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AFRIQUE

Sénégal, au pays des rendez-vous manqués…


- 17 Mars 2014 modifié le 17 Mars 2014 - 07:33

Après le Groupe consultatif, la politique relègue l’économie à l’arrière-plan.


Le moins que l’on puisse dire, c’est que le président de la République, M. Macky Sall, est desservi par le calendrier… électoral. Car, autrement, dans tout autre pays où les choses marcheraient sur la tête, après les succès du Groupe consultatif de Paris et de sa visite en République populaire de Chine, où il a enregistré 3700 milliards de promesses de financements dont les 1.000 sous forme de dons rien que dans la capitale française, dans tout pays normal, donc, le président de la République aurait embrayé sur l’économie. Dès son retour au pays, il aurait dû mettre en place des structures ad hoc et nommé des hommes et femmes chevronnés à la tête et dans ces structures, pour travailler d’ores et déjà à créer les conditions d’accélération des conditions de décaissement des fonds promis. Autrement dit, améliorer encore plus l’environnement des affaires, lever les goulots d’étranglement, supprimer les entraves bureaucratiques, donner un coup de fouet à la productivité, remettre les Sénégalais au travail. Au lieu de quoi le pouvoir en place bande les muscles, mobilise toutes ses énergies et se lance tête baissée dans… la préparation des élections locales de juin prochain ! L’économie aurait dû être au centre du débat national au lendemain des assises de Paris et des escapades présidentielles triomphales de Chine et du Qatar, hélas, voilà qu’il se trouve pollué par la politique, encore la politique, toujours la politique politicienne. En réalité, d’ailleurs, nos compatriotes, dirigeants en tête, ne savent faire que cela. Le Sénégal est en campagne électorale permanente, la palabre est omniprésente, le ministère de la parole règne. A peine le Groupe consultatif de Paris dont nous avions prédit, côté décor, qu’il serait un gigantesque Grand bal de Bercy version économie, terminé que les vieux démons de la politique reprennent leurs droits. A lire les journaux, à consulter les sites Internet, à regarder les télévisions ou à écouter les radios, on a l’impression que l’apocalypse menace et que demain c’est la fin du monde. Les prédictions les plus apocalyptiques sont de mise et l’on prépare déjà la mère des batailles partout comme si le Sénégal devait s’arrêter de marcher en juin prochain. Juin, vous l’aurez compris, c’est la date des élections locales. Pourtant, partout ailleurs dans le monde, et même au Sénégal, il s’agit en réalité d’élections qui mobilisent peu de monde en général et qui n’intéressent guère les citoyens. Lesquels ont d’autres chats à fouetter que d’aller faire la queue un dimanche pour glisser leur bulletin dans l’urne pour de futurs maires, présidents de conseils départementaux (puisque les Régions vont être supprimées dans le cadre de l’Acte 3 de la Décentralisation) ou conseillers municipaux. Car, franchement, à part vendre des terrains et se partager les assiettes foncières de leurs collectivités, les Sénégalais ne voient pas trop à quoi servent ces conseillers locaux. Sauf à caser aussi des politiciens chômeurs qui ont donc besoin de ces exécutifs locaux pour trouver du travail, on ne voit pas l’utilité de ce scrutin. Les fonctions de maire, de président de conseil régional — remplacées à partir de juin par les présidents de conseils départementaux — étant rémunérées, avec même possibilité d’affectation de véhicules, les batailles ne sont donc que plus âpres entre politiciens pour se faire élire. Et tant pis si les citoyens, eux, ne trouvent guère leur compte dans ces combats de gladiateurs. Mais bon, il faut bien que le président de la République puisse caser les innombrables responsables, surtout de niveau intermédiaire, de son parti, l’Alliance des pour la République (APR) qui n’ont pas encore reçu leur part du gâteau c’est-à-dire qui n’ont pu être ni ministres, ni députés, ni conseillers de la République pour les affaires économiques et sociales, ni présidents de conseils d’administration, ni directeurs généraux de sociétés, ni ambassadeurs. Tous ces braves seront donc, à défaut d’être nommés sénateurs, une institution dont la résurrection risque d’être désapprouvée par l’opinion, recyclés dans les collectivités locales. Les conseils régionaux ne pouvaient en absorber que 14 ? Trop peu, on créée donc les départements qui, eux, seront au nombre de 42 ! Autrement dit, ces dernières collectivités offrent la possibilité de caser trois fois plus de politiciens. Et encore ne s’agit-il là que des futurs présidents puisque chaque département sera dirigé par un Conseil où siègeront en moyenne une vingtaine de chômeurs avec le titre de conseillers. Lesquels recevront diverses indemnités. Quant aux maires des communes, ils seront 555. Autant de bienheureux, donc, qui seront rémunérés aux frais de la République car ces collectivités locales ne levant pas d’impôts, c’est l’Etat qui, par le biais de subventions ou autres fonds de dotation, alimentera l’essentiel de leurs budgets. Le must, ce seront bien sûr les Villes dont les maires auront à peu près le traitement de ministres. Et la République est bonne fille !
 
