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AFRIQUE

Sénégal/Grossesses précoces chez les adolescentes : 19 % des adolescentes de 19 ans déjà en grossesse


Alwihda Info | Par Maïmouna Faye - 21 Juillet 2013 modifié le 21 Juillet 2013 - 18:52


Dans la région de Fatick, qui bat le record, les conducteurs de motos « Jakarta » indexés.
 
A l’instar de la communauté internationale, le Sénégal a célébré, jeudi dernier, la Journée mondiale de la Population sous le thème : « la grossesse des adolescentes ». En effet, cette année, cette communauté a décidé de braquer un coup de projecteur sur la sexualité des adolescentes. Ce pour briser les tabous et lancer un plaidoyer auprès des autorités et des partenaires techniques et financiers (Ptf) pour la prise en compte de ce problème qui porte atteinte à la dignité des jeunes adolescentes dans des pays comme le Sénégal. C’est surtout au niveau de Fatick que le problème se pose avec le plus d’acuité puisqu’on y enregistre un indice synthétique de fécondité estimé à 6,3 enfants par femme contre 5 pour le niveau national.
 
La sexualité des jeunes fait, aujourd’hui, l’objet de beaucoup de thèses et d’études, dans la problématique de développement. Et pour cause, d’éminents penseurs africains  mettent en exergue des liens entre les grossesses précoces et l’atteinte des Objectifs du Millénaire pour le Développement, notamment les fameux OMD 4 et 5 relatifs à la santé de la mère et de l’enfant. Des objectifs que notre pays, malgré les efforts consentis,  ne pourra pas atteindre d’ici au délai butoir de 2015. La sexualité des jeunes pose ainsi un véritable défi de santé publique. Au Sénégal, les adolescentes âgées de 15 à 19 ans constituent 22 % de l’ensemble des femmes en âge de procréer. Selon l’Enquête démographique et de santé (Eds 2010-2011), 19 % des adolescentes de 19 ans sont déjà mères. D’où la nécessité de mener un plaidoyer contre les grossesses précoces dont les causes sont à chercher dans l’environnement social de l’adolescente à savoir l’analphabétisme, le chômage, la pauvreté, la régression du rôle de la famille, les mutilations génitales féminines, les mariages précoces...  Autant de causes qui s’accumulent au Sine, particulièrement à Fatick, une région composée de 795.193 habitants avec plus de 57 % de jeunes âgés de moins de 20 ans, et où, selon le gouverneur, M. Ndary Faye, le phénomène des grossesses précoces est préoccupant. En effet, dans cette région, les grossesses des adolescentes, du fait de la pauvreté, de l’analphabétisme, du chômage, de l’exode rural… ont atteint des niveaux alarmants.  Ce que confirme le représentant-résident du Fonds des Nations unies pour la Population (Unfpa) à Dakar. D’après M. Boureima Diadié, en effet, la précocité de la procréation au niveau de Fatick, avec son indice synthétique de fécondité estimé à 6,3 enfants par femme contre 5 pour le niveau national, est tangible. D’autant plus que, informe-t-il, « 17 % des femmes de 15-19 ans sont déjà mères ou en état de grossesse ». Un phénomène qui, en dehors des mariages précoces, serait le fait de conducteurs de motos « Jakarta » qui assurent une bonne partie du transport urbain au niveau de cette zone. Des conducteurs de motos « Jakarta » qui profitent des moments du transport des élèves vers le lycée pour les détourner du chemin et aller entretenir avec elles des relations sexuelles aboutissant à des grossesses précoces et/ou non désirées. Les informations recueillies auprès des jeunes filles concernées montrent que plus de la moitié des grossesses des adolescentes, dans la ville, sont le fait des conducteurs de motos « Jakarta ». C’est du moins ce qu’a révélé la maitresse sage-femme du « coin jeunes » de l’Association sénégalaise pour le bien être familial (Asbef) de Fatick. La plupart des victimes de ces conducteurs de motos seraient des élèves. Pour preuve, le « coin jeunes » de l’Asbef de Fatick a dénombré, en 2012, « 10 cas de grossesses chez les adolescentes du lycée de Fatick et trois cas dans chacun des collèges publics d’enseignement moyen secondaire de la région ». Autant de choses qui montrent qu’au niveau de cette région, « les adolescents ne peuvent pas exercer, convenablement, certains de leurs droits fondamentaux comme le droit à l’éducation, à cause de l’éloignement du lycée par rapport au  centre-ville ».
 
