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AFRIQUE

Sénégal/Conseil Présidentiel sur les réformes de l’enseignement supérieur : Une éclaircie dans la morosité du système éducatif


Alwihda Info | Par Aly Samba Ndiaye - 23 Août 2013 modifié le 23 Août 2013 - 09:53


Le président Macky Sall l’avait fermement promis lors de la journée de l’arbre à Fatick. Il l’a tenu le 14 août dernier. Le conseil présidentiel sur l’enseignement et la recherche a eu finalement lieu après plusieurs mois d’atermoiement. En effet, cette grand’messe nationale sur les universités était prévue en mai dernier dans la foulée de la Concertation Nationale sur l’Avenir de l’Enseignement Supérieur (CNAES) d’avril. La date du 6 mai était même retenue. Depuis rien, jusqu’à ce que, il y a quelques semaines, le Président sorte enfin de sa réserve dans sa ville natale, pour donner le la à la tenue de ce conseil. Assis sur des braises, le ministre de l’Enseignement supérieur, M. Mary Teuw Niane, ne semblait rien comprendre à ce black-out persistant. Dans son entourage, on subodorait même qu’un coup fourré de proches du chef de l’Etat retoquait la promesse présidentielle de tenir le conseil.

On était en pleine crise scolaire marquée par des grèves à répétition dans tous les ordres d’enseignement. Les étudiants manifestaient avec fracas leurs frustrations : retard dans le paiement des bourses, rejet des conditions de restauration et d’hébergement et certains contre l’augmentation probable des frais d’inscription. Dans une telle atmosphère, les conseillers du Président l’auraient dissuadé de tenir ce conseil au risque de voir ces contestations « cannibaliser » les grandes mesures présidentielles attendues.

Mais apparemment les calendriers du Président et de son ministre ne coïncidaient pas. Pris dans les limbes d’un audit sur sa gestion des deniers de l’Université Gaston Berger dont il était le recteur avant sa nomination comme ministre, le Pr Mary Teuw Niane avait à cœur de mettre à profit la remarquable réussite des CNAES d’avril. Avec lui, les membres du comité de pilotage dont l’excellent Souleymane Bachir Diagne, qui les avait conduites avec un doigté magistral. Mais le Président n’en avait cure. Il guettait le moment le plus opportun pour optimiser ce qui apparaitra comme l’un des plus grands succès de son mandat. Surtout eu égard à la complexité et la délicatesse du secteur. En fait, Il a eu le nez creux d’attendre ce moment propice. Entretemps, la paix sociale s’est instaurée avec les syndicats d’enseignants qui ont cessé leur mouvement devant l’indifférence générale des Sénégalais face à leurs débrayages intempestifs. La psychose d’examens de fin d’année chahutés s’est également éloignée. Et mieux, les résultats au bac, au BFEM ont été étonnamment positifs. Seules quelques jacqueries insignifiantes d’étudiants ont noirci le tableau social devenu idyllique. Ils réclamaient le report des examens pour affiner leur préparation bâclée par des grèves des professeurs du supérieur. En plus, ils rechignaient à se présenter aux évaluations finales avec un faible nombre d’heures de cours et de travaux dirigés, les profs se contentant de les renvoyer à leurs polycopies.

Les frais d’inscriptions modulés

Avec la tenue du conseil présidentiel, le ministre peut se frotter les mains, en attendant de connaître la suite des audits sur sa gestion à l’UGB. Le Président Sall aurait donc tort de ne pas capitaliser les importantes conclusions qui en sont issues. Surtout, celle qui, pourtant, n’est pas la plus importante : l’accord sur la participation des étudiants dans le financement de l’enseignement, appelé trivialement les droits d’inscription. On se souvent qu’avec une inexplicable maladresse qui avait torpillé les CNAES, le comité de pilotage avait lancé un ballon de sonde en annonçant le montant de 150 000 FCFA que les étudiants devraient acquitter pour accéder aux campus de Dakar, Saint Louis, Thiès, Ziguinchor et Bambey. La réaction des concernés ne s’était pas fait attendre : indescriptible tollé et violentes réactions avec leur prolongement dans l’enceinte du King Fahd Palace abritant les assises d’avril. Communiqués, démentis, déclaration d’apaisement et finalement retour à la table de négociations. L’ordre reprend ses droits et les discussions aboutissent à un consensus au sein du comité ad hoc sur une moyenne de 50 000 cfa. Pour autant, les étudiants ne sont que moyennement satisfaits. Le taux plafonné leur paraît inéquitable et disproportionné. Mais il est bien plus accessible que le montant initialement annoncé. Aujourd’hui, l’arrangement annoncé est encore plus juste à la mesure des moyens modestes des ouailles. Ou de leurs parents.

Le mérite de la nouvelle disposition est de s’appuyer sur le principe de la modulation. Les inscriptions à l’université sont fixées comme suit : « l’étudiant de L1 (licence 1) payera 25.000 francs CFA. Les 10.000 francs sont consacrés aux droits d’inscription administrative et les 15.000 aux droits d’inscription pédagogique. L’étudiant de L2 (licence 2) acquittera 30.000 francs CFA. Et l’étudiant de L3 (licence 3) devra débourser 35.000 francs CFA ». Pour le deuxième cycle, les prix sont plus chers. « L’étudiant de M1 (Master 1) devra désormais dégainer 50.000 francs CFA pour les besoins de son inscription administrative, tandis que celui de M2 (master) va payer 60.000 francs. Si l’étudiant est dans une formation doctorale, il devra payer 75.000 francs CFA ». On peut bien penser que certaines franges de la population, notamment celle rurale, rouspéteront à juste titre tant leurs moyens de subsistance sont insuffisants pour la satisfaction de leurs besoins quotidiens d’’existence. D’où la timide mais compréhensible réaction de groupes minoritaires d’étudiants vite dissipée.

