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AFRIQUE

Sénégal/Enquête : Délivrance de grossesses prolongées ou termes dépassés


Alwihda Info | Par Pape NDIAYE - 3 Juillet 2013 modifié le 3 Juillet 2013 - 14:21


Credits photos : Brèves Santé
Credits photos : Brèves Santé
Chez « Mère Souadou », les invocations coraniques facilitent l’accouchement des femmes désemparées
 
En cas de grossesse prolongée ou de terme dépassé, le recours à la césarienne provoque peur et angoisse chez les futures mamans. Lesquelles, dès qu’il est question d’ « opération » chirurgicale, ont les boules. Ayant peur d’affronter les bistouris des chirurgiens, la plupart des parturientes se rendent donc chez une vieille tradipraticienne très courue aux Parcelles Assainies à Dakar : Mère Souadou. Maîtrisant une science tirée du Saint Coran, elle formule quelques versets coraniques tout en arrosant le ventre de la patience avec de l’eau bénite, et le tour est joué ! Après cet exercice, la plupart des femmes à terme accouchent, de façon normale, au bout de 48h seulement. Ayant suivi de près deux cas de grossesses ayant connu une délivrance heureuse grâce aux bons soins de « Mère Souadou », notre grand reporter Pape Ndiaye est donc bien placé pour parler de cette « gynécologue » réputée de la médecine coranique ou spirituelle…
 