Pour  remédier à cette situation, le directeur exécutif de l’Unfpa, Dr Babatunde Osotimehin, dans son message, a appelé les gouvernements et la  communauté internationale à prendre des mesures pouvant permettre aux adolescentes de faire des choix de vie responsables. Il plaide aussi pour qu’on leur apporte l’appui nécessaire dans le cas où leurs droits seraient menacés. Surtout qu’à l’occasion de cette journée dédiée à la population, le secrétaire général de l’Onu, M. Ban Ki Moon, s’est dit profondément convaincu du pouvoir qu’ont les jeunes femmes de transformer le monde d’aujourd’hui. Pour cela, il se félicite du fait que cette édition 2013 de la journée mondiale de la population est consacrée à la grossesse des adolescentes. Un sujet sensible qui, selon lui, exige l'attention de la communauté internationale. Car, estime-t-il, « lorsqu'une jeune fille est instruite, il y a plus de chances qu'elle se marie plus tard, qu'elle attende d'être prête pour faire des enfants, que ses enfants soient en meilleure santé et qu'elle gagne mieux sa vie ». Le patron de l'ONU plaide aussi pour qu’une éducation sexuelle complète, adaptée à leur âge, soit dispensée à toutes les adolescentes.
 
Cette éducation sexuelle, c’est ce que suggère également M. Boureima Dadié. « Il est primordial de généraliser une éducation sexuelle plus complète à l’école et hors de l’école pour enseigner aux filles et aux garçons comment protéger leur santé », dit le représentant-résident de l’Unfpa. Et d’insister sur la sensibilisation des communautés pour un abandon de la pratique des mariages précoces.  Il demande en outre aux autorités et leaders d’opinion d’élargir l’accès à l’information et aux services qui répondent aux problèmes spécifiques des jeunes, surtout des filles les plus pauvres et les plus vulnérables, en matière de santé sexuelle et procréative. De même, M. Dadié plaide pour l’augmentation du nombre des prestataires qui offrent des services de santé confidentiels conçus spécialement pour les adolescentes. Le gouvernement sénégalais l’a compris qui a élaboré des documents de référence, des politiques et des programmes ciblés sur les jeunes. Des mesures qui, à en croire l’orateur, entrent en droite ligne des orientations majeures du FNUAP en matière de prise en charge des besoins des adolescents / jeunes contenues dans la « stratégie jeunes » couvrant la période 2012-2016. 
 Comme l’a dit le secrétaire général de l’Onu, M. Ban Ki Moon, « si nous consacrons de l'attention et des ressources à l'éducation, à la santé et au bien-être des adolescentes, ces jeunes agents du changement seront encore mieux armés pour faire évoluer la société dans le bon sens pour les générations à venir ».
 
C’est également le sens qu’il faut donner à la célébration de la journée mondiale de la population, qui vise notamment à encourager les engagements des parties pour l’accès universel à la santé procréative, et le développement des adolescents et des jeunes en vue de prévenir, voire éliminer, les grossesses précoces chez les adolescentes. Une journée qui crée un cadre de concertation et d’échange sur des problèmes de population dans nos pays et qui se veut aussi, du moins pour ce qui est de cette année, un plaidoyer auprès des autorités et des partenaires techniques et financiers (Ptf) pour la prise en compte d’une préoccupation réelle qui porte atteinte à la dignité des jeunes adolescentes dans notre pays. Elle offre également l’opportunité de délivrer des messages de sensibilisation pour une meilleure prévention des grossesses chez les adolescentes. Des adolescentes qui deviennent mères, et dont on estime le nombre à 16 millions, chaque année. Elles sont nombreuses en effet à ne jamais avoir eu l'occasion de planifier leur grossesse. D’où les complications pendant la grossesse ou à l'accouchement qui aboutissent, dans la plupart des cas, à des risques gravement handicapants tels que la fistule obstétricale. Autant de choses qui font dire au secrétaire général de l’ONU que « nous devons fournir tout l'éventail des services de santé nécessaires en matière de procréation et de sexualité, de la planification familiale à la prévention et au traitement des maladies sexuellement transmissibles, dont le VIH ». Pour finir, M. Ban Ki Moon a demandé que l'accès aux services de santé maternelle dont elles ont besoin soit garanti aux femmes. Souhaitons que son appel soit entendu.

Maïmouna Faye
« Le Témoin » N° 1131 –Hebdomadaire Sénégalais ( JUILLET  2013)



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