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AFRIQUE

Sénégal : Quand l’arène est envahie par les chaines de télé, les voyantes et… la violence !


Alwihda Info | Par Fadel Lo - 23 Juillet 2013 modifié le 23 Juillet 2013 - 04:09

Dans la première partie de son bilan de la saison de lutte publié dans notre dernière édition, notre collaborateur Fadel Lô avait parlé des lutteurs qui ont assuré en 2012-2013, des valeurs montantes de l’arène, des lutteurs qui ont assuré et de ceux qui ont entamé leur descente inexorable aux enfers. Dans cette deuxième et dernière partie, il évoque la concurrence impitoyable que se livrent les chaînes de télévision entre elles, mais aussi la violence qui gangrène l’arène… sans compter les voyantes qui l’ont envahie !


Comme à l’accoutumée, la retransmission des grands combats de lutte continue de faire courir les différentes chaines de télévision de la place. Une situation qui n’est pas sans effets car chaque chaîne veut se tailler la part du lion et décrocher les plus grosses affiches, histoire d’attirer les grands annonceurs. Dans cette concurrence rude et sauvage entre télés, tous les coups sont permis. On se rappelle d’ailleurs, à ce propos, les querelles épiques entre la 2 Stv et la Tfm, d’une part, et entre la 2 Stv et la Rts, de l’autre à propos de la retransmission de grands combats de lutte. La percée de Sen Tv, une chaine nouvellement arrivée dans l’arène et qui bouleverse la hiérarchie, a eu pour effet d’aiguiser les appétits. Conséquence : les coups bas se multiplient. Cette chaine a d’ailleurs réussi à débaucher Malick Thiandoum de la RTS. Un départ qui avait fait grand bruit à l’époque.
 
A notre avis, il faudrait essayer de remédier à cette situation qui n’est pas pour rendre service à un sport populaire mais qui peine à se trouver une belle image. Mais sans doute est-ce là la rançon du succès. En effet, avec quatre vingt quatorze  journées disputées et près d’un milliard de francs distribués en cachets, la lutte continue de faire recette et les médias, surtout audiovisuels, ont très bien compris et intégré cette donne dont ils entendent tirer le plus grand profit. Pourvu que tout se fasse avec fair-play et dans le respect des règles de la concurrence !
 
II - La violence continue de gagner du terrain
 
S’il y a un phénomène qui inquiète les amateurs  de lutte, c’est bien celui de la violence. En effet, tous les férus de lutte ont constaté, pour le déplorer, les images choquantes diffusées à l’occasion des combats. L’irruption massive de fans clubs composés de supporters fanatisés au niveau de l’arène a fini par installer de mauvaises habitudes. Les camps rivaux s’affrontent régulièrement avec des armes blanches et au cours de ces bagarres il y a souvent des blessés graves. Les lutteurs non plus ne sont pas en reste car il leur arrive souvent de se battre comme des chiffonniers non seulement au niveau de l’arène  mais aussi même dans des hôtels de luxe à l’occasion de la signature de contrats. Il leur est même arrivé de se bagarrer dans la rue récemment ! Les signatures de combats sont devenues trop risquées avec des hordes de supporters et d’accompagnants qui sont prompts à semer la zizanie. Avec l’affaire qui oppose Modou Lô à Eumeu Sène suite à la bataille rangée qui a eu lieu à Diamalaye, le fief du pikinois, il urge assurément de trouver une solution à ce lancinant problème de la violence qui gangrène le milieu de la lutte. Si on ajoute à cela la blessure de Garga Mbossé, suite à un jet de projectile d’un supporter, le tableau est loin d’être reluisant et Boy Niang, l’ambassadeur de bonne volonté, a du pain sur la planche. Si on n’y prend garde, cette violence finira par nuire considérablement  à la lutte. Le danger est d’autant plus grand que des sponsors menacent de quitter l’arène tandis que de plus en plus d’amateurs hésitent à se rendre dans les stades où se tiennent les combats de lutte, par crainte pour leur sécurité.
 