Durant notre tendre enfance, on entendait parler d’un certain « Mbaye Diagne Golby » ayant pignon à Niary Tally à Dakar. L’homme était un célèbre « orthopédiste » traditionnel spécialisé dans le traitement des fractures, entorses et autres luxations. Chaque jour que Dieu fait,  des pousse-pousse et des brouettes faisant office d’ambulances déversaient leurs lots de blessés de matches « navétanes » ou d’accidentés de la route chez ce guérisseur qui réussissait le miracle de recoller les os cassés. Autrement dit, de réduire les fractures. Et sans plâtre s’il vous plaît ! Dans le domaine psychiatrique, on connaissait jusqu’ici le fameux Cheybadou Hamdy Diouf, guérisseur-libérateur des malades mentaux sous l’emprise des djinns. Et encore, et encore !  (…)
Dans le domaine de la « gynécologie » traditionnelle, hier comme aujourd’hui, Mme Souadou Coly Cissé surnommée « Mère Souadou » a fini de se faire une excellente réputation.
En général chez les dames ou les jeunes mariées, quand il s’agit d’aller chez le gynécologue ou la sage-femme, on s’arrange par tous les voies et moyens pour laisser échapper une fuite d’un début de grossesse, ce qui est le comble de la joie chez les femmes.  Par contre,  le chemin qui mène chez le marabout-voyant ou le guérisseur traditionnel est borné de secrets et de mystères. Histoires de femmes ou secrets de famille ? Toujours est-il qu’il y a des moments difficiles dans une grossesse où les femmes se détournent en toute discrétion de leur gynécologue ou de leur époux pour aller solliciter prières et assistance chez « Mère Souadou ». Ainsi, il nous plait de vous révéler deux cas, ou deux anecdotes, pour mieux camper le décor dans cet univers pour femmes enceintes désemparées. Le domicile de « Mère Souadou » est situé aux Parcelles Assainies à Dakar, précisément à la villa n° 417 de l’Unité 7.
Âgée de 32 ans, Mme N. D. a du mal à supporter le poids de sa  grossesse vieille apparemment de neuf mois. Et la dame est convaincue d’avoir affaire à une grossesse prolongée ou terme dépassé. Angoissée par un éventuel recours à la  césarienne si elle va voir les gynécologues classiques, la dame s’est rendue chez la « Mère aux Parcelles » comme on l’appelle. Sur place, le ventre de la patiente est aspergé d’eau bénite appuyée par quelques versets tirés du Saint Coran dont seule Mme Souadou Cissé a le secret. Une brève consultation au cours de laquelle Mme Souadou rassure sa malade et lui promet qu’elle va accoucher dans les 48 heures. Et en effet, moins de deux jours exactement comme promis, la patiente a accouché sans problème alors que son gynécologue traitant lui avait fixé un dernier rendez-vous médical. Et dans quinze jours !  L’autre cas concerne Mme A. Th qui semble traîner une grossesse à problèmes.  Sentant des contractions douloureuses, elle est vite évacuée à la clinique de la Madeleine à Dakar. Fausse alerte ! Car, sur place, on lui indique qu’elle n’est pas encore à terme, et elle doit donc libérer la chambre et retourner à la maison pour patienter. Parents et accompagnants de la dame se concertent. Ils trouvent une solution consistant à faire venir discrètement « Mère Souadou » à la clinique. Dépêchée sur les lieux, la « gynécologue » des Parcelles Assainies est mise à l’épreuve. À sa manière. À l’insu des gynécologues et sages-femmes des lieux. Bilan ? Mme A. Nd a accouché la même nuit. « Ce jour-là, après avoir diagnostiqué la parturiente, j’ai conseillé à son mari de ne pas la ramener à la maison tout en lui assurant que sa femme allait accoucher avant l’aube. Et s’il plait au Bon Dieu !  D’ailleurs, je vous prends à témoin (Ndlr : votre serviteur) puisque la patiente a accouché vers minuit c’est-à-dire bien avant l’aube » se souvient Mme Souadou Cissé, histoire de prouver ses connaissances spirituelles et sa science en matière de grossesses prolongées ou « compliquées ».
En évoquant le nom des Souadou, certains parents et grands-parents nous renvoient au milieu des années 60 où cette famille (de l’ethnie socée) d’origine casamançaise s’était bâtie une solide réputation dans le traitement des femmes enceintes ou stériles. Installés au quartier Cap Manuel à Dakar au début des années des indépendances, les grand-mères et tantes à savoir Adja Moussou Kéba et Maman Ciré Coly ont légué leur héritage spirituel aux enfants dont la nièce Souadou Coly Cissé figure parmi les bénéficiaires. Donc une transmission héréditaire de père à fils ou de tante à nièce. «  Effectivement, tous les dakarois autochtones connaissent notre famille. Nous habitions au Cap Manuel, à la pointe de Dakar, où nos parents pratiquaient la médecine traditionnelle dont la science thérapeutique  est tirée du Saint Coran » nous confie Mme Souadou Cissé âgée d’une soixantaine d’années et dont la maison transformée en cabinet reçoit plus de 100 patientes par jour. «  Vous voyez, on ne peut pas tromper plus de 100 malades par jour et pendant plus de 50 ans ! » a-t-elle laissé entendre pour magnifier sa compétence et son savoir-faire dans son domaine. Dans quelle école excelle Mère Souadou ?  École coranique ou école magique ? La réponse sonne comme un cours philosophique pour brouiller toute compréhension dans le but de ne pas révéler une science ou un secret de famille. Néanmoins, la guérisseuse  Souadou Cissé tient à préciser qu’elle n’excelle ni dans la magie, ni dans le charlatanisme. « Seulement, ma science est tirée du Saint Coran. Car je puise dans le vaste Saint Coran des versets accompagnés de quelques formules du Prophète Mohamed Psl. Une fois en possession de tout cela, je demande au Bon Dieu de m’aider à guérir mon malade ou à soulager sa souffrance » a-t-elle expliqué en bon croyante. Puis, elle ajoute que le Coran renferme toute une science médicale complète pour aider le croyant à soulager le mal ou guérir les  tares et les maladies qui touchent son corps.
 
En examinant le cliché de cet univers nommé « Chez Souadou », on constate facilement que la médecine traditionnelle ou prophétique n’est pas celle des pauvres ou des naïfs, mais plutôt celle des malades désespérés de la médecine moderne. Et dans le lot, des femmes enceintes désemparées scrutant un bébé qui tarde à voir le jour. Et quand une guérisseuse traditionnelle fait valoir les miracles scientifiques du Coran pour voler à leur secours, force est de croire que la médecine prophétique reste et demeure une réalité… au moins spirituelle.
 
Pape NDIAYE
« Le Témoin » N° 1128 –Hebdomadaire Sénégalais ( JUIN  2013)



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