Accueil
Envoyer à un ami
Imprimer
Grand
Petit
Partager
POINT DE VUE

Tchad : Adieu la MINURCAT, la transition est-elle possible ?


Alwihda Info | Par Mahamat Abakar Brahim - 16 Juin 2010 modifié le 16 Juin 2010 - 23:05


Mahamat Abakar Brahim

Les forces des Nations unies au Tchad et en Centrafrique plieront bagages dans cinq mois selon la résolution 1923 du 25 Mai 2010 après moult tractation entre l’ONU et le Tchad.

En un admirateur averti quel sera l’impact que laissera ce vide quand le retrait sera effectif, certes les relations internationales ont joué leurs rôles et ont obtenu gain de cause en gagnant le pari avec l’adoption presque à l’unanimité de la résolution 1923 des Nations Unies qui a mis fin au processus du maintien des forces multinationales pour la protection des refugiés et personnes déplacés à l’Est du Tchad et le nord-est de la Centrafrique, la question qu’il faut se poser est que si vraiment les planificateurs de ce retrait ont pu analyser l’impact et mis une structure adéquate et murement réfléchie pour remplacer le départ des forces impartiales du Tchad.

Une méthode de raisonnement tactique s’avère nécessaire pour le remodelage d’une entité capable dans le sens professionnel du terme de se pointer en urgence pour combler le vide afin de venir en aide aux milliers des réfugies et personnes déplacées qui ne vivent que de l’apport de l’aide internationale.

Nous sommes sans ignorer que des solides argumentations ont été avancées par les hautes autorités de notre pays, les idées émises par ces derniers peuvent convaincre l’opinion nationale et internationale ainsi que d’autres leaders d’opinions, mais à mon humble avis cela mérite une attention particulière de la part du Gouvernement pour ainsi chercher des voies et moyens pour mieux mesurer l’impact et prendre des mesures concrets en créant une nouvelle structure qui peut prendre la relève et continuer la mission de sécurisation des camps des réfugies et personnes déplacées car du point de vue stratégique il est très difficile de colmater un vide de la sorte, laissé par les Nations Unies puisque cela demande un lourd tribut et un sacrifice de la taille pour sauver l’honneur et faire prouver au monde entier que notre pays le Tchad est capable de faire la sécurité dans son propre territoire et pourquoi pas au-delà de ses frontières.

Force est de constater qu’en 2004, avec la participation du UNHCR une petite unité composée uniquement des gendarmes, 200 au total, repartis sur trois coordinations(Abeche,Biltine et Bahaï), postés sur tous les camps des réfugies ,est mise en place dont la charge est confié au CNAR sous tutelle du Ministère de l’Administration du territoire de l’époque, bien que leur mission est trop réduite et leur effectif insignifiant, le résultat que ces braves gendarmes ont apporté pour la sécurisation des camps des réfugies et personnes déplacées à l’Est du Tchad est vraiment remarquables car ils ont payé de leurs vies pour atteindre les résultats escomptés et cela fut la genèse de la création du DIS(Détachement Intégré de Sécurité) qui a été pour la première fois expérimenté et testé au Tchad et si cette entité est efficace elle pourrait servir de leitmotive pour les futures missions départ le monde.

Chemin faisant, en 2007, par une résolution 1778(2007) et d’autres qui se sont suivies, 1834(2008) et 1861(2009) des Nations Unies avec l’approbation des deux gouvernements celui du Tchad et de la Centrafrique qu’une force de maintien de Maintien de la Paix est déployée au Tchad et en Centrafrique composée majoritairement des troupes européennes sous la dénomination de l’EUFOR, qui finiront par troquer leurs bérets d’origines en casques bleues des Nations Unies et seront renforcés par soldats Africains, ils ont de leur mieux fait ce qu’ils pouvaient faire pour une mission des Nations Unies mais ils n’ont pas été à la hauteur des résultats souhaités, s’il faut analyser à sa juste valeur et il est judicieux de se poser la question à quoi servira une force des Nations Unies sur son propre sol, et que par conséquent si cette force n’est pas à la hauteur de sa mission.