III - La guerre des promoteurs se poursuit
 
Sur un autre plan, et comme pour les chaînes de télévision, cette année encore les  promoteurs leaders se sont livrés une guerre sans merci. Luc Nicolaï, qui était le plus grand organisateur de combats — de chocs devrions-nous dire — croupissant en prison, a cédé le terrain à son vieux rival Gaston Mbengue, qui s’était lui-même tourné vers… le football, tandis que le terrain était véritablement occupé par un nouveau venu nommé Aziz Ndiaye. En effet, l’enfant de Guédiawaye  a damé le pion à tous ses prédécesseurs. Il a réussi à organiser toutes les grandes affiches de l’année dont le très médiatisé choc entre Tapha Tine  et Balla Gaye 2. Ce tout en lançant de nombreux galas avec le soutien de l’opérateur de téléphonie Expresso. Une boulimie qui a eu le don d’irriter le promoteur lougatois Gaston Mbengue qui a été obligé de lui céder  le terrain et d’aller prendre la présidence du club de football de sa ville natale, le Ndiambour de Louga. Ce revers lui est resté au travers de la gorge et il annonce avec force son intention de revenir au-devant de la scène l’année prochaine. Un défi qui n’a pas laissé de marbre son jeune adversaire de la banlieue.
Par médias interposés, les deux promoteurs se sont livrés un vrai pugilat verbal qui n’augure rien de bon. Gaston, qui ne se fixe plus de limites financières, a en face de lui un coriace jeune homme qui est décidé à se battre et à conserver son titre de plus grand promoteur de l’arène.
 
La bataille a déjà commencé et Aziz Ndiaye a vite fait de ficeler l’affiche Zoss / Gouye Gui après que Gaston a fini de monter le choc Malick Niang /Ama Baldé.
 
Les jeunes promoteurs comme Prince,  Assane Ndiaye et Kandji sont aussi sur la bonne voie et ils se rapprochent des deux grands matchs makers de l’arène. Quant à Serigne Modou Niang, il poursuit sa politique de  décentralisation et de détection de jeunes talents en investissant la banlieue et l’intérieur du pays. Cependant, force est de convenir que, pour la saison qui s’est achevée, il n’a pas été très présent. La chute des libéraux est certainement passée par là. En effet, s’étant autoproclamé « promoteur de l’Alternance », la chute du régime libéral ne pouvait qu’impacter négativement sur ses affaires. Surtout que l’opérateur Expresso a choisi Aziz Ndiaye à son détriment.
 
IV - L’argent continue de couler à flots
 
La lutte continue de générer des centaines de millions de francs. Cette saison encore, les cachets ont continué à  flamber de manière vertigineuse. La barre des 100 millions a été franchie et Balla Gaye 2  s’est permis d’affirmer qu’il veut atteindre le cap des 200 millions. Le lutteur Zoss, qui ne fait pourtant pas partie des poids lourds, a refusé 45 millions pour affronter Ama Baldé. Aziz Ndiaye continue de claironner qu’un lutteur peut même gagner un demi-milliard.
Gaston, lui, ne se fixe plus de limites financières. Tout cela pour dire que l’argent va continuer encore d’occuper une place centrale dans le monde de  la lutte. Jusqu’à quand ?
 
