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POINT DE VUE

Somalia ha nolato : Et si la victoire de M. Mohamed Abdullahi Farmaajo à l’élection présidentielle était le prélude de la renaissance de la Somalie ?


Alwihda Info | Par Mouvement patriotique "IOG doit partir" - 12 Février 2017 modifié le 12 Février 2017 - 10:11


Somalia ha nolato : Et si la victoire de M. Mohamed Abdullahi Farmaajo à l’élection présidentielle était le prélude de la renaissance de la Somalie ?
Il peut paraître saugrenu d'évoquer la perspective de la renaissance de la Somalie alors que le pays est toujours en proie à une insécurité chronique, qu'il est constamment la cible des terroristes "Shebabs". Sauf que depuis mercredi dernier, il y a une nouvelle donne: la victoire de M. Mohamed Abdullahi Farmaajo à l'élection présidentielle somalienne. Et depuis cet événement historique, tout devient possible.

Mercredi 8 février 2017, la Somalie était en effet sous les feux des projecteurs de l'actualité, non pas suite à un énième attentat commis par les fous du mouvement terroriste Al-shabbab mais à cause d'un heureux événement historique. Mercredi 8 février 2017 était un jour spécial, une journée à marquer d'une pierre blanche. Ce jour-là, la capitale Mogadiscio abritait une élection présidentielle pas comme les autres et qui restera sans doute graver dans le marbre. Une élection qui a suscité un énorme espoir. Les Somaliens se sont passionnés pour cette consultation électorale qui a vu la victoire de M. Mohamed Abdullahi Mohamed plus connu sous le sobriquet affectueux de « Farmaajo ». Ce dernier a remporté haut la main cette élection au terme du deuxième tour, un vote qui a duré plus de six heures. M. Mohamed Farmaajo a obtenu plus de la moitié des votes des 329 parlementaires. Vous l'aurez compris, le président Farmaajo est élu au suffrage indirect par les parlementaires somaliens. Lesquels parlementaires ont été élus auparavant, d'octobre à décembre 2016, par 14.000 électeurs délégués (une sorte de grands électeurs).

Les somaliens de l'intérieur comme ceux de la diaspora ont tous salué la victoire de Mohamed Farmaajo. Une victoire synonyme d'espoir pour les quelques dix millions de somaliens. Après l'annonce du triomphe de Farmaajo, une immense clameur s'est élevée dans les différents quartiers de la capitale mais aussi dans toutes les villes du pays. Des dizaines de milliers de personnes sont sorties spontanément dans les rues et ont laissé éclater leur joie. Ce fut une énorme explosion. Pas une déflagration due à un attentat mais une explosion de joie. Le peuple a fêté dans l’allégresse la victoire de leur favori. Une liesse jamais observée depuis des décades dans ce pays meurtri. Avec l'avènement de ce président, les somaliens espèrent tourner définitivement la page sombre des années de plomb, caressent désormais le doux rêve des lendemains meilleurs et d'un avenir radieux.

Il faut saluer cette transition qui s'est déroulée d'une manière démocratique et pacifique. De mémoire des somaliens, une élection n'a jamais autant suscité d'espoir, d’intérêt et autant de liesse. D'aucuns affirment que le scrutin de mercredi dernier était la 2ème alternance présidentielle la mieux réussie qui s'est déroulée en Somalie. La première étant bien entendu celle du 10 juin 1967 durant laquelle Abdirashid Ali Shermarké a été porté à la tête du pays, devenant ainsi le deuxième président somalien. Le regretté Abdirashid Ali Shermarké avait remplacé le président sortant, M. Aden Abdullah Osman dit Aden Addeh. Tous les deux étaient membres du même parti, Somali Youth League (parti pionnier, historique et indépendantiste). Shermarké va malheureusement être tué par son propre garde du corps, le 15 octobre 1969, lors d'un déplacement à Las Anod. Il était âgé seulement de 49 ans.

Il faut également louer la clairvoyance des députés somaliens qui ont voté pour le changement, la fin du terrorisme et la renaissance de leur pays. Sans oublier le fair play du président sortant qui a tout de suite reconnu sa défaite avant même le troisième tour. Un geste d'une grande maturité politique.

La victoire de Farmaajo marque donc le retour de la Somalie sur le devant de la scène internationale. Mais qui est le nouveau président de la Somalie?

Né en 1962 à Mogadiscio, Mohamed Abdullahi Farmaajo est issu du clan Marehan (Darod). Diplômé de l'université somalienne de Lafoole, il va compléter avec un bachelor en histoire et un master des sciences politiques. Diplômes obtenus à l'université new-yorkaise de Buffalo. Cadre au ministère des affaires étrangères de la Somalie dans les années 80, il a notamment été le premier secrétaire de l'ambassade de son pays à Washington. Naturalisé américain, Farmaajo a également travaillé dans des nombreuses organisations des droits de l'homme. En 2010, il a été remarqué par le président Sharif Cheickh alors en déplacement à New-york. Quelques semaines après cette rencontre, Mohamed Farmaajo sera nommé premier ministre du gouvernement de Sharif. Suite à un conflit avec son président, Farmaajo démissionne de son poste après moins d'un an d'exercice du pouvoir (il a été premier ministre entre novembre 2010 et juin 2011). C'est pendant cette courte période que le peuple somalien a su apprécier l'homme, du fait de sa gestion exemplaire des deniers publics. Farmaajo a été en effet un dirigeant intègre, soucieux du bien-être de ses administrés. En 2012, il crée son propre parti, Tayo Political Party (xisbiga siyaasadda ee Tayo). La suite, tout le monde la connait.
Lors de sa première allocution, le président élu a esquissé ses priorités, il s'est engagé notamment d'ouvrir un « nouveau départ » avant de promettre « le début de l’unité pour la nation somalienne, le début de la lutte contre le terrorisme et la corruption ». « Danta dalka iyo dadka », tel est le leitmotiv du président Farmaajo.

