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POINT DE VUE

Tchad | 'Gangnon Djinta: De l'esclavage du Sudiste'


Alwihda Info | Par - ҖЭBIЯ - - 27 Août 2008 modifié le 27 Août 2008 - 15:18

Au cours d'une altercation entre un Nordiste et un Sudiste, il est fréquent d'entendre le Nordiste lancer au Sudiste : "Abid", ce qui signifie "esclave". Cette idée selon laquelle les Nordistes sont les maîtres des Sudistes a été politiquement exploitée par Hissein Habré en 1978-79. Selon Habré, les Sudistes étant descendants d'esclaves, ne peuvent diriger le Tchad. C'est une hérésie coloniale qui aurait placé les Sudistes à la tête de l'État tchadien aux indépendances. Il fallait donc renverser la situation par une guerre contre les Sudistes afin de les chasser définitivement du pouvoir et de faire à ce qu'ils ne reviennent plus à la tête de l'État tchadien. Telle est l'origine de la guerre insensée du 12 février 1979 lancée par Habré.


Tchad | 'Gangnon Djinta: De l'esclavage du Sudiste'

Par BELEMGOTO Macaoura

Gangnon Djinta : De l'esclavage du Sudiste

Tel est le titre d'un article que je trouve très interessant, et qui figure encore sur le site de Lyadish Ahmed. Je me permets commenter cet article. Ce qui suit n'est qu'un commentaire, et non une volonté de déclencher une quelconque guerre à une communauté. Que tout le monde soit ouvert au dialogue et discussion sans sujet tabou. C'est la seule façon de bâtir un Tchad démocratique où règneront le droit, la justice et donc la liberté d'expression.

Cela dit, Gangnon Djinta a raison : au cours d'une altercation entre un Nordiste et un Sudiste, il est fréquent d'entendre le Nordiste lancer au Sudiste : "Abid", ce qui signifie "esclave". Cette idée selon laquelle les Nordistes sont les maîtres des Sudistes a été politiquement exploitée par Hissein Habré en 1978-79. Selon Habré, les Sudistes étant descendants d'esclaves, ne peuvent diriger le Tchad. C'est une hérésie coloniale qui aurait placé les Sudistes à la tête de l'État tchadien aux indépendances. Il fallait donc renverser la situation par une guerre contre les Sudistes afin de les chasser définitivement du pouvoir et de faire à ce qu'ils ne reviennent plus à la tête de l'État tchadien. Telle est l'origine de la guerre insensée du 12 février 1979 lancée par Habré, avec ses conséquences qu'on endure encore aujourd'hui, soit près de 30 ans après le mot d'ordre lancé contre les Saras. En effet, en février 1979, Hissein Habré n'avait pas l'intention de combattre une mauvaise gestion des affaires de l'État sous le régime des militaires, mais de combattre une région, voire une ethnie : les Saras. Tombalbaye était le symbole du Sara et les exactions et abus de pouvoirs commis sous Tombalbaye au Nord comme au Sud, ont été reprises en compte par Habré pour justifier sa guerre contre les Saras.

Mais d'où vient cette idée selon laquelle les Sudistes ont été les esclaves des Nordistes ? Gangnon Djinta a suffisamment démontré que, pour des raisons historiques et géographiques, un esclavage des Sudistes perpétré les Nordistes ne pourraient avoir eu lieu dans le passé.