Ce sont donc tous ces avantages financiers et matériels escomptés qui expliquent les bagarres au couteau — et au pistolet ! — qui éclatent actuellement dans presque toutes les collectivités locales du Sénégal. Pour le parti au pouvoir, l’APR, il faut tout faire pour remporter ces élections même si, là encore, la tendance mondiale est à la perte des élections intermédiaires par tous les pouvoirs en place. Une déroute de l’APR ne devrait donc pas constituer une surprise même si, dans ce cas de figure, il faudra se garder d’un déduire que le président de la République a été désavoué par les électeurs. Encore une fois, il s’agit d’élections locales qui ne sauraient avoir aucune portée, aucun enjeu national même si le Président, lui, au vu des résultats sortis des urnes, pourra mesurer le degré de popularité de ses troupes auprès des Sénégalais et en tirer les conclusions qui s’imposent. D’aucuns diront que la défaite de la coalition Cap 21, qui constituait la majorité alors au pouvoir, a marqué le début de la fin du pouvoir du président Abdoulaye Wade. Cette analyse pèche en ce que le Pds et ses alliés n’avaient pas en réalité perdu les élections locales de 2009 sur le plan national même si l’effet grossissant des pertes des grandes villes comme Dakar, Pikine, Thiès, Guédiawaye, Kaolack etc. avait poussé bien des chroniqueurs et l’opposition d’alors à conclure très hâtivement que la Cap 21 avait été défaite. Toujours est-il que, même si, comme c’est fort probable — sauf miracle bien sûr — l’APR et Benno Bokk Yaakar perdent les élections de juin prochain, il ne faudrait pas en conclure pour autant que les Sénégalais ont désavoué le président de la République dont le mandat ne sera quand même pas en jeu ! D’où, d’ailleurs, la nécessité pour ce dernier — mais aussi sa douce moitié ! — de ne pas trop s’engager dans la campagne pour les échéances électorales à venir.
 
En résumé, les Sénégalais n’ont décidément pas de chance et ont le génie des rendez-vous manqués. Alors qu’on s’attendait en effet à ce que la machine économique reparte très vite après le Groupe consultatif de Paris et la visite du président de la République en Chine, voilà que la politique s’invite par effraction dans le débat ! On attendait une relance de l’économie ? C’est la politique qui repart de plus belle… D’ici juin, elle tiendra le haut du pavé. Après, ce sera le Ramadan, mois de paresse par excellence des Musulmans, en général, et des Sénégalais en particulier. Puis l’hivernage et les grandes vacances. Au plus tôt, donc, on ne pourra espérer travailler réellement qu’en octobre. Et encore… Bref, le Sénégal est le pays des rendez-vous ratés, décidément…
 
Mamadou Oumar NDIAYE
ARTICLE PARU DANS « LE TEMOIN » N°1157 - HEBDOMADAIRE SENEGALAIS / MARS 2014
 
NDLR :
 
Au moment où il mobilisait des milliers de militants au stade Iba Mar Diop de Dakar pour démontrer sa popularité, et où une télévision privée dont il avait loué les services retransmettait en direct les images de ce méga-meeting, un Boeing chargé de touristes manquait de sortir de piste lors de son atterrissage sur la piste de l’aéroport du Cap Skirring en Casamance. La cause de cet atterrissage forcé et de ce drame évité de justesse ? Une vache qui se promenait sur la piste ! La bête avait pu pénétrer dans l’aéroport parce que le mur d’enceinte contient de gros trous. Précision : l’homme politique qui montrait sa capacité de mobilisation politique à Dakar est le directeur général de l’Agence des Aéroports du Sénégal (ADS), c’est-à-dire la société même chargée de sécuriser tous nos aéroports, et en particulier celui du Cap Skirring ou un crash a failli avoir lieu. Cherchez l’erreur !


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