne pourrons compter que sur nous-mêmes. La résistance s’organise. Moins, on en dira et mieux cela vaudra.
 
BIENTOT LA NUIT DES LONGS COUTEAUX
Car le ver est déjà dans le fruit et le chant du cygne de Séléka a commencé. Il suffit d’observer l’extrême méfiance qui caractérise désormais chacune de leurs actions.
 
Djotodia envoie Bertrand Mamour, ministre délégué à la Défense, qui est par ailleurs son propre oncle, ‘’surveiller’’ Nicolas Tiangaye à Pretoria et à Brazzaville. Il est vrai qu’à Bruxelles, le même Tiangaye avait méchamment taclé le président autoproclamé et sa cohorte de bandits armés, le traitant de ‘’psychopathe’’.Rien que ça ! Et Djotodia l’a appris. Exactement comme je vous avais conté le surréaliste entretien entre les deux têtes de l’exécutif, préludant à ‘’l’élection’’ du président du CNT.
 
‘’Bouba zo’’ par ci, psychopathe par là, saine ambiance. La RCA est vraiment bien gouvernée.
 
De son côté, Nouredine Adam, soutenu par Déby, ne cache plus son impatience pour dégommer le même Djotodia. Ce dernier, pour prévenir toute mauvaise surprise, compte dorénavant sur les ex-mutins et autres cadres et officiers des FACA’s du temps de Kolingba pour assurer sa propre sécurité et faire contrepoids aux pseudos-officiers de sa Séléka. Et pour les amadouer, le chef rebelle ne lésine plus sur la distribution de grades à la pelle : Mathurin Dokodo colonel, Firmin Zouga lieutenant-colonel, Guy Arnold, etc… Belle occasion pour Séléka de ‘blanchir’ ses généraux enturbannés. Vous avez dit refondation de l’armée ou armée mexicaine ? Vaste programme !
 
Mais ce n’est pas tout. Tous ces islamistes de pacotille redoutent la dissidence consommée d’Armel Sayo, qui a replongé dans le maquis et a pris langue avec les hommes d’Abdoulaye Miskine, revanchards à cause de leur chef qu’on donne pour mort, tout cela sous l’oeil matois et bienveillant de Paul Biya.
 
Toutefois, la véritable arête dans la gorge de Séléka reste financière. Les tombereaux d’argent promis par Déby et les soutiens occultes de ces brigands tardent à arriver.
 
De source plus que crédible, les ‘’bailleurs du golfe’’ ont été échaudés par l’impréparation, l’amateurisme et surtout la mauvaise tournure des évènements avant et après la prise du pouvoir. Ces parrains sont surtout effrayés par le cadre corseté de la transition qui verra les institutions financières internationales interdire aux pseudo-autorités de Bangui le pouvoir de signer le moindre contrat ou convention d’exploitation des richesses minières du pays. Conclusion outrée de l’un deux : « Pas de contrats miniers, pas d’argent ».
 
LE FLAMBEAU NE S’ETEINDRA PAS
Dès lors, la lutte pour la libération ne fait que commencer. Et à la vérité, des dizaines de compatriotes, hommes et femmes, remplissent les véritables critères de leadership et peuvent valablement s’investir dans cette mission: dans des partis politiques, pour ceux qui le souhaitent ; dans des associations pour une approche de masse; dans des clubs de réflexion et… d’action ; au maquis pour ceux qui ont choisi l’option militaire ; auprès de la presse internationale et des leaders d’opinion pour faire du lobbying; auprès des organisations internationales, bien tièdes à secourir ce pauvre peuple qui n’en peut mais ; auprès de la CPI pour faire rendre gorge demain à ces criminels, Djotodia en tête.
 
La liste de ses complices politiques et intellectuels est longue (Ziguélé, Tiangaye, Ndouba, Néris, Nouredine, Dafhane, Mboli Goumba, Gazambéti, Nguendet…), tous ceux qui ont pris le peuple centrafricain pour chair à canon. Ils devront payer et ils paieront.
 
En parlant de la CPI, je pense particulièrement à ce compatriote, avocat de son état et qui y plaide, ce compatriote ‘’dont le courage confine souvent à l’audace, voire à la témérité’’ et dont je salue ici l’engagement. Même s’il lui était arrivé par le passé de s’être fourvoyé avec Bozizé.
 
On peut le comprendre car la période (2003-2005) correspondait à un ersatz de consensus national. D’ailleurs, «que celui qui n’a pas péché etc…». Aujourd’hui, sa prise de position, à l’avant-garde du patriotisme sans concession, l’honore.
 
Je pense aussi à ces journalistes de la presse privée, à ces militants des droits de l’homme, à ces enfants promis à une année blanche, à ces malades privés de soins. Je pense à ces femmes et à ces hommes qui ont fui en brousse, à ces milliers de réfugiés dans les pays voisins, victimes innocentes de la folie islamiste. Je pense à celles et à ceux qui ont tout perdu, jusqu’à l’espérance.
 
Et je me surprends à me demander : «Et si Nganatoua Goungaye Wanfiyo était encore en vie, qu’aurait-il fait pour contribuer à sauver la République centrafricaine, son cher pays ? De quel côté se serait-il rangé ? Aux côtés de Séléka comme… ?».
 
Michel SOUPOU



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