Cherchons l'explication ailleurs : l'idée selon laquelle le Sudiste est un esclave du Nordiste est un legs de la civilisation arabo-musulmane qui a laissée une grosse empreinte au nord du Tchad. Les Arabo-musulmans qui ont envahi le nord du Tchad n'y pas seulement laissé la religion musulmane mais toute la tradition arabe y compris le racisme anti-Noir. Ce fait a été souligné par Gangnon Djinta : pour un Arabe, un Noir ne peut être qu'un esclave. Il est tout d'abord douloureux de constater que l'Islam qui se réclame dernière religion donnée par Dieu aux humains, n'ait pas fondamentalement remis en cause la question de l'esclavage. Le Coran interdit la consommation de la viande du porc, les jeux de hasards, le vol passible d'une amputation de la main, mais n'interdit pas clairement l'esclavage. Pire, le Coran a réglemente l'esclavage. Avant les Noirs, les Arabo-musulmans avaient comme esclaves les Européens. Progressivement, les Européens se sont libérés et la traite des esclaves s'est principalement localisée en Afrique Noire pendant des siècles. Européens chrétiens et Arabes musulmans sont venus puiser sur le Continent Noir des esclaves. Ainsi, progressivement, dans le monde Arabo-musulman du Maghreb par exemple, on utilise jusqu'aujourd'hui le mot "Abid" pour désigner le Noir. Il existe des Noirs en Libye, en Egypte, en Tunisie, en Mauritanie, en Algérie, au Maroc, au Soudan. Dans ces différents pays, les populations qui ont la peau blanche n'accepteraient jamais de voir un Noir à la tête de l'État parce que dans leur tête de musulman, un Noir est un esclave et un esclave ne doit jamais diriger un État habité par des populations musulmanes de couleur blanche. Les exemples ne manquent pas : La difficile cohabitation entre Noirs et Beydanes en Mauritanie, Noirs et Arabes au Soudan en sont l'illustration. Pourtant, en Mauritanie, tout le monde est musulman ou presque. Au Darfour, tout le monde est musulman ou presque. Mais dans la tradition arabo-musulmane, les Noirs, esclaves, sont des êtres inférieurs aux personnes à la peau blanche. Il est donc logique de les malmener ou de les empêcher d'accéder au pouvoir. D'aucuns me diront que nulle part dans le Coran, il est question de la supériorité d'une race par rapport à une autre. Mais il faut souligner que la religion musulmane, tout comme la religion catholique, ce n'est pas seulement le Coran ou la Bible mais c'est aussi et surtout la tradition. La religion musulmane, telle qu'observée aujourd'hui, est un mélange entre le Coran, les Hadiths et la tradition arabe. Dans la théorie, tous les êtres humains sont égaux. Mais dans la pratique, les Noirs sont inférieurs aux Arabes Blancs, parce que les Noirs ne peuvent être que des esclaves. Ils sont des "Abids". C'est ainsi qu'un Arabe Blanc peut logiquement refuser de participer à une prière dirigée par un Imam Noir et cela ne scandalisera personne. Une tradition musulmane attribue l'existence d'un Noir appelé Billal aux côtés du prophète Mahomet. Ce Noir serait le premier muezzin dans l'histoire de l'islam. C'est alors une raison, aujourd'hui, de considérer tout Noir musulman comme potentiel muezzin et les Noirs sont fiers d'accomplir cette basse besogne de muezzin, en réalité sous-tendue par un racisme flagrant : un Noir, un "abid" peut être tout au plus un muezzin, mais pas Imam. Mais la force des Arabes, c'est d'avoir toujours nié l'existence de la traite négrière vers les pays arabes. Même les Noirs musumans, influencés par les Arabes ont tendance à nier l'esclavage des Noirs par les Arabes. Acculés, ils diront tout simpelement, que de toutes les façons, le Coran recommande de bien traiter les esclaves. Quel paradoxe ! La Bible aussi recommande de bien traiter les esclaves. En fait, tous ces livres qui se réclament de Dieu ont été écrits à des moments où l'esclavage était considéré par le monde entier comme un phénomène tout à fait normal. C'est également le cas de l'homophobie : Bible et Coran sont homophobes à outrance ! Progressivement, les yeux des humains se sont ouverts et aujourd'hui, l'esclavage est considéré comme un crime contre l'humanité et l'homosexualité est de plus en plus considérée comme un phénomène normal. Dans moins d'un siècle, le mariage homosexuel aura peut-être lieu en terre musulmane... qui sait ? En ce qui concerne l'esclavage, il est très étonnant, comme le souligne Gangnon, que certaines personnes se réclament des ancêtres qui ont perpétré un crime contre l'humanité. Ce n'est pas étonnant, cela fait partie du monde arabo-musulman.

Qu' en est-il du Tchad, pays où il n'y a presque pas d'Arabes Blancs ? Redisons-le : les Arabes qui ont colonisé le Nord du Tchad n'y ont pas seulement laissé la religion musulmane mais toute la tradition arabo-musulmane : langue (il existe un arabe tchadien), noms, tradition culinaires, accoutrement, et... le racisme envers le Noir. Beaucoup de Nordistes Tchadiens se croient Arabes. Pour eux, on ne peut être musulmans sans se revendiquer de la culture arabe. Parce qu'ils s'appellent Ahmed Moussa, ou Ali Abdelkérim, ou Mahamat Abakar, il se croient Arabes Blancs dans leur tête, et donc ceux qui sont de l'autre côté, au Sud sont "leurs Noirs", donc leur "Abid". Abdoulaye Kirdi est le terme couramment employé pour désigner le Sudiste musulman. Ce terme ne scandalise personne. Ici, le ridicule devrait tuer parce que nous sommes tous des Noirs. Mais le problème est que certains ont la peau noire, mais ils sont Blancs et Arabes dans leur tête. Devant un vrai Arabe, nous Noirs, musulmans ou pas, nous sommes tous des "Abid". Entre nous Noirs, ceux qui se croient Arabes traitent les autres Noirs de "Abid". Ainsi va le monde tchadien.

Notons bien : ces genres de débats n'ont pas pour but d'attiser de la haine entre les communautés, mais uniquement pour se dire la vérité, dans la mesure où ces considérations ont été exploitées par des hommes politiques comme Habré pour mettre le pays à feu et à sang. Nous jugeons que c'est utile d'en parler. D'après un article signé Lyadish Ahmed, "Cachez ces Sudistes" publié par Yaltchad en 2007, les Nordistes auraient comme mots d'ordre "plus de Sudistes (Abid) au pouvoir". Il est donc normal d'aborder ces genres de sujets : l'avenir du pays en dépend.


BELEMGOTO Macaoura

macaoura@aol.com