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AFRIQUE

Sénégal/Journée mondiale du rein : Personnes âgées, attention à vos reins !


- 22 Mars 2014 modifié le 22 Mars 2014 - 16:17

5 à 10 % des Sénégalais auraient des anomalies au niveau des reins sans le savoir, selon les spécialistes. Le Sénégal, en même temps que la communauté internationale, a célébré la semaine dernière la journée internationale du rein. Une occasion pour les néphrologues (médecins spécialistes des maladies du rein) de faire un état des lieux sur la prise en charge des maladies rénales au Sénégal avec comme point de départ « le rein du sujet âgé ».


Sénégal/Journée mondiale du rein : Personnes âgées, attention à vos reins !
« Insuffisance rénale chronique et vieillissement », tel est le thème de cette édition de la journée mondiale du rein qui montre que quand «vous prenez de l'âge, vos reins aussi » (Ndlr, en prennent). En effet, les sujets âgés sont à haut risque d’agression rénale aiguë (Ara), dont l’incidence est en augmentation. La présence de nombreuses co-morbidités et les modifications rénales liées à l’âge en sont les principales raisons. D’où cette importance de sensibiliser les populations au vieillissement du rein. Car, bien qu'ils soient indispensables au fonctionnement autonome de notre organisme, ces organes sont souvent négligés et peu surveillés. C’est ainsi que, chaque année, la plupart des patients qui commencent une dialyse — seul moyen de suppléer rapidement à une fonction rénale déficiente —, le font en urgence. Ce qui constitue souvent le reflet d'un diagnostic très tardif de l'insuffisance rénale. Hélas, la plupart des patients ne font recours à la dialyse que quelques mois à peine avant que leurs reins ne cessent de fonctionner définitivement. A la décharge de ces malades, si le diagnostic survient souvent à un stade tardif, c’est parce que la dégradation de la fonction rénale est généralement « progressive et silencieuse». Comme l’explique le docteur Idrissa Talla, chargé du suivi de cette maladie au ministère de la Santé et de l’Action sociale, « l’insuffisance rénale chronique constitue un stade dans l’évolution de la maladie rénale. Son traitement est très cher et fait appel, au stade terminal, à la dialyse (hémodialyse, dialyse péritonéale) ou à la transplantation rénale». Les maladies du rein sont, entre autres, le diabète, les infections aussi bien du sang que celles dues à d’autres pathologies, et l’hypertension artérielle. En effet, considéré comme une maladie caractérisée par l’élimination excessive d’une substance dans les urines, le diabète met à rude contribution les reins jusqu’à leur agression et détérioration pour les rendre finalement inopérationnels. Quant à l’hypertension, notamment celle dite rénovasculaire, elle étouffe les reins par une diminution du débit sanguin artériel dans les reins. Ce qui fait travailler plus les reins avec, pour conséquence, un risque de « relâchement ». Les praticiens expliquent que des agressions de substances toxiques, notamment des médicaments pour douleur utilisés abusivement sans contrôle ni conseils de médecins, détériorent les reins. A cela, il faut ajouter des infections de bactéries, de virus, de champignons et de parasites dans le corps, qui profitent de l’affaiblissement du système immunitaire pour s’attaquer aux reins et même pour les détruire. Le chef du service de néphrologie de l’hôpital Aristide Le Dantec de Dakar est revenu principalement sur l’utilisation des médicaments traditionnels qui, selon lui, peut causer des désastres chez les insuffisants rénaux en accélérant considérablement l’évolution de la maladie. Les conséquences fâcheuses de ces pratiques font qu’aujourd’hui, les maladies du rein continuent de prendre des proportions inquiétantes dans notre pays. « On n’a pas encore des estimations de l’incidence de cette maladie sur le plan national, l’étude concerne seulement la région de Saint-Louis », a précisé le professeur Boucar Diouf, néphrologue réputé et chef du service de néphrologie àl’hôpital Aristide Le Dantec, qui révèle que 4,9% de la population de la région de Saint-Louis vivent avec une insuffisance rénale. « Une enquête menée récemment dans la région de Saint-Louis montre que 4,9% de sa population ont une altération de la fonction rénale », a-t-il dit. Selon le chargé du suivi de cette maladie au ministère de la Santé et de l’Action sociale, le docteur Idrissa Talla, entre 3.000 et 6.000 nouveaux cas de malades atteints d’insuffisance rénale sont signalés chaque année au Sénégal. Pour sa part, le professeur Abdou Niang, néphrologue à l’hôpital Aristide Le Dantec, affirme que sur la base des chiffres de Saint-Louis, « on peut estimer qu’au Sénégal 10% de la population ont des anomalies sur le rein. Et si rien n’est fait, ils seront atteints d’insuffisance rénale d’ici 15 à 20 ans et auront besoin de dialyse, même si la maladie prend 20 à 30 ans avant de se manifester. C’est pour cela qu’il faut multiplier les séances de dépistage et de prévention. Surtout que la maladie rénale peut durer une vingtaine d’années avant d’atteindre le stade d’insuffisance rénale. » Pis, le Pr. Abdou Niang révèle que 655.000 Sénégalais, soit 5 % de la population, ont une anomalie au niveau de leurs reins sans le savoir. Dans notre pays, sur les six (6) centres publics et trois (3) centres privés, seules 390 personnes sont dialysées, alors que la maladie touche un nombre beaucoup plus important de la population. Ce qui lui fait dire que «l’importance de la maladie semble aujourd’hui sous-estimée ». Or pour prévenir l’augmentation de la prévalence, le gouvernement, selon Dr Idrissa Talla, directeur des Maladies non transmissibles, débloque, chaque année, 3,5 milliards de FCFA pour l’achat des machines de dialyse et des produits de prise en charge. Dr Idrissa Talla, directeur de la lutte contre la maladie au ministère de la Santé, explique que le dépistage précoce de la maladie rénale chronique permet soit la guérison, soit le ralentissement de l’évolution vers l’insuffisance rénale chronique terminale. Les néphrologues Boucar Diouf et Abdou Niang plaident encore pour la mise en place de programmes efficaces de prévention. Selon le professeur Niang, le pourcentage des dialysés est faible au Sénégal. En effet, moins de 500 malades le subissent, alors que dans des pays comme la Tunisie on en compte 10.000 et au Maroc 14.000. Dès lors, le souhait de cet universitaire est que tous les malades accèdent à la dialyse et que l’on prévienne surtout l’évolution des anomalies vers cette méthode d'épuration du sang.
 