V - L’arène nationale désormais perçue comme une Arlésienne
La lutte qui a considérablement gagné en popularité ne peut plus se contenter de squatter les stades de football. Il lui faut trouver un nouvel espace plus adapté à son essor.
C’est ainsi que toutes les composantes de la lutte n’ont de cesse de réclamer la construction d’une arène nationale digne de la place qu’occupe cette discipline dans la vie nationale. Une requête qui a du mal à être satisfaite. Depuis plus de deux décennies, les autorités font miroiter cette promesse sans jamais la réaliser.  L’année dernière, le Premier ministre et l’ancien ministre de la Jeunesse, Malick Gakou, avaient donné des assurances fermes quant au démarrage de la construction de l’arène nationale. Ils avaient affirmé avec force que le chef de l’Etat allait procéder très prochainement à la pose de la première pierre de cette arène qui ressemble à une Arlésienne. Depuis lors, les lutteurs, les promoteurs et les amateurs attendent…
 
VI - Les voyantes envahissent l’arène
Un nouveau phénomène a fait son irruption dans l’arène. Il s’agit des voyantes comme Selbé Ndom et Arame Seck. Ces deux diseuses de bonnes aventures  ont décidé d’investir le milieu de la lutte. Une intrusion   ponctuée d’une certaine réussite car il se trouve que les prédictions de ces deux voyantes se réalisent assez souvent.
 
C’est Sélbé Ndom qui a été la première à se signaler. Elle a eu à livrer ses pronostics  tout au début de la saison.
Il faut dire qu’elle n’a pas connu la même réussite que l’année dernière. Elle avait prédit la défaite de Jordan, et au finish cette prédiction s’est révélée fausse. Mais cela ne l’a pas découragée et elle a continué de plus belle ses activités de divination qui, il faut le dire, constituent son gagne-pain.  Une obstination payante puisque, par la suite, Selbé Ndom a vu ses prédictions suivantes se réaliser pour la plupart. Ce qui a fini par la consacrer comme la grande voyante de l’arène. Son annonce spectaculaire au cours du  choc entre Tapha Tine  et Balla Gaye 2  a fini par la consacrer comme une nouvelle « force » de l’arène. Elle a aussi vu juste en révélant que le choc Modou Lo Eumeu Sène ne se tiendrait pas cette année. Pourtant, ses agissements ne sont  pas du goût de tout le monde et suite à de nombreuses menaces de lutteurs mécontents, elle a fini par annoncer son intention de se retirer de l’arène mais… sans aucune conviction. Toujours est-il que Sélbé a su admirablement tirer profit de cette situation car elle est pratiquement devenue la voyante la  plus médiatisée du Sénégal. Arame Seck de Bargny marche sur ses traces. Cette dame aussi a eu à réaliser des prouesses en annonçant à l’avance les résultats de certains combats.  D’autres illustres inconnus ont tenté de s’engouffrer dans la brèche sans succès. Cependant, cette intrusion de voyantes n’est pas toujours bien  appréciée par certains amateurs et il faudrait essayer de trouver une solution à cette lancinante question.
 
VII - Le CNG continue sa mission et Bécaye reste leader
Le CNG (Comité national de Gestion) dirigé par Alioune Sarr continue sa mission entamée depuis dix huit ans. Ce provisoire qui dure n’enchante pas tous les acteurs. Par-ci et par-là des voix s’élèvent pour exiger le départ de la bande  à Alioune Sarr. L’année dernière, les promoteurs  avaient organisé une fronde qui a fait long feu puisque l’ancien ministre Faustin  Diatta avait prolongé de quatre ans le bail des touts puissants dirigeants de la lutte sénégalaise.
 
Au niveau des chroniqueurs télé, on a noté encore une fois que Bécaye Mbaye reste leader selon un sondage mais il est talonné de très près par des jeunes comme Malick  Thiandoum, Lamine Samba et… son propre fils Modou Mbaye, sans oublier le sémillant Ngagne Diagne de le TFM.
Pour finir,  nous invitons les uns et les autres à savoir raison garder et à… lutter contre les dérives. On a vu les imams s’insurger contre l’utilisation abusive du Coran dans l’arène et d’autres s’offusquer de la part trop belle accordée aux pratiques mystiques et à la violence. Il convient donc de tenir une vaste concertation pour palier à tous ces manquements.

                                                                        Fadel Lo
« Le Témoin » N° 1131 –Hebdomadaire Sénégalais ( JUILLET  2013)
 



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