J’étais de ceux qui connaissent au moins une petite chose des Missions des Nations Unies, dire qu’une Mission des Nations Unies est importante pour un pays à mis chemin entre paix et guerre comme notre pays le Tchad est une très grande équation à résoudre.

J’ai lu les réactions des uns et des autres sur ce sujet mais l’importance est qu’il faut songer sur le comment faut-il faire pour combler le vide laissé par la MINURCAT car ce sujet nous interpelle tous tchadiens, de l’intérieur comme ceux de l’extérieur afin de tracer un schéma directeur pour mettre sur pied un mécanisme ou une force intérieure capable de gérer le vide et venir en aide aux milliers des réfugies et personnes déplacées et assurer la sécurité de ceux des expatriés(ONG) qui sont venus aidés ces pauvres gens à l’intérieur de nos frontières.

Avant leur déploiement et compte tenu des clauses signées par les deux Gouvernements, les Nations Unies ont formé une unité de 800 hommes composée uniquement des gendarmes et policiers, qui sont encadrés par des policiers internationaux qui sont issus de différentes nationalités et de différentes formations très murs en la matière et ont appris toutes les techniques nécessaires pour le bon fonctionnement d’une mission à but humanitaire se basant exclusivement sur la protection et la sécurisation des camps des réfugies, des déplacés et personnes vulnérables.

La formation a été trop bénéfique mais finalement elle s’est achevée sur un chapeau de roue puisque la mission est très mal négociée dés le début par ceux qui ont eu la chance d’être au devant de la scène, découragés presque tous les meilleurs officiers de la Gendarmerie et de la police ont démissionné pour faute de mauvais traitement, mais tant bien que mal quelques braves officiers sont restés malgré les bas salaires, à se sacrifier et prouver à la face du monde que le rôle d’un soldat est d’accomplir sa mission.

Le mieux qu’il faut dire est que nous sommes devant trois hypothèses qui pourront peut être nous sauver de ce laxisme tant décrié par nos partenaires, nos détracteurs et autres leaders d’opinion.

Nous avons en face de nous une force mixte Tchado-Soudanaise de 3000 hommes qui vient de naitre pour la sécurisation des frontières entre les deux pays , il y au milieu une entité formée, structurée et prise en charge par les Nations Unies dénommée DIS (Détachement Intégré de Sécurité) forte de plus de 800 hommes, policiers et gendarmes confondus et qui a pour mission la sécurisation des camps des refugiés et des personnes déplacées, et en guise de couverture la composante Force de sécurité et de Défense(ANT) départ sa noble mission qui est la défense de la Patrie, ne se limitera pas seulement à sa tache primordiale de la défense nationale mais elle peut jouer le rôle moteur pour venir à la rescousse afin de maintenir la confiance.

Pour aboutir au colmatage de ce vide laissé par les Nations Unies, il est judicieux que l’Etat tchadien prenne des dispositifs bien formatés afin de pouvoir créer une symbiose au sein des trois entités qui sont la Force Mixte Tchado-soudanaise, de la composante DIS( Détachement Intégré de Sécurité) et l’ANT( Armée Nationale Tchadienne) tout en créant des cellules de coordination qui peuvent à travers une planification commune mettre sur pied des ordres d’opérations bien planifiées et qui sont à la hauteur d’une mission complexe de sécurisation des camps de refugiés, des déplacés ou de sécurisation des frontières communes avec le Soudan et la Centrafrique afin de pouvoir mettre en confiance nos partenaires qui ne tarderont pas de nous jeter des fleurs quand l’après MINURCAT est un succès et ceux derniers ne tarderont pas aussi à chercher des poux sur la tête de notre pays si la transition dévolue à nos forces commence à chevaucher.

La tache qui nous attend tous est lourde de conséquence, mais avec la participation de tout un chacun, nous pouvons surmonter ce lourd fardeau qui pèsent sur notre beau pays le Tchad.