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AFRIQUE

Sénégal : Ces 18 chantiers qui attendent le nouveau Premier ministre


Alwihda Info | Par Serigne Saliou Guéye - 9 Septembre 2013 modifié le 9 Septembre 2013 - 09:47

Après 18 mois d’inefficacité et de sur-place, le président de la République cherche encore son rythme. En nommant un Premier ministre comme Mme Aminata Touré, le président de la République, sans nul doute séduit par l’action de cette dernière au département de la Justice, veut accélérer la cadence gouvernementale et trouver le bon tempo. Ayant promis de réduire son septennat de deux ans, il se trouve coincé entre l’enclume du temps et le marteau de ses engagements électoraux. C’est pourquoi, le tout nouveau Premier ministre, astreint de relever le défi de la traduction du programme « Yoonu Yokkute » dans les faits, n’a pas de temps à perdre pour se mettre à la tâche titanesque qui l’attend. Les feux de détresse sont allumés le temps que les engagements du programme présidentiel soient traduits en actes concrets. De la réussite ou de l’échec de l’application d’un tel programme dépend la réélection de Macky Sall en 2017. Ainsi, les Sénégalais attendent Aminata Touré sur ces 18 grands chantiers dont la concrétisation est essentielle pour sa longévité à la Primature et pour celle du président obsédé par un deuxième mandat.


PAR SERIGNE SALIOU GUEYE

Education : C’est un point névralgique. Indépendamment des programmes surannés qui détonnent avec les options développementistes du Sénégal, de l’inadéquation entre emploi et formation, du manque de formation de la plupart des formateurs, l’Etat doit engager un dialogue franc avec les enseignants qui n’hésitent pas un tantinet à perturber le secteur

éducatif pour une simple revendication pécuniaire non satisfaite.

Enseignement supérieur : Les réformes de l’enseignement supérieur portant essentiellement sur la hausse des droits d’inscription et la limitation des entrées à la fac risquent d’être la source de perturbations à la prochaine rentrée académique. Les étudiants ont déjà annoncé la couleur aidés en cela par leurs enseignants qui se plaignent de n’être pas associés à cette série des réformes qui concernent leur secteur. En sus, il y a les question des indemnités de recherche, des voyages d’étude et le paiement à temps des vacataires qui bloquent. Sans compter que le bras de fer entre le ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, le Pr Mary Teuw Niane, et ses collègues du SAES risque d’envenimer la tension existante au sein de l’espace universitaire.

Agriculture : En dépit des déclarations d’intention, l’agriculture n’est pas encore une réelle priorité pour notre pays. La part qui lui est consacré du budget est trop faible par rapport à un pays qui importe l’essentiel de sa nourriture. Les investissements sont plutôt orientés vers les programmes énergétiques ou vers l’éducation ou la santé. Si le Sénégal veut booster son développement, l’accent doit être mis sur le secteur agricole afin de produire l’essentiel de la consommation locale et atteindre l’autosuffisance alimentaire. La filière rizicole doit être modernisée puisque le riz qui constitue l’aliment de base des Sénégal est importé en grande partie. De janvier en juin 2013, 101,95 milliards ont été consacrés pour l’importation de cette denrée. Une telle somme consacrée à la culture du riz local peut être un moteur de croissance et contribuer au développement. Pour cela, l’Etat doit revoir à la hausse le budget consacré à l’agriculture et y favoriser les investissements, le crédit agricole et l’accès au

foncier et à l’eau pour encourager la production locale. En sus, il faut une bonne régulation du marché intérieur comme extérieur pour permettre aux paysans de vivre de leur activité. Mais cela nécessite au préalable, des réformes, une formation ou un encadrement des paysans, une disponibilité des semences de qualité, des engrais et une modernisation des techniques aratoires. C’est un secteur potentiellement générateur de plusieurs milliers d’emplois.

Industrie : Les clignotants de l’industrie sénégalaise ont complètement viré au rouge. La situation de notre industrie est en situation de collapsus. Beaucoup d’entreprises sénégalaises ne sont même pas sous perfusion, elles sont simplement passées de vie à trépas, faute d’assistance thérapeutique de l’Etat. L’évocation effarante de la fermeture de 376 PME par le patron du CNP Baïdy Agne traduit les difficultés que traverse l’économie sénégalaise. Si le Sénégal veut relance la croissance et favoriser l’emploi, il urge de redresser le secteur industriel en souffrance. Où est le Fonds souverain d’investissement stratégique (FONSIS) du Président dont la mission essentielle est de venir en aide aux entreprises en difficulté ? Les maîtres-mots pour la relance de l’activité industrielle sont la formation, le financement, la production et la commercialisation. Une relance de l’industrie permettrait de rebâtir rapidement des perspectives de croissance et générer des milliers d’emplois.

