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AFRIQUE

Sénégal : Les dérapages médiatiques de D-Médias


- 14 Février 2014 modifié le 14 Février 2014 - 18:49

Les organes du groupe de presse D-Média, en particulier la télévision Sen-Tv et la radio Zik FM, n’ont pas manqué ces dernières années de bousculer la hiérarchie médiatique au point de truster les premières places. C’est donc dire qu’il y a un travail professionnel abattu pour en arriver à un résultat aussi envié. Mais voilà que le succès commence à griser certains « journalistes » et animateurs, lesquels passent à côté du travail pour lequel ils sont recrutés pour s’adonner à des pratiques peu orthodoxes qui jurent avec la profession.


Par Serigne Saliou Guèye

Résultat, aujourd’hui, la Sen-Tv est transformée en une tribune de louanges et d’encensement adressés au patron du groupe, Bougane Guèye Dany, au politicien Malick Gackou, au chanteur Wally Seck et aux charlatans fantoches Selbé Ndom et Idrissa Ndiaye. D’ailleurs, la mise en scène grotesque de ces derniers à la veille du combat Modou Lo contre Eumeu Sène a mis à nu les dérives, voire les carences professionnelles, du groupe D-Média notamment sa télévision. En effet, rien n’est plus grave et anti-professionnel que de donner le micro à des hurluberlus littéralement foutraques et leur permettre de distiller, sans prudence sans et respect des normes de diffusion, des mensonges sur un événement grandiose dont l’issue ne dépend point d’un être surnaturel, mystérieux avec des pouvoirs occultes mais de la vaillance, de la bravoure, de la percussion et de la technicité des deux lutteurs concernés. Du sérieux de leur préparation aussi. Ce combat qui a été finalement favorable à l’enfant des Parcelles assainies n’avait pas été correctement appréhendé par les menteurs fieffés que sont Selbé Ndom et Idrissa Ndiaye, lesquels avaient juré à quelques encablures de la confrontation qu’Eumeu serait le vainqueur blitzkrieg de son adversaire. Le mérite de Modou Lo, c’est d’avoir fait mentir ces deux vendeurs de chimères et aussi d’avoir surtout montré que D-Média souffre dans sa branche télévisuelle et radio d’un manque de professionnels. Quand Malick Thiandoum a réuni la veille du combat le gratin intellectuel de la lutte pour donner leurs avis différenciés sur le déroulement et l’issue du combat, tous les spectateurs avaient apprécié leur pronostic prudent même si on sentait en filigrane un léger penchant pour le lutteur de Pikine. Mais, finalement, ce beau et professionnel plateau a été complètement anéanti par les plages publicitaires accordées aux faux prophètes qui se nourrissent ignoblement de la naïveté des Sénégalais qui prennent pour parole d’évangile leurs prédictions mantiques. Le pronostic lucide des experts détonna avec la prédication mensongère de ces charlatans de la pire espèce.
 
Sen-Tv a fait preuve de dilettantisme et de désinvolture en voulant capter une forte audience par des mensonges crus distillés savamment par des champions de la mythomanie dont le seul souci est de se remplir toute honte bue les poches avec l’argent soutiré de pauvres Sénégalais. Lesquels pensent lire leur avenir à travers cauris jaunis et autres fétiches pestilentiels. Se prononcer aussi assurément sur une confrontation sans prendre aucune prudence, c’est risquer sa vie et manquer de respect à ce brave Modou Lo qui a démontré à tous les Sénégalais qu’il savait lutter, cogner et gagner sans verser dans la triche. Que serait-il arrivé à la Sen-Tv si le roc des Parcelles avait subi les foudres de Tay-Shinger ? Des supporters survoltés ne se seraient pas privés à juste raison de s’attaquer à la télé de Bougane Guèye Dany pour cause de démoralisation de leur lutteur préféré. En sus, les deux faux voyants de carrefour auraient payé chèrement et funestement leur impudence et leur imprudence.
 
Ce manque de professionnalisme est surtout mis en exergue par ces thuriféraires de Zik-Fm qui passent tout leur temps à louer les bienfaits de leur patron, Bougane. Parfois même, on se croit dans une cour royale où les valets pensent que leur vie et leur survie sont assujetties au déluge de dithyrambes qu’ils font pleuvoir sur leur mentor-bienfaiteur. La mission essentielle d’une radio, c’est d’informer. A cela peut se greffer le divertissement. Quel est l’intérêt de décliner sa fiche de paie à travers les ondes ? Sauf si on voulait indiquer aux concurrents qui voudraient vous débaucher le prix à payer, bien sûr ! Quel intérêt y a-t-il à louer sur les ondes les libéralités supposées de son propre patron? Que les journalistes, animateurs ou autres techniciens reçoivent plusieurs millions, cela ne regarde pas les auditeurs car cela est un secret professionnel qui ne doit pas être décliné à travers les ondes. Plutôt que de verser dans la flagornerie outrancière, Ahmet Aïdara et Mansour Diop (que j’estime bien) devaient plutôt faire preuve de plus de retenue et décence au micro en évoquant les questions d’argent. Ahmet Aïdara qui passe quotidiennement une émission à succès régressif fait lui-même du « teuss » avec ses dérapages discursifs. Que cherche Ahmet Aïdara en parlant du Président et de sa dame qui lui ont adressé leurs condoléances et de leur « doune diakhal » lors du décès de son père ? Pourtant, d’un point de vue de l’éthique religieuse, il n’y a aucune différence entre cet homme inconnu dépourvu de ressources qui lui présente ses condoléances sincères et le chef de l’Etat qui le fait.
 
