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AFRIQUE

Sénégal : Réparation de la conduite d’eau de Keur Massar, gloire à l’expertise nationale !


Alwihda Info | Par Mamadou Oumar NDIAYE - 5 Octobre 2013 modifié le 5 Octobre 2013 - 10:56


Sénégal : Réparation de la conduite d’eau de Keur Massar, gloire à l’expertise nationale !
La panne de la conduite de Keur Massar qui a privé d’eau les habitants de beaucoup de quartiers de la capitale a montré l’importance du savoir et de l’expertise dans la marche du monde moderne. En effet, bien que toutes les compétences nationales se soient mobilisées deux semaines durant, la panne n’a été réparée que dimanche dernier dans la soirée. Soit deux semaines après sa survenue ! Et pour cause, le joint de la conduite qui devait être remplacé était une pièce unique pour laquelle le fabricant n’avait prévu aucune pièce de rechange, aucun stock. Les ersatz de pièces fabriquées localement n’ont pas fait l’affaire et ont vite fait de céder sous la terrible pression de l’eau. Il s’en est fallu de peu, d’ailleurs, pour qu’en plus de l’assèchement des gorges des populations, une tragédie ne se produise lorsque le tuyau a explosé à la suite de la pose d’une énième pièce. Finalement, pourtant, à force de ténacité, d’expertise, de travail acharné et de calculs savants, une pièce pouvant remplacer temporairement le joint défectueux a été fabriquée… au Sénégal même et par des ingénieurs et des techniciens sénégalais. Provisoirement, donc, la capitale est sauvée de la pénurie d’eau. Et ce en attendant qu’une solution définitive soit trouvée avec la fabrication d’une seconde pièce originale par la société française Degrémont qui a réalisé l’ouvrage de toutes les controverses, à savoir l’usine de traitement d’eau de Keur Momar Sarr. Le président de la République vient d’annoncer que cette nouvelle pièce sera à Dakar dans 12 jours…

On se doit donc de saluer l’expertise nationale qui a permis cet heureux aboutissement même si, encore une fois, le dépannage n’est que provisoire. Mais ne faisons pas la fine bouche et saluons, chapeau bas, ces performances de nos ingénieurs et techniciens qu’ils travaillent à la SDE, à la SONES, à la SOCOCIM ou à DAKARNAVE puisqu’ils ont combiné leurs expertises pour trouver une solution à ce lancinant problème. Un problème qui aurait pu provoquer de graves troubles à l’ordre public si les populations dakaroises, dans leur immense majorité, n’avaient pas fait preuve d’une patience qui mérite d’être saluée. En effet, cette crise que le Sénégal a vécue, l’une des plus graves de son histoire, aurait pu avoir des conséquences dramatiques, si les dégâts n’avaient pas été atténués par le professionnalisme dont ont fait montre les responsables de la SDE. En effet, même si beaucoup de quartiers ont été privés d’eau, dans d’autres le service a fonctionné à peu près sans interruption. Et ce alors que la pression à laquelle étaient soumis responsables et ouvriers de la SDE était telle qu’ils auraient pu disjoncter et multiplier les gaffes avec le risque, qui sait ?, de perturber davantage l’approvisionnement en eau. Grâce à Dieu, aux réactions salutaires des autorités, à la patience des populations, les dégâts ont pu être circonscrits. Et ce même si, encore une fois, les populations ont souffert terriblement de cette pénurie.

Mais enfin, si la crise a pu être résolue, c’est grâce, répétons-le, aux connaissances et au savoir-faire de nos ingénieurs et techniciens. Ni les imprécations de nos opposants, ni l’activisme de nos politiciens, encore moins les « nianes » (prières) de nos marabouts n’ont pu la résoudre. Des marabouts qui en étaient réduits comme les talibés à espérer que les techniciens puissent bien trouver une solution à la panne. C’est que c’est le savoir, scientifique surtout, qui gouverne le monde dans lequel nous vivons ! Et ce savoir, il faut étudier pour l’acquérir.

Fort heureusement, durant les trois premières décennies de notre indépendance surtout, les autorités avaient mis l’accent sur l’éducation et déployé de grands moyens pour former les jeunes Sénégalais. Ce non seulement dans notre pays mais aussi dans les plus grandes universités et écoles d’ingénieurs, mais aussi d’officiers, du monde. Visionnaire, le premier président du Sénégal, Léopold Sédar Senghor, lui-même agrégé de grammaire, savait que la plus grande richesse d’un pays, ce sont ses ressources humaines. Et sous son magistère, notre pays a formé des cadres de qualité dans à peu près tous les domaines. Cet effort s’est poursuivi sous le règne de son successeur, Abdou Diouf, même s’il a dû être relâché du fait des politiques d’ajustement structurel imposées par les institutions de Bretton-Woods. C’est par la suite que le Sénégal a connu les classes à double voire triple flux, les classes multigrades, l’Ecole dite nouvelle etc. Et, surtout, les volontaires de l’Education et de la formation, c’est-à-dire des enseignants sans formation ni motivation payés au lance-pierres et qui s’étaient retrouvés dans les classes faute de mieux.

Toujours est-il que 20 ans après l’application de ces politiques, notre système éducatif est dans un piètre état et les ressources humaines qu’il produit pas très loin du crétinisme voire de l’idiotie intégrale ! L’Ecole n’étant plus l’ascenseur social privilégié, les parents préfèrent donc pousser les enfants vers les « Lamb », c’est-à-dire les combats de lutte dans des arènes où s’affrontent des mastodontes aux QI (quotients intellectuels) proches de zéro ! Mais voilà, ce sont ces montagnes de muscles qui sont érigés en modèles pour une jeunesse en manque de repères par des télévisions elles-mêmes animées par des chroniqueurs à l’indigence intellectuelle affligeante ! Lesquels, s’ils ne font pas la promotion de ces lutteurs analphabètes, portent aux nues des chanteurs à la noix ou des danseurs de Mbalakh ! Et font chanter et danser des enfants dès le berceau avec des émissions comme « Sen Petit Gallé »… Si bien que, comme l’ont écrit des confrères inspirés, les seules filières « universitaires » qui marchent actuellement dans notre pays, c’est le système LMD (pour Lutte, Mbalakh et Danses). Pendant que les peuples du monde entier, surtout ceux des pays du Tiers monde qui ont atteint l’émergence, ont investi des ressources extraordinaires dans le domaine de l’Education, seul à même de leur permettre de rattraper leur retard par rapport aux pays développés d’Europe et d’Amérique du Nord, le Sénégal, lui, a choisi volontairement de tuer son Ecole pour promouvoir des arènes (une arène nationale va même être construite sur un lieu qui devait abriter un technopole censé accueillir des entreprises innovantes technologiquement !) et des pistes de danse. Dans ces conditions, qu’on ne s’étonne pas, d’ici quelques années, à ne même plus trouver des ingénieurs pour concevoir, usiner et monter ne serait-ce que le joint d’une conduite d’eau ! Mais bon à ce moment-là, on pourra toujours compter sur les muscles de nos « mbeurs » ainsi que sur les « nianes » de nos marabouts — les « pakargnys » de nos danseurs aussi — pour nous tirer d’affaire !

Mamadou Oumar NDIAYE
« Le Témoin » N° 1139 –Hebdomadaire Sénégalais ( OCTOBRE 2013)


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