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AFRIQUE

Sénégal : Le baobab Mar Diouf scié par des bûcherons… alliés


Alwihda Info | Par PAPE NDIAYE - 6 Juillet 2014 modifié le 6 Juillet 2014 - 12:48

BARGNY : APRES PLUS DE 30 ANS DE BONS ET LOYAUX SERVICES À LA TETE DE LA MAIRIE


Depuis 1981,  quand le  président Abdou Diouf a été porté à la magistrature suprême, la ville de Bargny était, et jusqu’à ce dimanche 29 décembre 2014, gérée par une municipalité socialiste. Elle était donc l’une des très rares localités épargnées par des séismes de magnitude « électorale ». En effet, aussi bien pour les élections présidentielles que pour les  scrutins locaux, législatifs et sénatoriaux, elle a toujours voté socialiste. 

L’indéboulonnable maire Mar Diouf a toujours usé de ses plans antisismiques pour protéger Bargny contre tout raz-de-marée électoral avant de dérouter ses adversaires. Ce avec une manière dont il était le seul à connaître  le secret. Depuis 1990, surtout, le désormais ex-maire de Bargny n’alignait que victoire sur victoire, gagne sur gagne, et était resté invaincu sur ses terres. A chaque élection locale, Mar Diouf, l’infatigable porte-étendard du Parti Socialiste, se faisait réélire avec une majorité écrasante. Il était toujours plébiscité par ses administrés… Comme un « roi des arènes » que tous les poids lourds rêvent de terrasser afin de mettre fin à son invincibilité, le maire Mar Diouf  était dans le viseur de nombreux candidats désirant sonner l’alternance au sein de cette commune située à la sortie — ou à l’entrée — de Dakar, selon la direction que l’on prend. Toujours est-il que « Mar » était un véritable monstre politique aux yeux des opposants du coin, privés de l'écharpe de maire depuis les années Abdou Diouf, et qui piaffaient donc d'impatience de le remplacer. Durant les 12 années de règne du libéral Abdoulaye Wade, tout a été tenté pour le déboulonner. En vain car les populations de Bargny sont restées scotchées à leur maire. 
 
Hélas ! Il a fallu attendre ces élections locales de juin 2014 pour que l’ouragan qui a emporté la perruque de Mme Aminata Mimi Touré, l’icône de la coalition de Benno Book Yakaar (Bby) à Grand Yoff, arrache à Mar Diouf sa solide casquette de maire de Bargny. Après plus de 34 ans à la tête de cette ville maritime dont nous avons toujours dit qu’elle était la mieux gérée du Sénégal, Mar Diouf part avec le sentiment  du devoir accompli. Une mission à la fois longue et exaltante qu’il a menée à bien à la satisfaction de l’écrasante majorité de ses administrés…
 
Devenu le tout-premier maire de la commune autonome de Bargny, Mar Diouf  a pu doter cette  ancienne petite bourgade d’un nouveau statut lui offrant de réelles perspectives d’auto-développement. Durant tous ses mandats, Mar Diouf a toujours compris l’enjeu et l’importance de la tâche qui l’attendaient et s’est attelé à apporter des réponses concrètes aux demandes des populations de Bargny, lesquelles sont connues pour être de nature rebelles et exigeantes.  Conscient de l’importance de la mission qui l’attendait, le maire de la commune avait très vite compris que les seuls moyens de la commune ne pouvaient apporter solution aux nombreux problèmes auxquels elle était confrontée. Fort de ce constat, Mar Diouf a mis en œuvre son capital relationnel, son expérience politique et son expertise avérée en matière de coopération décentralisée pour lever des financements en faveur de sa commune. Ainsi, en une trentaine d’années, l’ancien président du conseil régional de Dakar a beaucoup  réalisé dans sa bonne ville de Bargny. Outre les 16 kilomètres de routes goudronnées,  il a aussi construit dans cette localité cinq postes de santé, des maternités, un centre commercial, une galerie, un stade municipal, un hôtel de ville, un centre commercial etc…  Sans compter plusieurs autres infrastructures de base et des milliers de logements sociaux et parcelles viabilisées afin que le slogan « une famille, un toit » devienne à Bargny « un habitant, un toit ». 
 
Mar sort par la grande porte cependant car  ces « locales 2014 » ne sauraient être assimilées à un mandat de trop pour lui. Au contraire, il voulait juste en faire un « mandat de finition » de ses innombrables chantiers. Il avait juré à ses conseillers qu’il allait prendre sa retraite municipale une fois terminés les projets et autres travaux en cours de finition. Hélas ! le rusé Mar Diouf ne savait pas qu’il commettait une grosse erreur politique en acceptant d’aller à ces élections sous la bannière de la coalition Benno Bok Yaakar  (Bby) synonyme d’une armée mexicaine où l’on retrouve des combattants frustrés, des « leaders » sans organisation tactique, des « alliés taupes » et des militants « soukhlous » qui allaient creuser sa tombe communale.  Pire, une armée « Bby » peu crédible aux yeux de l'ennemi. D’ailleurs,  le parti Apr du président Macky Sall qui aurait dû être un renfort de taille pour le Bby local avait, dès le départ, manifesté son désaccord contre l’investiture du maire sortant, Mar Diouf.  
 
Et pourtant, si on se réfère  aux résultats des dernières élections présidentielles et législatives, le Ps restait la première force politique de  la commune de Bargny. Il était suivi  du Pds, l’Apr ne pointant qu’à la troisième position. Il était donc logique que Mar Diouf soit tête de liste pour les dernières locales.  Faisant fi de cette logique des statistiques, certains apéristes de Bargny se sont rebellés contre la coalition Bby dirigée par Mar Diouf pour aller prêter main-forte à l’ennemi c’est-à-dire la coalition And Liggey Bargny (Alb).  Composée de 19 partis politiques, mouvements de jeunesse, associations féminines,  cellules de la société civile ainsi que de bataillons d’imposteurs et de mercenaires,   partis et mouvements de la société civile,  And Liggey Bargny (Alb), à l’image d’une horde de bucherons armés de « coupe-coupe », s’est attaquée au baobab Mar Diouf pour le déraciner.  Ce qu’il y a de plus regrettable, c’est la façon dont les faux alliés se sont acharnés sur le baobab « Bby » à coups de bâtons ou de pierres pour tenter de faire tomber les fruits d’une commune émergente dans les champs ennemis.  A défaut, ils l’ont complètement scié…
 
Seul contre tous, Mar Diouf ne pouvait pas vaincre cette fois-ci. Il a donc perdu mais les armes à la main. Résultat des courses électorales : Mamadou Takha Samb, tête de liste majoritaire And Liggey Bargny (Alb) a obtenu 6 473 voix. Il est  suivi de la coalition Bolloo And Defar Bargny avec 5.263 voix, Benno Bokk Yakaar (Bby) du maire sortant, Mar Diouf,  n’arrivant qu’en troisième position avec 3 092 suffrages. 
 
Ancien directeur de cabinet du président Senghor, premier questeur de l’Assemblée nationale, premier président du Conseil régional de Dakar, juge titulaire à la Haute cour de justice et député à l’Assemblée nationale, Mar Diouf, journaliste de formation et politicien de métier, quitte donc l’hôtel de ville de Bargny ! Une chose est sûre : son nom restera à jamais lié à l’histoire de cette commune à laquelle il a tout donné ! Une commune dont les populations lui ont également tout rendu jusqu’à ce funeste dernier dimanche du mois de juin 2014…  
 
PAPE NDIAYE
Article paru dans « Le Témoin » N° 1171 –Hebdomadaire Sénégalais (JUILLET 2014)


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