Les défis qui attendent le nouveau président sont énormes : reconstruire le pays après plus d'un quart de siècle de guerre civile et d'instabilité, œuvrer à la réconciliation nationale, mettre fin une bonne fois pour tous au fléau du terrorisme, instaurer une paix durable, éradiquer la corruption qui gangrène le pays, subvenir aux besoins de base de la population.

Face à ces défis énormes, le président élu aura besoin de l'aide de tout le monde pour que la Somalie reprenne sa place dans le concert des nations. Un pays ravagé par plus de deux décennies de guerre et de terrorisme qu'il faut redresser et reconstruire.

De l'avis quasi-unanime des observateurs, la Somalie a tout pour réussir : c'est un grand pays qui a une situation géographique avantageuse, d'autant plus qu'il regorge des ressources minières.

Omar Osman Rabeh a décrit la situation paradoxale de la Somalie : « Deux choses ne sont plus aujourd'hui à prouver, écrit-il. La nation somalie est la plus homogène en même temps que la plus infortunée de l'Afrique. La plus homogène car ses membres partagent le même sol, la même histoire, la même culture et le même mode de vie, la même langue et la même religion. (…) La plus infortunée parce que, durant la colonisation du siècle dernier les Somalis qui, 'jusqu'en 1876 avaient hautement défendu leur indépendance', ont vu leur patrie divisée en cinq entre Anglais, Italien, Français et Éthiopiens qui se passèrent des morceaux selon leur convenance ; l’Éthiopie alliée des puissances coloniales tira le plus grand profit de ce trafic du peuple et de leur pays. », (extrait du livre Djibouti, roue de secours de l’Éthiopie, chapitre trois « Djibouti dans la vision somalienne » pp. 39/40).

Ces puissances coloniales n'ont jamais cessé de déstabiliser la Somalie.Un exemple pour illustrer ce propos: la guerre de l'Ogaden. Alors que le différend entre l’Éthiopie et la Somalie était sur le point d'être réglé, grâce aux missions de bons offices des pays tels que l'Union soviétique, Cuba et le Yémen du sud, l'Amérique a fait capoter l'accord. Et l'artisan de ce complot fut un certain Henry Kissinger, ancien ministre de l'administration Nixon. Il se déplaça en personne à Mogadiscio dans le seul but de pousser le tyran Siad Barré à commettre l'irréparable, à savoir déclarer la guerre à l’Éthiopie voisine. Le 23 juillet 1977, le président somalien enclenche la guerre dite de l'Ogaden. Un conflit meurtrier.
Après la chute de Siad Barré, chassé du pouvoir le 27 janvier 1991, les Américains tentent de s'implanter en Somalie sous couvert de l'opération militaro-humanitaire dite « Restore hope ». Une opération qui va mobiliser jusqu'à 28 000 yankees, en décembre 1992. Échec total du plan d'occupation de ce pays. L'intervention américaine tourne au cauchemar après la mort de 18 GI'S, tués lors d'une embuscade dans la capitale somalienne. Humiliation suprême : les corps de ces soldats ont été traînés dans les rues de Mogadiscio. Après la débâcle de son armée, l'Amérique décide de se venger sur la population somalienne, en faisant plonger leur pays dans l'anarchie et la famine. A cause des états-unis, la Somalie sombre dans la guerre civile et le chaos. Il a été décidé de maintenir ce pays dans une instabilité perpétuelle. Et cette fois-ci, l'homme qui sera chargé de superviser cette politique criminelle est un disciple de Kissinger. Il s'appelle Roger Winter. Né le 13 juillet 1942 dans le Connecticut, cet agent de la CIA va sous-traiter la sale guerre secrète des américains contre la Somalie. Roger Winter constitua à cette fin une sainte alliance contre ce pays, composée du président tanzanien Julius Nyerere, celui de l'Ouganda (Museveni), le rwandais Paul Kagamé, l'éthiopien Meles Zenawi et l'érythréen Afeworki. Objectif de cette sainte alliance : maintenir la Somalie dans un chaos. Plus tard, le dictateur djiboutien Ismail Omar Guelleh va également y prendre part, devenant de facto le fossoyeur de ce pays ami.
C'est ainsi que l'Amérique va appliquer avec le concours de ses satellites la théorie du chaos à l'encontre de la Somalie. Un pays qui a été tour à tour le champ de bataille des Seigneurs de la guerre, des terroristes, des armées éthiopiennes et kényanes, des soldats du monde ou africains (sous la bannière respectivement de l'ONU et de l'UA), sans oublier tous les bandits de grands chemins. Il est difficile d'énumérer toutes les souffrances endurées par le peuple somalien durant ce quart de siècle de chaos.
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Pour conclure, espérons que le nouveau président saura tirer la leçon des erreurs de ses prédécesseurs et qu'il fera entrer son pays dans une ère nouvelle. Une ère de paix et de prospérité. Somalia ha nolato. Vivement la renaissance de ce pays frère!