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AFRIQUE

Sénégal/Casamance : Fallait-il céder au chantage des ravisseurs ?

AFFAIRE DES NEUF OTAGES LIBERES PAR LE MFDC


Alwihda Info | Par Pape NDIAYE - 28 Juillet 2013 modifié le 28 Juillet 2013 - 15:10


L’histoire suivante nous a été racontée il y a quelques années par un officier supérieur de l’Armée ayant eu à effectuer un stage dans une grande école militaire américaine. Selon ce haut gradé, la Casamance était un jour au cœur d’un débat relatif aux guérillas et  rébellions. Au cours des discussions,  les experts militaires américains ont dressé le portrait de la Casamance sous plusieurs angles : D’abord, ils ont reconnu que la Casamance est une région  administrative comme la plupart des régions telles que Dakar, Saint-Louis, Diourbel ou Louga. Une région caractérisée par la présence de l’Etat et où on trouve un gouverneur, lui-même nommé par le président de la République du Sénégal. De même, les autres échelons du commandement territorial y sont représentés à travers des préfets et des sous-préfets. Les collectivités locales (conseil régional, mairies, communautés rurales) y fonctionnent. Les enseignants militaires américains ont aussi souligné que le drapeau national flotte au-dessus de tous les édifices publics implantés en Casamance. Mieux, que ce soit dans la capitale régionale, Ziguinchor, ou dans les villages, les personnes et les biens circulent librement. Les populations sont porteuses d’une seule et unique carte nationale d’identité. Et une seule monnaie circule dans cette région, le franc cfa ! Il s’y ajoute qu’en Casamance, comme à Saint-Louis,  Tambacounda ou d’autres capitales régionales, la police et la gendarmerie nationale sont implantées et visibles aux principaux carrefours.

Les écoles primaires et secondaires ouvrent durant toute l’année scolaire et les examens sont organisés régulièrement, aux mêmes dates que partout ailleurs sur le territoire national. Les lieux festifs, les bars et les boîtes de nuit de Ziguinchor sont ouverts du crépuscule à l’aube. Pendant ce temps, les avions domestiques atterrissent et décollent librement de l’aéroport de la ville. Il y a aussi les autobus qui quittent Ziguinchor, de jour comme de nuit, pour rallier le reste du pays.  Notre officier sénégalais nous rapporte que les formateurs américains, après avoir relevé toutes ces caractéristiques, ont conclu leur exposé en ces termes : «  En réalité, il n’y a pas de problème de guerre en Casamance du fait que, dans cette région, tout fonctionne au rythme du pouvoir étatique ! Il y a plutôt une grande criminalité  entretenue par de petits voyous comme à New York ou  Marseille… » estiment-ils. Pas d’état de guerre, donc, mais, plutôt, un problème de simple police ! Disons-le tout net : nous sommes d’accord avec ces experts militaires américains puisqu’en Casamance, en dehors de quelques escarmouches et d’embuscades tendues à l’Armée, toutes les autres attaques qui s’y produisent relèvent purement et simplement du grand banditisme ! La récente prise d’otages de démineurs travaillant pour une société sud-africaine s’inscrit dans ce registre. Des enlèvements dont le dénouement se serait soldé par un versement de rançon ! Eh oui, l’Etat du Sénégal est, une fois de plus, allé à Canossa pour négocier avec de vulgaires preneurs d’otage Dans cette affaire des neuf mineurs enlevés par une branche armée du Mouvement des forces démocratiques de Casamance (Mfdc) dirigée par le chef César Atoute Badiate, dès l’annonce du rapt, le gouvernement s’est mis dans une posture de faiblesse en agitant immédiatement le drapeau des négociations. Alors que dans tous les Etats confrontés à de pareilles situations, les autorités politiques bandent d’abord les muscles par le biais de leur Armée à travers des opérations de recherches, quitte à faire recours à la force si la situation le permet. En effet, on ne négocie en principe avec des ravisseurs que quand l’Etat n’a aucune lueur d’espoir de localiser la zone où sont pris les otages. Et dans le cas des neuf mineurs libérés récemment, comme dans celui des huit soldats enlevés il y a deux ans dans le département de Sédhiou, les sites où étaient gardés les otages avaient été identifiés et localisés. Mieux, les chefs des ravisseurs, César Atoute Badiate dans un cas et Salif Sadio dans l’autre, se payaient même le luxe de recevoir les médiateurs de la communauté  catholique italienne de San Egidio et de la Croix-Rouge. Autrement dit, ces ravisseurs ne se cachaient même pas ! Et ce même si ils sont confortablement installés — du moins leurs chefs — l’un en Guinée-Bissau, et l’autre en Gambie ! Des Etats complices de ces factions rebelles du MFDC et qui leur offrent non seulement  des bases arrières avec toutes les commodités pour leurs opérations de déstabilisation de notre pays mais aussi des armes !  Evidemment, une opération commando aurait pu être envisagée par notre Armée ne serait-ce qu’une fois, histoire de montrer que le Sénégal ne tendra jamais éternellement l’autre joue. Au lieu de quoi, on a dû s’agenouiller devant les autorités de Bissau ou celles de Banjul pour les implorer d’intervenir en faveur des otages sénégalais.
 