Le chef du service de néphrologie de l’hôpital Aristide Le Dantec, le Pr. Boucar Diouf, invite les Sénégalais à pratiquer au moins 30 minutes d’exercice physique par jour, surveiller leur tension artérielle et le diabète, manger sainement, lutter contre le surpoids et l’obésité, et également réduire la consommation du tabac et du sel, entre autres facteurs de risques. Pendant ce temps, le docteur Idrissa Talla parle de la volonté de l'Etat dedécentraliser le traitement des maladies rénales dans les régions. Ce qui va se traduire par ouvrir, en plus de ceux existants à Saint Louis, Tambacounda et Touba, d'autres centres de dialyse. Il a aussi annoncé l'inauguration du centre de dialyse de Kaolack "avant la fin du mois de mars", tout en indiquant que les travaux de celui de Ziguichor sont avancés. Mais la grande préoccupation des néphrologues semble être ailleurs. Du moins si on se fie aux explications du professeur Abdou Niang selon qui l’obstacle à la réalisation de la première transplantation rénale au Sénégal reste l’absence d’une législation.
 
Au Sénégal, « seuls 9 insuffisants rénaux ont été transplantés et ils ont subi l’opération à l’étranger. 4 sont évacués en Inde, 3 en France, 1 en Tunisie et 1 en Belgique. Aujourd’hui, ils sont bien suivis et se portent parfaitement bien ». Mais, aujourd’hui, pour faire cette greffe de rein, il faut de la collaboration sur le plan international. Or, une telle collaboration ne peut pas se faire dans un pays où il n’y a pas de législation. « C’est pour cette raison que nous demandons la promulgation de la loi sur la transplantation », a-t-il argumenté. Le néphrologue a, en outre, ajouté que « le Sénégal a une population essentiellement jeune : la moyenne d’âge est de 30 ans. Et si l’on continue de mettre nos malades en dialyse, cela peut aller jusqu’à 40 ans, c’est-à-dire toute leur vie. D’où l’intérêt de les transplanter pour qu’ils puissent avoir une vie normale », a-t-il plaidé. En plus d’aider à réduire le coût du traitement,donc la subvention versée par l’Etat, la transplantation permet aussi aux malades de retrouver une vie normale.
 
La journée mondiale du rein placée sous le thème « Rein et vieillissement » a été aussi une occasion pour les spécialistes d’appeler les populations au respect des neuf règles d’or pour protéger leurs reins. Il s’agit principalement de pratiquer de l’activité physique, de consommer beaucoup d’eau, d’éviter le sel, de ne pas fumer, d’éviter l’automédication, etc. Pour faire face à ces pathologies, le Sénégal, sous les instructions de l’Organisation mondiale de la santé (Oms), promet de promouvoir la lutte intégrée contre ces dites maladies chroniques. Il s’agit des cancers, du diabète, de l’hypertension artérielle et ses conséquences ainsi que des maladies respiratoires aiguës, de la drépanocytose et de l’hémophilie.
 
Maïmouna Faye
Article paru dans « Le Témoin » N° 1157 –Hebdomadaire Sénégalais (Mars 2014)


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