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AFRIQUE

Sénégal : Quand un officier de renseignement casse les banques de renseignements


Alwihda Info | Par Pape NDIAYE - 29 Juillet 2014 modifié le 29 Juillet 2014 - 09:28


L’« affaire du vol Aéroflot ! » dans la rue…

Si nos souvenirs sont exacts, c’était courant 1998.  Aux alentours de 2 h du matin à l’aéroport de Dakar, un célèbre sénégalais d’origine libanaise en partance pour Beyrouth avait été arrêté dans la salle d’embarquement par les éléments du colonel Ousmane Maj Niang alors commandant de la Subdivision des douanes  de Dakar-Yoff.  L’homme détenait une importante somme d’argent estimée à plus de 600 millions fcfa en plusieurs coupures de devises (euros et dollars). Ainsi, le passager indélicat tomba sous les coups de délits de fuite de capitaux et autres devises non déclarées. A l’époque, « Le Témoin » avait  annoncé cette saisie à sa Une. Un scandale sans précédent qui non seulement avait éclaboussé toute la communauté libanaise vivant au Sénégal, mais encore l’administration des douanes puisqu’au compte et décompte final, il y avait eu un manquant de 100 millions fcfa hors scellés. Nous avions relaté les faits dans leurs moindres détails. Bien que nous savions que les fonds constituaient des cotisations de soutien destinées au Hezbollah libanais.  Seulement, « Le Témoin » n’a jamais eu à révéler que les bénéficiaires de 600 millions fcfa du fait que la plupart des libanais donateurs sont des Sénégalais à part entière. Et la plupart d’entre eux sont des grands commerçants et industriels qui participent au développent économique du pays.  Donc le fait d’avoir aidé et soutenu financièrement leurs compatriotes dans une lutte armée ou pacifique ne constitue pas un crime.  C’est exactement la même chose que ces nombreux « dahiras » sénégalais de la diaspora qui, à la vieille de chaque Magal ou Maoulaoud, font des contributions au profit de leurs marabouts. Sous cet angle, « Le Témoin » n’avait pas jugé nécessaire de livrer les donateurs sénégalo-libanais du Hezbollah aux services de renseignements américains, français et israéliens.  Qui étaient peut-être au courant, mais enfin, ce n’était pas à nous de les… renseigner. Et ce bien que nous ne soyons pas tenus par une quelconque obligation de réserve  contrairement aux soldats, sous-officiers et officiers de l’ Armée ou de la gendarmerie. 
Il a fallu plus que 20 ans pour que le colonel Abdoul Aziz Ndaw casse les banques de données de la gendarmerie et traine les caisses à secrets dans la rue.  Dans le lot des dossiers secrets qu’il semait à tout vent et éparpillait dans les quatre coins du monde, l’affaire du « Vol Aéroflot ». L’ancien officier de renseignement, le colonel Abdoul Aziz Ndaw survole Dakar qu’il qualifie de plaque tournante où s’approvisionne le Hezbollah. Morceaux choisis :     « Les missions de la DDSE étaient passionnantes, prenantes et très utiles pour donner des informations claires et fiables aux décideurs politiques. Le réseau des honorables correspondants qui travaillaient comme des agents des fois rétribués, mais souvent aidés sur de menus services, fonctionnait à merveille. La base s'élargissait en ciblant tous les secteurs. Le soutien de la DDSE facilitait le travail d'un député dans sa circonscription, un syndicaliste recevait le bon tuyau pour clouer le bec de ses ennemis ou concurrents, certains autres arrivaient à obtenir le rendez-vous politique recherché depuis des lustres. Une équipe, menée par le principal SIDIBE, permettait de conduire de grands dossiers à la satisfaction des autorités. La DDSE n'avait pas de grands moyens et pourtant, elle arrivait à des résultats dignes des grands services spéciaux » lit-on dans le chapitre 9 où il exhibe ses fiches de renseignements. Puis, il poursuit « Deux atouts justifiaient ces résultats, le patron dont la compétence spéciale est d'un grand apport, l'équipe des sous-officiers, officiers de recherche qui était excellente, sans oublier bien sûr, les moyens techniques issus de la coopération internationale. Pour réussir à l'extérieur de nos frontières, deux voies furent privilégiées. Il y eut d’une part les moyens techniques dirigés par le Commandant Mor SENE, Officier pilote de l'Armée de l'air. Il fera des merveilles dans l'utilisation des moyens techniques