(…) On aurait pu comprendre et négocier quand il s’agissait d’un premier rapt ayant pour but de pousser le gouvernement sénégalais à prendre des solutions idoines pour un règlement définitif du conflit casamançais.  S’il s’agissait par exemple d’un kidnapping pour obtenir un échange de prisonniers entre des otages détenus par la rébellion et des éléments du MFDC emprisonnés à Rebeuss ou à Ziguinchor, on aurait compris. Et là, au moins, l’Etat aurait pu s’inviter à une table de pourparlers pour un échange de vies gagnant - gagnant. Mais rien de tout cela dans l’enlèvement des démineurs de l’opérateur sud-africain ! À l’analyse, rien ne peut justifier le rapt des neuf démineurs sénégalais qui n’est que la suite logique et triste de nombreuses séries de kidnappings perpétrées par le Mdfc. Pas plus tard qu’en 2011,   Salif Sadio avait capturé huit militaires sénégalais avant de les conduire en territoire gambien comme des bêtes destinées à l’abattoir. Une prise d’otages cautionnée par le président Yaya Jammeh, puisque c’est lui-même, et personne d’autre, qui avait négocié et ordonné leur libération.
 
Hier, les chefs rebelles du Mdfc enlevaient et exécutaient des touristes. Puis, ce fut au tour de soldats. Aujourd’hui, ce sont des démineurs et employés d’Ong qui font l’objet d’une interdiction de circuler en plein territoire sénégalais. Et demain ce sera un ministre, un gouverneur ou un sous-préfet qui n’aura plus la liberté de se déplacer.  A ce rythme, aucune autorité étatique n’est à l’abri d’un enlèvement puisque le gouvernement sénégalais a déjà agité le drapeau de la négociation. Or, qui dit négociation avec des ravisseurs, dit versement de rançons ! Et comme les rançons alimentent la cause (et les caisses !) des ravisseurs du Mdfc, force est de penser que la série d’enlèvements à laquelle on assiste en Casamance est d’ordre purement criminel.
Désormais, après ces négociations suivies de libération des neuf mineurs sénégalais, tous les mouvements armés sévissant dans le sud du pays seront convaincus que les enlèvements de personnes sont générateurs de revenus. Ils peuvent en faire un business rentable pour asseoir leur hégémonie dès lors que les cambriolages et les braquages classiques ne leur rapportent plus grand-chose, si ce n’est  des échanges de tirs avec l’Armée ou des mitraillages du « Rallye guerrier » en guise de représailles…
 
Pape NDIAYE
« Le Témoin » N° 1132 –Hebdomadaire Sénégalais ( JUILLET  2013)
 
Post scriptum : Devant Dieu et la Nation sénégalaise, ce serment du président de la République trouve tout son sens en Casamance où une partie de l’intégrité du territoire est érigée en zone rouge, interdite aux démineurs et autres touristes :  «  je jure de remplir fidèlement la charge de président de la République du Sénégal, d’observer comme de faire observer scrupuleusement les dispositions de la Constitution et des lois, de consacrer toutes mes forces à défendre les institutions constitutionnelles, l’intégrité du territoire et l’indépendance nationale, de ne ménager enfin aucun effort pour la réalisation de l’unité africaine » avait juré le président de la République en prêtant serment. Qu’attendez-vous, monsieur le président de la République, pour défendre cette intégrité du territoire menacée par les preneurs d’otages ?



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