Un pactole 320 milliards

Seulement voilà, malgré les cris d’orfraie et levées de boucliers, force est de reconnaître que, aujourd’hui, la tendance à la marchandisation de l’enseignement supérieur et à la participation populaire au financement de l’université par tous les acteurs est une donnée planétaire. Et les étudiants l’ont compris majoritairement. Du coup, tout le monde s’accorde à reconnaître que ces taux sont plus raisonnables. Même les étudiants, d’habitude si réfractaires aux accords, acceptent de payer leur tribut à la réforme de l’université. Sans doute, c’est la loi d’orientation sur l’enseignement supérieur, la formation et la recherche qui retient l’attention. Jusqu’à présent, ce sous-secteur était fondu dans la loi d’orientation de l’éducation incluant tous les ordres d’enseignement. Maintenant, il a dégagé son propre territoire avec, à la clé, un financement national de 320 milliards de francs. A cela il faut ajouter toute une kyrielle de mesures portant sur le rééquilibrage des budgets des universités, l’augmentation de leurs capacités d’accueil, le recrutement de personnel supplémentaire pour l’enseignement, la recherche, l’administration, la technique et les services. En somme, aucun secteur stratégique de l’enseignement que ce soit la gouvernance, l’encadrement pédagogique et administratif n’est laissé en rade.

Ainsi, dans les cinq années à venir, il y a fort à espérer que notre système éducatif supérieur sera doté de moyens conséquents pour se dynamiser et renforcer ses atouts. Le bond fulgurant qu’il connaît depuis une quinzaine d’années justifie amplement l’intérêt que lui accordent tous les acteurs de la vie nationale à l’image des concertations d’avril auxquelles ont pris part de larges éventails des intervenants du sous-secteur. La mise en place d’une direction de l’enseignement supérieur privé est déjà une première réponse pour prendre en charge les quelque 150 écoles, instituts supérieurs et universités privés qui essaiment dans tout le pays et attirent des étudiants de tout le continent. Le chiffre d’affaires évalué à des dizaines de milliards FCFA en dit assez sur l’essor incontrôlé de ce secteur.

La création d’une agence spécialement dédiée à l’évaluation des cursus et des structures de formation s‘ajoute au dispositif de contrôle de qualité indispensable à la crédibilisation du système. Le recours systématique au CAMES (Conseil Africain et Malgache de l’Enseignement Supérieur) donne une tout autre dimension à la certification des écoles et des filières et leur internationalisation.

Toutes ces lignes d’actions entrent dans le cadre des conclusions de la CNAES d’avril. Elles viennent compléter d’autres préconisations comme la prééminence à accorder aux études scientifiques et techniques, la progressivité dans l’introduction et l’accès aux technologies de l’information, l’enseignement à distance. Autres innovations issues des 78 conclusions des assises acceptées par le conseil présidentiel, la révision de la carte universitaire et son adaptation aux réalités socio-économiques de notre pays.

A vrai dire, la mise en service, dans la douleur certes, des universités de Thiès, Bambey et Ziguinchor par le régime précédent était tout à fait appréciable et valait son pesant d’or. La création future des sept Instituts Supérieurs d’Enseignement Professionnel (ISEP) va permettre de désengorger considérablement un système qui souffre terriblement de la faiblesse de ses capacités d’accueil. Thiès vient d’accueillir son premier ISEP, sorte d’IUT ancien modèle dont les formations limitées à deux ans (Brevet de Technicien Supérieur, BTS) constituent une réponse efficace aux besoins de qualification des entreprises sénégalaises tous secteurs confondus. Des villes comme Kédougou, Bakel, Matam et autres devront en être dotées sous peu. Ainsi la question de l’employabilité des instituts, celle de l’exode auront leur début d’alternative crédible.

Sans doute la décision du Président Macky Sall de marquer de son empreinte la promotion de l’enseignement supérieur se manifeste conséquemment dans l’annonce de la mise en place prochaine de l’Université du Sine Saloum. Et, cerise sur le gâteau, le gouvernement est en train de mettre les bouchées doubles pour ouvrir dès la rentrée prochaine l’Université Virtuelle du Sénégal dont le projet a été confié à M. Doudou Diaw, directeur de l’Institut Supérieur de Management (ISM) de Dakar, un capitaine d’industrie en matière de formation privée. Ainsi projeté dans les trajectoires de la modernisation, notre système d’enseignement fera face à deux obstacles de grande taille : le financement de tels projets et l’encadrement pédagogique, le nombre et la qualité des enseignants requis pour produire cette offre n’étant pas, loin s’en faut, à portée de main. Mais attention, le risque de susciter et créer une forte attente difficile à satisfaire pourrait, comme un boomerang, produire des effets contraires, si l’on se limite aux seules incantations et à la belle théorie des concepteurs de projets et ingénieurs en tous genres. Dans ce cas, il y aurait fort à craindre que les thérapies proposées deviennent tout simplement toxiques. Dieu nous en préserve.

Par Aly Samba Ndiaye - Le témoin Sénégal


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