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AFRIQUE

Soudan : Le président Omar El Béchir est-il vraiment un martyr ?


Alwihda Info | Par Djamil @ - 11 Mars 2009 modifié le 11 Mars 2009 - 06:39

Ainsi donc, la radio officielle du Soudan nous apprend que le président el-Béchir, inculpé par la Cour pénale internationale, est un martyr. Vu de loin, on avait plutôt l'impression que c'était le peuple du Darfour qui méritait ce qualificatif : de deux à trois cent mille morts, sans doute au moins autant de femmes violées, deux millions de déplacés, et cela continue. Notre illusion d'optique est sûrement à mettre sur le compte de notre impardonnable occidentalo-centrisme. Il est vrai que depuis les premiers martyrs chrétiens de l'Empire romain, nous avons l'habitude de considérer que les martyrs sont ceux qui subissent des violences du fait de leurs opinions. Nous n'appelons pas martyrs ceux qui font subir ces violences à d'autres.


Soudan : Le président Omar El Béchir est-il vraiment un martyr ?
Ainsi donc, la radio officielle du Soudan nous apprend que le président el-Béchir, inculpé par la Cour pénale internationale, est un martyr. Vu de loin, on avait plutôt l'impression que c'était le peuple du Darfour qui méritait ce qualificatif : de deux à trois cent mille morts, sans doute au moins autant de femmes violées, deux millions de déplacés, et cela continue. Notre illusion d'optique est sûrement à mettre sur le compte de notre impardonnable occidentalo-centrisme. Il est vrai que depuis les premiers martyrs chrétiens de l'Empire romain, nous avons l'habitude de considérer que les martyrs sont ceux qui subissent des violences du fait de leurs opinions. Nous n'appelons pas martyrs ceux qui font subir ces violences à d'autres.

Mais la guerre culturelle, le choc des civilisations aurait dit Huntington, passe aussi par une intense bataille des mots. Il est de la plus haute importance de retourner contre lui le vocabulaire de l'adversaire. El-Béchir n'est pas le premier à user de ce stratagème avec ce même mot. Les mouvements terroristes palestiniens y ont songé bien avant. Quand ils engagent un malheureux jeune pour se faire sauter dans un bus avec une ceinture d'explosifs sous sa chemise, ils le convainquent qu'il va mourir en martyr. Les femmes et enfants qui vont être tués sont des sionistes ; le kamikaze terroriste est un martyr.

Cette guerre des mots n'est pas réservée aux contrées lointaines. En France, en 1984, la droite avait réussi à mettre un million de manifestants dans la rue, non pas pour défendre l'école privée, mais l'école libre. La nuance sémantique fut essentielle au succès de l'opération. En 2005, une bonne partie de la gauche a réussi à entraîner le « non » au référendum sur le Traité constitutionnel européen en présentant celui-ci comme un texte libéral alors que toutes ses dispositions nouvelles et notamment la Charte des droits fondamentaux allaient en sens inverse. Quant à notre chère médecine, elle aussi libérale, elle est financée à plus de 70 % par la Sécurité sociale, c'est-à-dire par des revenus de redistribution socialisés.

Mais le must de la guerre des mots, c'est évidemment au capitalisme financier qu'on le doit. Sa plus grande trouvaille a été « titrisation ». Un mot chic et choc, inconnu chez Littré et Larousse, brillamment neuf et vaguement scientifique. Pour dire la même chose, on aurait pu inventer aussi maxirisque ou arnaquitude. Mais c'est comme avec les martyrs, il faut savoir cacher son jeu.


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