L’éthique et la déontologie en souffrance à D-Média
 
Il n’est nullement ici question de remettre jalousement en cause les succès du groupe D-Média dirigé magistralement par Massamba Mbaye, un professionnel chevronné, sérieux et rompu à la tâche journalistique. Mais il serait bon de noter que ses collaborateurs versent dans des outrances anti-professionnelles qui n’ont rien à voir avec le métier de journaliste. Sauf s’ils font du griotisme, bien sûr… Connaissant le parcours du self made man Bougane, cela ne lui agréerait certainement pas d’entendre régulièrement certains de ses employés verser dans la courtisanerie ou de les voir courber l’échine pour rester dans ses bonnes grâces. Le culte de la personne et celui de la personnalité ne font pas les bons employés et le bon patron. La morale que ces collaborateurs devraient tirer de leur chef est d’essayer de tirer des leçons de son parcours tumultueux, lui qui a réussi en peu de temps à réaliser des choses extraordinaires avec des choses ordinaires. Avec moins que leur salaire mensuel qu’ils colportent sur la place publique, Bougane a su construire un empire. C’est en cela qu’ils devaient louer ses qualités et essayer de le dépasser un jour plutôt que de se lancer dans des éloges obséquieux dont la sincérité est sujette à caution.
 
Dj Boub’s, un modèle et une référence
 
Jamais on n’entendra les journalistes et animateurs bien payés de la 2 STV évoquer à l’antenne leurs salaires ni abreuver de panégyriques leur patron El Hadj Ndiaye. Jamais on n’entendra DJ Boub’s de la TFM parler d’argent à travers ses émissions alors qu’il est de notoriété publique qu’il gagne plus que n’importe quel journaliste et animateur du Sénégal.
 
Quand les commérages et médisances mesquins de Tanje Tandian ont été mis sur la place publique, un journaliste de Zik FM, jouant au bodyguard du maître de céans, s’est déchaîné à travers les ondes de sa radio pour déclarer urbi et orbi que qui touche à son patron le touche. Comble d’hypocrisie ! D’abord, c’est anti-professionnel et illégal de mettre publiquement à la radio le contenu d’échanges téléphoniques privés sans l’aval de leur auteur. En sus où est l’éthique et la déontologie dans le fait de mettre à nu les exactions d’un animateur qui travaille dans le même groupe que soi ? Pour la revue de presse, c’est encore pire. On verse dans l’ironie et les règlements de comptes contre des personnes avec qui on n’est pas en odeur de sainteté. Fabrice Nguéma qui mélange piteusement la langue de Molière avec celle de Kocc croit que faire la revue de presse, c’est verser dans la satire bête et méchante et nuire à des adversaires. Quel est l’objectif visé dans tout cela ? Informer ou faire rire les gens ? Finalement, il se crée une originalité factice avec ses clowneries rebutantes plutôt que de fidéliser un auditoire accroché à la pertinence et cohérence des faits saillants de l’actualité.
 
La liberté de la presse n’est pas synonyme de licence. La presse est un métier trop sérieux pour que les hommes et femmes qui exercent ce métier puissent se permettre impunément des dérapages itératifs. On ne doit pas l’utiliser pour porter au pinacle ses amis et descendre en flamme ses présupposés ennemis. Il y a de ces journalistes ou animateurs qui sont systématiquement épinglés par les rapports du CNRA mais qui refusent de changer de comportement. Au lieu de se remettre en cause et de faire leur introspection, les concernés se mettent en transes et ruent dans les brancards pour parler d’acharnement et de jalousie. C’est le mal qui a atteint certains journalistes — ou prétendus tels — et animateurs du groupe D-Médias. Lesquels se rendront compte trop tard qu’ils sont en train de faire sombrer le Groupe qui les emploie…
 
Serigne Saliou Guèye
ARTICLE PARU DANS « LE TEMOIN » N°1152 - HEBDOMADAIRE SENEGALAIS / FEVRIER 2014


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