et eut des résultats plus que tangibles dans l'acquisition des informations indispensables à la politique militaire avec nos voisins. A ces moyens techniques, j'ai pris l'initiative d'ajouter des moyens humains en mettant en place un groupe de recherche à base de femmes. Le Service put financer un ensemble de femmes qui, sous prétexte de faire du commerce et avec le soutien bienveillant des Services douaniers, infiltrèrent certains pays et nous apportèrent les informations indispensables. Ces femmes voyageaient beaucoup vers les capitales frontalières et ont pu nouer, grâce à leur tact et beauté, des relations, sources d'information de valeur absolue. Beaucoup de ces femmes, qui méritent la reconnaissance de la nation, sont devenues de grandes commerçantes… Ces résultats ont souvent intéressé des grands pays qui n'hésitaient pas à nous solliciter pour prendre en charge certains aspects de leur recherche. 
Les Français avaient une confiance totale en la DDSE et partageaient grâce à leur Officier de liaison des échanges quasi permanents et dans tous les domaines. Ces échanges permettaient de vérifier les informations avec les différentes sources. Pour les Américains, les échanges étaient plus ciblés et portaient souvent sur de potentielles activités terroristes. On n’était pas encore au temps de Ben Laden et pourtant les Américains comme les Israéliens exerçaient une surveillance constante sur certaines personnes, notamment des Libano- Syriens qui s’adonnaient à quelques trafics qu'aujourd'hui, on qualifierait de blanchiment. Cette surveillance nous permit de découvrir la vraie première affaire de blanchiment sous nos cieux. Les Américains avaient fourni une information de valeur absolue qu'un ou des Libanais transportaient chaque samedi par le vol Aéroflot ou Swissair une mallette contenant une somme importante de devises et que la dite somme était destinée au financement des activités du Hezbollah libanais. Ils voulaient que la DDSE surveille l'activité au Sénégal et renseigne sur les personnes qui s'adonnaient au trafic sans entreprendre aucune action. Cette surveillance fut exercée pendant de très longs mois avec une efficacité totale. Cette surveillance permit de découvrir qu'effectivement les porteurs de valises partaient de Dakar, mais aussi que ces porteurs avaient des complicités très importantes dans l'aéroport et dans la plupart des services. D'après notre système de surveillance, une somme de cinquante millions de francs CFA était distribuée chaque samedi à des agents de l'Etat pour couvrir les opérations jusque dans l'avion. Une fiche d'information fut adressée aux Américains pour leur décrire dans toutes ces composantes, le modus operandi des personnes qui faisaient le trafic. La même fiche fut également envoyée aux Services présidentiels pour informer la plus haute autorité de la surveillance menée et des résultats obtenus. Il y était surtout de la corruption qui avait cours dans les différents Services de l'aéroport, et l'association de malfaiteurs qui permettait de coordonner cette prévarication. Il fut cependant recommandé de ne prendre aucune initiative ou action afin de permettre la conclusion de cette opération spéciale avec le démantèlement international du réseau. Le renseignement manipulé par des mains inexpertes mit la puce à l'oreille des experts de la corruption ou, encore plus grave, du protecteur de ces corrompus. 
 
L'Officier adjoint de la Compagnie de Gendarmerie de l'Air fut manipulé et reçut d'un honorable correspondant l'information comme quoi, un Libanais essayait de sortir d'importantes sommes d’argent en devises étrangères. Il interpella lui-même le Libanais et le trouva effectivement porteur d'une mallette contenant en devises neuf cent soixante millions de Francs CFA. Une opération spéciale de plus d'un an, menée avec la confiance des services américains venait d’échouer » a révélé dans les moindres détails le colonel Ndaw. 
 
Sans doute que cette opération de rapatriement de fonds de trop (600 millions fcfa) que la douane sénégalaise avait démantelée sous les yeux du « Témoin ». Mais est-ce toute « fiche » de renseignements était bonne à être divulguée ? 
 
Pape NDIAYE
Article paru dans « Le Témoin N° 1174 » –Hebdomadaire Sénégalais ( Juillet 2014)


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