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AFRIQUE

Sénégal : Un gouvernement décapité !


Alwihda Info | Par Mamadou Oumar NDIAYE - 6 Septembre 2013 modifié le 6 Septembre 2013 - 10:00


Crédit photo : Sources
Crédit photo : Sources
Sous le président Abdoulaye Wade, les gouvernements ressemblaient à l’armée mexicaine en ce sens qu’il y avait souvent plus de généraux que de troupes, plus de ministres d’Etat que de ministres simples. Sous son successeur Macky Sall, hormis la parenthèse Abdoul Mbaye, on est en passe d’avoir affaire à des gouvernements sans tête ! En effet, autant l’équipe ministérielle formée lundi dernier ressemble à une « dream team », autant, hélas, son point faible est justement constitué par sa tête, le Premier ministre en l’occurrence. Avec des éléments de valeur comme l’ingénieur agronome Abdoulaye Seck, les forts en thème Amadou Bâ et Makhtar Cissé, la polytechnicienne Maïmouna Ndoye Seck, le brillant avocat Me Oumar Youm, mais aussi le ténor du barreau Me Sidiki Kaba, sans compter quelques-uns de leurs collègues qui les ont précédés au gouvernement, c’est une équipe de rêve. Et un Premier ministre comme M. Abdoul Mbaye aurait fait des miracles avec. Il n’est pas sûr, en revanche, que Mme Aminata Touré qui lui a succédé au 9ème étage du Building administratif réussisse à manager une si brillante équipe. Oh certes, la dame a fait de bonnes études universitaires et a même travaillé dans la fonction publique internationale, oh certes, elle a même pris part à la rédaction du programme du « Yoonu yokkuté » et piloté la campagne du candidat Macky Sall. Plus exactement, elle faisait partie de ceux qui l’ont pilotée. Mais le problème n’est pas là puisqu’il est en ce que cette dame, parce que justement elle est passée dans certains organismes et travaillé pour certaines
ONG, donne l’impression de dérouler leur agenda en tant que ministre. Toutes ces histoires de droits de l’homme dont on nous tympanise, de lutte contre l’impunité, de traque des biens mal acquis, de CPI et autres pièges pour Nègres procèdent, tout le monde le sait, d’un agenda occidental dont nos pays n’ont souvent que faire. Or, Mme Aminata Touré s’en est fait le chantre. En 18 mois, le climat politique — et celui des affaires ! — s’est trouvé grandement vicié du fait de cette histoire de traque de biens mal acquis qui n’est apparue à l’exercice que comme une chasse aux sorcières contre les dignitaires de l’ancien régime. Du moins ceux parmi eux qui n’ont pas accepté de transhumer à l’APR. Une traque bien sélective et ciblée qui ne touche curieusement que les vaincus du 25 mars 2012 et a tout l’air d’une justice des vainqueurs. Une traque qui plombe les affaires, fait fuir les investisseurs — même si le gouvernement prétend le contraire —, fait prospérer le commerce des coffres forts et réapparaître le système des bons vieux bas de laine au lieu de favoriser l’injection de l’argent dans les circuits productifs.

Comme des Cosaques, lorsqu’ils ont accédé au pouvoir le couteau entre les dents, les tenants du « yoonu yokkuté » ont voulu faire rendre gorge à leurs prédécesseurs présentés comme des détourneurs à grande échelle, des ripoux, des spoliateurs. Il fallait donc lancer une opération dite de traque des biens mal acquis destinée justement à récupérer ces biens pris au peuple. L’ennui c’est que, 18 mois durant, cette traque seule a tenu lieu de politique ! On nous affait annoncé des chiffres effroyables, invraisemblables. Des ministres du nouveau pouvoir avaient parlé de plus de 1000 milliards de francs planqués dans les paradis fiscaux et on nous avait promis de rapatrier tout cet argent. A l’arrivée, cette politique menée sous la houlette de Mme Aminata Touré, sorte de Chevalier Bayard sans peur et sans reproche au féminin, a accouché d’une souris. Malgré les tribunaux d’exception genre CREI, malgré la mobilisation des juridictions ordinaires, jusqu’à présent, même pas 50 milliards de francs cfa n’ont pas été récupérés. Et encore, la plus grosse partie de cette somme, les 25 milliards de francs payés par Dubaï Port World, procède d’une négociation avec ce groupe dubaïote qui a accepté de régler son ticket d’entrée. Pour le reste, l’homme d’affaires libanais Abbas Jabber a rallongé cinq milliards sur la privatisation de la Sonacos, l’homme d’affaires Moustapha Yacine Guèye a cautionné pour 1,8 milliards de francs plus quelques autres miettes. Sur l’autre plateau de la balance, les dégâts causés par cette traque des biens mal acquis sur l’économie nationale, eux, se montent sans doute à des dizaines de milliards puisque tous les investisseurs potentiels se sont abstenus. Surtout, cette traque s’est terminée — du moins son volet sous Mme Aminata Touré — dans une pantalonnade avec cette affaire Tahibou Ndiaye où on a vu un brave fonctionnaire qui a détourné au moins huit milliards de francs mais que le gouvernement a eu peur d’emprisonner. Pour qu’il ne fasse pas sauter la République, on lui a proposé de restituer des biens immobiliers pour une valeur de 3,7 milliards et on n’en parle plus ! Grotesque. Et encore, le brave Tahibou n’a fait que consigner puisque nous sommes à peu près sûrs que lorsque la clameur se sera tue, on lui restituera bien gentiment et en douce tous ses biens. De qui se moque-t-on ? Des voleurs peuvent-ils emprisonner des voleurs ? Car là est toute la question !

