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AFRIQUE

Somaliland : Un vent frais de démocratie souffle de l’est.


Alwihda Info | Par MOHAMED MOUSSA YABEH - 28 Octobre 2015 modifié le 29 Octobre 2015 - 11:32

Fermez les yeux et imaginez Mohamoud Ali Youssouf, Djama Elmi Okieh, Ali Farah Assoweh, Abdi Houssein Ahmed tenir une conférence de presse dans laquelle ils déclarent de la manière la plus solennelle qu’ils désapprouvent la partialité du Président de la République.


Qui dit Corne de l’Afrique dit, pour beaucoup, guerre civile, différent frontalier, politiques belliqueuses, instabilité, AL-SHABAB avec son lot de malheurs, dictateurs accrochés au pouvoir et pourtant, la Somaliland, cette région autoproclamée depuis les années 90 vient de donner une leçon de démocratie au monde. Quelle ne fut pas ma stupéfaction lorsque j’ai appris la démission d’une dizaine de ministres et vice-ministres du gouvernement du Somaliland sur les ondes de la BBC. Les responsables démissionnaires ont expliqué le plus simplement du monde, en conférence de presse, qu’ils manifestaient de la sorte leur désaccord quant à la partialité du Président de la République sur les candidatures en lisse pour la présidence du parti au pouvoir ; certains étant des candidats déclarés. Et le Président de la République, un des bâtisseurs de cette région, de répliquer qu’ils ont le droit de démissionner s’ils jugent que sa gestion de la chose publique et politique ne correspond plus à leurs attentes et opinions politiques ; il a ajouté que le pays regorge des ressources humaines prêtes à servir la nation. Ils ne seront ni intimidés ni insultés ni emprisonnés ni expulsés ni torturés. Leur avenir politique est entre leurs mains. D’aucuns voient ces démissions comme une énième manifestation de cette tension palpable depuis des semaines, née de la course effrénée pour la prochaine échéance électorale du futur président du parti au pouvoir. Chers lecteurs, je vous invite à transposer cette situation en République de Djibouti. Fermez les yeux et imaginez Mohamoud Ali Youssouf, Djama Elmi Okieh, Ali Farah Assoweh, Abdi Houssein Ahmed tenir une conférence de presse dans laquelle ils déclarent de la manière la plus solennelle qu’ils désapprouvent la partialité du Président de la République, quant aux forces en présence pour l’élection du Président du RPP. Est-il possible que des ministres de la république démissionnent parce qu’ils désapprouvent la politique ou tout simplement le positionnement du Président de la République sur un sujet donné ? Quelle serait la réaction de notre Président si le ministre des Affaires Etrangères, celui de la Justice, celui du Travail, celui de l’Education Nationale et de la Formation Professionnelle, le ministre de la Présidence et 4 secrétaires d’états ou vice ministres démissionnaient? Chers amis, vous avez compris ; l’exercice est inutile. On voit mal, très mal nos ministres démissionner. Et pourtant, nos ministres d’aujourd’hui ne sont pas moins diplômés que leurs collègues somalilandais, ils ne sont pas moins futés, ils ne sont pas moins expérimentés, au contraire - excepté le petit morveux dont la vie publique repose sur la volonté de son père spirituel, dont le bon sens est enclavé entre ce sentiment de puissance que lui procure cette bague de mariage qui brille de mille feux et les coups d’encensoir de ses béni oui-oui - les autres ministres ont chacun un CV impressionnant, en politique. Seulement, les ministres Somalilandais ont montré à la face du monde qu’ils restaient des hommes LIBRES, même s’ils appartenaient à l’équipe gouvernementale, qu’ils n’ont pas accepté le poste pour eux-mêmes mais pour leur peuple et leurs opinions politiques. Leur Président avait fait appel à eux parce qu’il était convaincu qu’ils apporteraient quelque chose à la construction de leur nouvel état. Les nôtres ne peuvent guère démissionner parce qu’ils ont « été fabriqués de toute pièce », expression très célèbre dans notre bled. Ils n’ont jamais été nommés pour ce qu’ils sont, encore moins pour leurs compétences. Ils seront traités de Judas si, par malheur, ils haussaient le ton face à leur supérieur hiérarchique même si ce dernier est à côté de la plaque. Un Boreh revenu au bercail serait mieux traité, d’où leur « pragmatisme ». Hommage à feu Mohamed Djama Elabeh, feu Ahmed Dini Ahmed et Monsieur Souleiman Farah London. Nous, aussi, nous avons eu des hommes LIBRES mais à une autre époque. Mine de rien, le Somaliland, c’est trois Présidents en 22 ans dont un vice-président du gouvernement sortant, non issu du clan majoritaire mais du parti (chapeau !) et un autre issu s’il vous plaît de l’OPPOSITION (ce serait un péché chez nous), des élections législatives respectant le calendrier préétabli, des partis politiques avec des structures solides, des débats d’idées francs et fructueux, une presse libre (pas moins de 8 quotidiens, 7 hebdomadaires, 3 mensuels et 30 sites web) qui garantit une liberté d’expression à envier. Et tout ça, à quelques kilomètres de notre prison à ciel ouvert. Ne désespérons pas, le découragement n’est pas djiboutien ; des bulldogs plus solides ont déguerpi lorsque la volonté du peuple s’est exprimée sans demander l’autorisation des faiseurs des rois. Hier soir, j’ai fait un rêve : j’ai rêvé d’un pays où les djiboutiens n’ont plus peur d’exprimer leurs positions quelque soit le sujet, où les djiboutiens ne sont plus à la merci du premier responsable zélé qui les expulse du territoire national et leur retire leurs pièces d’identité nationale parce qu’ils sont les lointains cousins germains d’un probable opposant, où les enseignants ne sont plus radiés pour leurs écrits et leurs fréquentations, où les artistes vivent de leurs créations artistiques, non des flagorneries nauséabondes qui impactent sur leur notoriété, où le travail des militaires est apprécié à sa juste valeur, où les femmes représentent plus qu’une carte d’électeur, moins musclées parce qu’épargnées des transports de jerrican, où les jeunes sont placés au centre des préoccupations des adultes, surtout de celles de nos dirigeants, où nos jeunes diplômés rentrent vite au bercail pour participer au développement du pays et à la construction de la nation djiboutienne, où les sportifs sont fiers de porter les couleurs nationales, où les journalistes, conscients de leur place au sein de la société, travaillent leur esprit critique exigence citoyenne oblige, où le patient est la raison d’être du ministère de la santé, où les différentes communautés vivent en harmonie, où les ministres sont des fonctionnaires au service de la nation et non de leur clan, où les députés sont moins « out », où le Premier ministre a les prérogatives de sa fonction (la comédie a assez duré), où le Président de la République ne se croit pas plus djiboutien que les autres mais se sent plus concerné par les difficultés de ses compatriotes, où les institutions ne sont plus le jouet du premier arriviste, Enfin un pays où l’espoir supplante la résignation et la peur. MERCI AU PEUPLE SOMALILANDAIS ET BON VENT AUX RESPONSABLES DEMISSIONNAIRES.


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