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AFRIQUE

Sénégal/Gendarmerie : Ces Coloels ensevelis dans une retraite pleine de dignité


Alwihda Info | Par Pape NDIAYE - 11 Août 2014 modifié le 11 Août 2014 - 00:45


Ces générations d’officiers valeureux jamais obnubilés par les étoiles !
 
« Mon colonel ! » : Cette appellation de politesse ou de civilité, mais aussi cette désignation de grade, ne  suffit pas à la fierté de certains officiers d’un genre bien particulier ! En effet, l’ancien président de la République,  Me Abdoulaye Wade, ex-Chef suprême des Armées, avait tellement distribué d’« étoiles » que le galon de colonel, composé de cinq barrettes jadis prestigieuses, est devenu presque « banal » !  Malgré tout, force est de reconnaître que, dans certains cas, le président Wade ne s’était pas trompé de nominations compte tenu de l’évolution de l’Armée et de la gendarmerie dont les troupes et officiers cadres se sont multipliés ! Compte tenu surtout de la valeur intrinsèque de certains parmi les officiers supérieurs promus. Mieux, la nomination de généraux était nécessaire au rééquilibrage, au système de commandement et à la réorganisation des forces armées. Elle répondait aussi à la demande de l’Organisation des Nations Unies (Onu) dont les missions d’intervention militaire exigent plus de présence d’officiers généraux sénégalais. Hélas, en toute chose il faut de la mesure sinon avoir trop de généraux brise le mythe des « étoiles ». Cela est si vrai qu’aujourd’hui, au Sénégal, tout colonel veut devenir général et s’entendre donner du « Mon général !».  Aspiration légitime, certes, sauf que tout le monde ne peut pas être général surtout qu’en matière militaire comme dans le royaume de Dieu, il y a toujours beaucoup d’appelés et peu d’élus. C’est la vie. Le colonel Abdoulaye Aziz Ndaw, obnubilé par les étoiles durant toute sa carrière, fait hélas partie des recalés alors qu’il rêvait, lui aussi, de porter les étoiles aux épaulettes. N’ayant pas pu réaliser son rêve de toute une vie, il a donc fini par fabriquer une « roquette » de destruction massive afin de pilonner  tout frère d’armes soupçonné de l’avoir privé d’étoiles. 
 
Un adage attribué à Napoléon disait ceci : «  Chaque soldat porte son bâton de maréchal dans sa vieille giberne ». Cet adage bien de chez les militaires  signifie que tout soldat veut devenir, un jour, général. Un général de brigade,  de division ou de corps d’Armée à l’image des célèbres généraux sénégalais comme Pathé Seck, Idrissa Fall, Waly Faye, Mamadou Seck Faidherbe, Abdoulaye Fall, Charles Nelson, Meissa Niang, Mansour Seck « Number One », Mamadou Diop, Cheikh Sène, Amadou Belal Ly,  Mamadou Sow Nogass, Coumba Diouf Niang, Mamadou Niang, Boubacar Wade, Mamadou Guèye Faye, Cheikh Guèye, Madické Ndao, Mansour Niang, Alioune Dièye etc. dont les noms et les hauts faits ont marqué l’histoire de notre Armée. 
 
Pourtant, même si le grade de « colonel » n’est pas le plus prestigieux, il est incontestablement celui qui symbolise le plus le mérite ! Car il s’agit d’un grade qui sanctionne une brillante carrière militaire à laquelle  s’arrête la promotion de la compétence, du mérite et du travail d’un officier supérieur. Certes, étant « colonel », il n’est pas interdit de rêver d’être élevé au rang de « Général ». Mais entre le rêve et la réalité, il y a toute une planète Mars où l’on peut scruter les « étoiles » sans pour autant les apercevoir, encore moins les toucher ou les porter. Parce que l’élévation au rang de « Général » relève du seul pouvoir discrétionnaire du chef suprême des Armées, le président de la République. 
 
Même si les  critères d’excellence et d’ancienneté sont pris en compte dans les propositions, la confiance du président de la République fait la différence  dans les nominations.  Le colonel Abdoulaye Aziz Ndaw,  l’auteur du livre « Pour l’honneur de la Gendarmerie », le sait mieux que quiconque même s’il en fait fi ! Certes, il n’est pas interdit d’être obsédé par les étoiles mais pas à ce point ! Au point de briser ce valeureux corps de la Gendarmerie auquel il   a appartenu et qui lui a tout donné, il y a quand même un pas qu’il aurait dû s’abstenir de franchir mais qu’il a fait quand même !  A propos d’obsession pour les étoiles, un ancien haut commandant de la gendarmerie nous confiait que, durant son commandement, il recevait souvent des renseignements selon lesquels  certains colonels achetaient des galons étoilés de « général » prétextant une collection. Ce alors qu’en réalité, « ils exécutaient ainsi les recommandations mystiques de voyants ou de charlatans qui leur faisaient croire que mettre des « étoiles » sous l’oreille constituait un appel irrésistible aux étoiles… ».  Tout cela pour montrer la façon dont les « étoiles » font perdre la raison à certains officiers au crépuscule de leur carrière. Heureusement qu’il existe au sein de la gendarmerie nationale des générations d’officiers valeureux et dignes ayant la fierté d’avoir quitté la maréchaussée avec le grade de colonel sans  scruter le ciel c’est-à-dire sans être fasciné par les étoiles, si ce ne sont pas celles de Dieu. De véritables « gueum » Yallah !  
 