Commerce : Il s’agit du ministère qui intéresse le plus les Sénégalais. Parce qu’il s’occupe de l’essentiel de la demande sociale. Jusqu’à aujourd’hui, les populations ne sentent pas une amélioration dans leur pouvoir d’achat puisque la réduction des prix de denrées de base n’a jamais été effective. Les commerçants véreux maintiennent jusqu’à présent leurs prix initiaux faisant fi systématiquement des directives du

ministre. En l’absence de réel contrôle, les commerçants dictent toujours leur loi aux consommateurs qui, in fine, se plient devant leur diktat. C’est un ministère qui peut peser lourd dans les chances de réélection du président.

Emploi : L’Etat, libéral, n’étant pas pourvoyeur d’emploi, doit favoriser un cadre qui puisse permettre aux jeunes d’en trouver. Comme déjà évoqué, le vivier principal qui permet aux jeunes de trouver un emploi est l’agriculture et le secteur industriel. Le Fonds de Garantie des Investissements Prioritaires (FONGIP), qui est un programme d’appui au montage et au financement de projets et d’accompagnement des PME-PMI, devrait pouvoir répondre en partie à la forte demande d’emploi. Mais depuis 17 mois, ce fonds est comme une Arlésienne dont on entend parler et qu’on ne voit jamais.

Energie : C’est le secteur qui suscite le plus de remous. Depuis Senghor en passant par Abdou Diouf jusqu’à Abdoulaye Wade, le secteur énergétique est confronté à moult problèmes. La fourniture en électricité depuis les années 90 n’a plus été régulière de même que le ravitaillement en gaz butane. Le régime de Wade était en butte à des émeutes violentes à cause du déficit électrique. On se rappelle les agences de la Senelec qui ont subi la rage meurtrière des consommateurs éreintés par les délestages permanents. Ce même scénario risque d’être vécu par l’actuel régime si des solutions idoines ne sont pas apportées par le tout nouveau ministre de l’Energie. Si nos industries sont confrontées à des problèmes de production, c’est à cause de la déficience voire de l’inexistence de la production électrique. La cherté et la disponibilité du carburant, du gaz et de l’électricité demeurent toujours une doléance populaire primordiale.

Inondations : C’est le goulot d’étranglement des régimes successifs. L’absence de solutions idoines et durables à ce

problème fait partie des raisons qui ont fait tomber le régime d’Abdoulaye Wade. Le plan décennal de l’actuel régime estimé à presque 700 milliards devait à terme résoudre ce phénomène des inondations qui pèse lourdement dans la situation économique du Sénégal. Mais là aussi, il s’agit de tenir un langage de vérité aux occupants des zones inondées et non aedificandi. Pour ce faire, sans se soucier de réélection, les autorités actuelles doivent les contraindre à quitter lesdits lieux sans garantir à tout un chacun une maison quasiment gratuite.

Santé : Le président de la République mise essentiellement sur ces deux engagements de campagne que sont la couverture maladie universelle et les bourses familiales d’ici 2017 pour enrichir son bilan et préparer avec sérénité sa réélection. Mais des questions de procédures et de régulation font que la CMU, point essentiel du Yoonu Yokkuté, n’a pas encore connu un début d’exécution. Concernant les bourses familiales, le tiraillement entre Mansour Faye, délégué général à la solidarité, et le ministre de la Santé et de l’Action sociale, Mme Eva Marie Coll Seck, empêche encore le démarrage du programme même si le président de la République a désavoué son beau-frère au profit du ministre.

Justice : Les réformes de la justice, la traque des biens mal acquis, l’affaire Hissène Habré, la question de la dépénalisation de l’homosexualité, le dialogue avec le Sytjust… tels sont les points essentiels sur lesquels est attendu le nouveau Garde des Sceaux. A cela s’ajoute l’amélioration des conditions de travail des magistrats et d’incarcération des prisonniers. Il y a lieu d’émettre quelques doutes sur la réussite de Sidiki Kaba quand on sait sa position partiale sur les premières questions sus-évoquées.

Tourisme : Le secteur touristique sénégalais est toujours en berne. Le manque de compétitivité, d’attractivité et de sécurité est le ventre mou du tourisme sénégalais. Youssou Ndour, même s’il a posé les jalons d’une relance, n’a pas obtenu les succès escomptés.