Dès le départ, nous avons refusé de hurler avec les loups et d’applaudir les prestations de Mme Aminata Touré présentée comme une Vestale traquant les voleurs et promouvant la vertu. Une Vestale vêtue de probité candide et de lin blanc. N’étant pas manichéens, nous savons qu’il n’y a pas des voleurs d’un côté, des gens intègres de l’autre. Des salauds d’un côté, des bons de l’autre. Des anges à droite, des démons à gauche. Que ce n’est pas blanc du côté de l’APR et noir de celui du PDS. Et que, au fond, comme le disait un célèbre homme politique français, la vérité se trouve probablement dans le gris. Autrement dit, les voleurs, on les trouve aussi bien dans les rangs du pouvoir actuel que dans le camp Wade. Mme Aminata Touré ne pouvait pas prétendre traquer des voleurs dans un seul sens. A l’arrivée, elle a lamentablement échoué… mais a été promue Premier ministre ! Comme nous parlions d’agenda occidental, elle a jeté en prison le grand héros africain qu’est l’ancien président tchadien Hissène Habré. Pis, le Sénégal est allé prendre l’argent du dictateur Idriss Déby Itno pour organiser le procès Habré.
Et voilà que, pour remplacer Mme Touré à la Justice, on fait appel à un avocat qui, 10 ans durant, a défendu les prétendues victimes de Habré et n’a eu de cesse de réclamer son arrestation ! Autant de choses qui font que, franchement, nous considérons la nomination de Mme Aminata Touré à la primature comme une erreur de casting.

Pour le reste, l’accession du duo Makhtar Cissé et Amadou Bâ au Budget et à l’Economie est une bonne chose, tout comme il convient de se féliciter de la nomination d’un ingénieur agronome à la tête du ministère de l’Agriculture. Depuis un an, dès qu’il a fait son entrée au gouvernement, nous disons qu’Abdoulaye Baldé Bibi n’était pas l’homme de la situation et que c’était une erreur de nommer quelqu’un qui faisait son apprentissage gouvernemental à la tête d’un département aussi stratégique car impactant la vie de 70 % de la population. La mission de sauvetage de l’industrie nationale confiée au ministre Aly Ngouille Ndiaye est aussi une bonne chose. Mais, encore une fois, malgré l’entrée de ministre balèzes au sein du nouveau gouvernement, il ne convient pas de s’attendre à des miracles, l’accélération de la mise en œuvre du programme présidentiel ayant toutes les chances de se traduire par un ralentissement, voire une marche arrière, faute de pilote pour l’avion gouvernemental. Le poisson pourrit toujours par la tête ! Et la tête de ce gouvernement, c’est Mme Aminata Touré, malheureusement…

Mamadou Oumar NDIAYE
« Le Témoin » N° 1136 –Hebdomadaire Sénégalais (Septembre 2013)


Post scriptum : L’image était très parlante. A côté de Mme Amina Touré « Mimi », croisée de la traque aux biens mal acquis, se tenait Abdoul Aziz Tall, le nouveau directeur cabinet du président de la République, et… ancienne victime de cette même traque du temps des libéraux ! Eh oui, au lendemain de l’arrivée des libéraux du PDS au pouvoir, ils avaient entrepris eux aussi une chasse aux sorcières. Pour cela, et pour prétendre lutter contre l’enrichissement illicite, ils avaient jeté en prison beaucoup de directeurs d’entreprises nommés par le régime du président Abdou Diouf. Parmi ceux-là, précisément, Abdoul Aziz Tall accusé d’avoir détourné des fonds à la LONASE dont il était le directeur général. A l’époque, Le Témoin avait dès le départ pris la défense de tous ces DG injustement emprisonnés d’après nous. Les faits nous avaient donné raison puisque la plupart d’entre eux avaient été blanchis par la justice. Aziz Tall, après avoir passé plus d’un an en prison, avait été relaxé purement et simplement. Son procès avait donné lieu à un coup d’éclat de la part d’un brillant substitut du procureur nommé Ibrahima Bakhoum. Ayant reçu des instructions pour requérir la condamnation d’Abdoul Aziz Tall, il s’était rebellé et avait demandé sa relaxe pure et simple ! Pour cela, il avait été sanctionné…

Alors, quand « Mimi » parle de traque des biens mal acquis, il devrait plutôt demander à l’actuel directeur de cabinet du président de la République ce qu’il pense de cette forme de justice des vainqueurs !


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