Retraite dans  la dignité !
 
Les hommes partent, les institutions restent. Cette philosophie  a toujours prévalu au sein de l’une des plus prestigieuses institutions de la République : La Gendarmerie Nationale. Partir dans la dignité, dans l’honneur, dans la discipline avec l’obligation de réserve,  la plupart, pour ne pas dire l’écrasante majorité, des officiers de gendarmerie l’ont fait.  En versant dans le déballage, le colonel Abdoulaye Aziz Ndaw a foulé au pied ces principes  qui faisaient jusqu’ici la différence entre le civil et le militaire, le vrai ! Encore une fois, après de bons et loyaux services rendus à la Gendarmerie, mais surtout à la Nation, plusieurs générations de colonels ont quitté silencieusement les rangs avec le sentiment d’une mission bien remplie et d’une carrière honorable. Et si la gendarmerie sénégalaise est devenue ce corps d’élite unanimement respecté — l’exception étant le colonel Aziz Ndao ! —, elle le doit grandement à de brillants officiers, modèles et exemplaires de par leurs hauts faits et gestes. Des officiers qui, hélas, n’ont pas eu la chance de devenir des généraux.  Parmi ceux-là, on peut citer le colonel Aboubacar Soumaré, le commandant Samba Diéry Diallo dont la célèbre caserne de Colobane porte justement le nom,  le capitaine Ameth Fall, le colonel Foula Baldé, le commandant Tamsir Ba,  le colonel Massar Diop, le colonel Doudou Ba, le colonel Théophile Dasouza et tant d’autres que nous ne pouvons pas citer ici. Ils constituent la toute première génération d’officiers supérieurs de la maréchaussée reversée dans la gendarmerie sénégalaise d’après indépendance. Et ce, à l’issue d’une formation de spécialisation à la prestigieuse école de gendarmerie de Melun, en France.  Pour la petite histoire, il faut rappeler que nombreux parmi ces pionniers ont eu à occuper de grands commandements au sein de la gendarmerie nationale jusqu’à leur départ à la retraite. Cette génération de fondateurs a posé les solides piliers de l’institution où se cultivent le professionnalisme, la discipline, le travail et le respect. Et surtout, surtout le brassage ethnique alors que sous d’autres cieux, dans d’autres pays, la gendarmerie est le domaine réservé d’une ethnie, celle du président de la République, dont elle constitue d’ailleurs la garde prétorienne. A la différence de celles-là, notre gendarmerie nationale est une institution à la fois équilibrée et républicaine. Les moins jeunes et les plus jeunes gendarmes doivent ces fondements aux aînés ou anciens qui ont fait de la maréchaussée ce qu’elle est devenue aujourd’hui. Ces anciens, pour ne parler que des officiers (colonels) issus de la deuxième génération après l’indépendance dite celle des bâtisseurs,  ont pour noms : colonels Badara Niang, Ba Malick Ndiour, Tamsir Ndiaye, Leyti Ka, Babacar Guèye, Boundou Sarr, Charles Diedhiou, Mamadou Diop (ancien maire de Dakar), Babacar Ngom, Cheikh Ndiaye, Djiby Diop etc… Après avoir fréquenté les  grandes écoles de référence comme Saint-Cyr, Melun et Mekhnès, accompli de brillantes carrières dans les rangs, ils ont tous fait valoir leurs droits à la retraite sans pour autant pilonner voire  « brûler »  l’institution qui les a couvés et moulés et à laquelle ils ont contribué à donner  ses titres de noblesse. Dieu sait qu’ils ont eu à avaler des pilules ou braver des injustices comme tout officier agissant en service commandé. Bien qu’ils n’aient pas étrenné le grade de général, ils sont partis sans étaler leurs états d’âmes. Puis, est venue cette mythique troisième génération d’officiers considérés comme étant les architectes et finisseurs  de la gendarmerie nationale. Et ce, pour avoir procédé à l’extension, à la modernisation et au développement de l’institution. La  multiplication des écoles et des infrastructures, l’acquisition des logistiques, l’informatisation des services, la géolocalisation de la gendarmerie mobile et autres réalisations de grande envergure…  tout cela porte l’empreinte de cette génération d’officiers ayant valorisé le grade de colonel avec fierté et dignité.  Dans cette troisième génération, on retrouve  les colonels Coly Ndiaye Cissé, Ousseynou Pouye, Pape Thiam, Mamadou Diop « Batracien », Amadou Diallo, Balla Bèye, Mansour Mboup, Cheikh Tidiane Mbaye, Thierno Lo, Amadou Diakité, Mamadou Diouf, Ibou Sène, Djibril Ba, Pape Waly Wane etc. Si ces brillants officiers au parcours exceptionnel et sans faute sont partis sans rompre la chaine de discipline, c’est parce qu’ils n’ont jamais été obnubilés par les étoiles. Ils voulaient les porter, Dieu en décidé autrement et ils ont pris les choses avec philosophie et grandeur. Des « étoiles » considérées aujourd’hui comme le nerf des dénigrements, des délations et des violations de secrets d’Etat, autant de pratiques qui, malheureusement, n’honorent pas la gendarmerie, notre glorieuse gendarmerie nationale. Encore moins leurs auteurs dont le tristement célèbre colonel Abdoulaye Aziz Ndaw.
 
Pape NDIAYE
Article paru dans « Le Témoin N° 1175 » –Hebdomadaire Sénégalais ( AOUT 2014)


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