Economie : Si les secteurs générateurs de revenus – éducation, agriculture, industrie, commerce, tourisme, énergie… – sont en déliquescence, les répercussions sur l’économie du pays ne peuvent manquer d’être désastreuses. C’est ce qui explique pourquoi notre économie dangereusement bancale peine à sortir de l’ornière. Le binôme Bâ-Cissé suscite beaucoup d’espoirs au regard de ses performances acquises l’an dernier dans l’alimentation des caisses de l’Etat. Sauront-ils revivifier une économie exsangue sans perspective d’embellie à court terme ? Mais sans imposer une rigueur austère qui booste la croissance – au grand bonheur des Instituions financières – sans remplir le panier de la ménagère – au grand dam des populations – ? Sauront-ils mettre en place une véritable politique économique qui ne consiste pas à pressuriser cruellement les travailleurs sous forme de taxes et d’impôts comme ils l’ont fait brillamment aux directions qu’ils viennent de quitter ? Les prochains mois détermineront si les actuels argentiers de l’Etat méritent cette confiance démesurée que les Sénégalais placent en eux.

Transports : Le secteur du transport surtout routier connait un sérieux problème de régulation. Au Sénégal, le code de la route n’est qu’une utopie chez les chauffeurs de transports urbains et en commun. Aucune norme n’est respectée par les chauffards d’une certaine catégorie de transport. Ces manquements expliquent grandement cette fréquence des accidents mortels qu’on a connue ces trois derniers mois. En sus, le prix exorbitant du passage sur l’autoroute à péage

constitue un goulot d’étranglement pour les usagers qui sont fréquents sur cet axe autoroutier. L’Etat doit renégocier avec les promoteurs le tarif excessif de passage qui risque d’asphyxier les quelques rares usagers qui sont contraints pour diverses raisons d’emprunter ladite voie.

Sécurité et Défense : L’insécurité est l’une des raisons qui ont fait sauter Mbaye Ndiaye, alors ministre de l’Intérieur. Son successeur, le général Pathé Seck, qui cristallisait autant d’espoirs pour amoindrir les agressions et les meurtres gratuits et renforcer la sécurité a fait long feu. Sous son magistère, il y a eu une recrudescence des agressions. Il ne passe pas un seul jour sans que les médias ne fassent état d’agressions pour la plupart mortelles. Aucun acte n’a été posé pour combattre la corruption qui gangrène le milieu policier. Son successeur doit mettre l’accent sur la zéro tolérance concernant les agressions, les braquages et la corruption routière. Comme Anna Sémou Faye l’a évoqué lors de son installation à la direction générale de la police, les moyens matériels et financiers doivent être mis à la disposition des agents si l’on veut atteindre de tels objectifs.

Pour la défense du territoire, il s’agira de renforcer la sécurité transfrontalière surtout que le phénomène islamiste n’épargne même pas les grandes puissances disposant de tout l’arsenal nécessaire pour lutter contre le terrorisme. Le problème de la Casamance doit être une priorité pour l’actuel Premier ministre parce que la guerre qui ravage cette partie du Sénégal plombe l’économie nationale et installe une insécurité permanente fatale à la stabilité du Sénégal.


Diplomatie : Mankeur Ndiaye a réussi en peu de temps à redonner un lustre à notre diplomatie dégradée, sous-estimée du fait de l’amateurisme qui y a été érigé en règle par le pouvoir sortant. Le Sénégal qui manque de tout rayonnait de

par sa diplomatie. Aussi cette diplomatie doit-elle être au service du développement.

Coopération internationale : Il est important que la diplomatie sénégalaise débouche sur une diversification de nos partenaires au développement et s’attelle à encourager les investisseurs à priser la destination Sénégal. Cette coopération internationale peut constituer un excellent facteur de relance de plusieurs secteurs de l’économie notamment le tourisme et l’agriculture et l’industrie.

Corruption : Le président de la République a compris que la corruption est une pierre d’achoppement à tout développement. C’est pourquoi, il a mis en place l’Ofnac qui réprime la corruption. Mais en l’absence d’un cadre législatif claire, il est difficile de pénaliser ce phénomène. Dans notre arsenal législatif, il n’y a aucune disposition qui définit la corruption et la réprime. Dans les réformes envisagées dans le secteur de la justice, il serait approprié d’inclure une loi sanctionnant la corruption aussi bien active que passive.

Medias : L’Etat est attendu sur le code la presse dont le vote à l’Assemblée nationale tarde à intervenir. Il y a lieu d’engager une réflexion profonde sur la situation de la presse qui se dégrade de jour en jour du fait d’un environnement économique peu viable.

Ces 18 chantiers basiques du Premier ministre renvoient au chiffre 18 d’alerte des sapeurs-pompiers. La devise de ces derniers étant « sauver ou périr », il revient au successeur de M. Abdoul Mbaye de répondre, après 18 mois de gouvernance inefficace, aux signaux de détresse lancés par le peuple en souffrance pour le sauver du feu de la crise qui a envahi son quotidien. Sinon elle, ses auxiliaires (ministres) et son chef (le président de la République) périront électoralement dans les

feux de cette crise qui consument tout dirigeant incapable de répondre aux doléances de son peuple.

Serigne Saliou Guéye
« Le Témoin » N° 1136 –Hebdomadaire Sénégalais ( Septembre 2013)


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