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EDITORIAL

Tchad/Grève des enseignants : Et si les solutions étaient ailleurs ?


Alwihda Info | Par Issa Mahamat Abdelmamout - 22 Février 2010 modifié le 22 Février 2010 - 13:07


Tchad/Grève des enseignants : Et si les solutions étaient ailleurs ?

Issa Mahamat Abdelmamout - issa1304@yahoo.fr



Satisfaire la revendication salariale, les primes de transports et de logements en monnaie n’est pas la solution idéale. On peut craindre des répercussions négatives sur les restes de la population et ses effets pervers sur les revendicateurs.



Dans un pays où la balance commerciale est structurellement déficitaire (si on ôte la rente pétrolière), où le chômage est endémique, il est préférable de préserver la compétitivité salariale sur le long terme.

Le travail est l’un des actifs probable qu’on puisse laisser à la génération future ; le dilapider serait très égoïste. L’égoïsme aveugle fait oublier aux syndicats une revendication honorable qui est celle de demander plus d’intégration dans le corps enseignant.



Augmenter le salaire des enseignants revient à inciter les autres secteurs, public et privés à faire de même ; ce qui entrainera une augmentation du niveau général des prix. Une inflation néfaste qui n’est pas le fruit d’une hausse de la production ni de la productivité mais un simple allongement budgétaire, conséquence d’une corporation qui veut en rajouter sur son bifteck sans penser aux autres.

Avec les importations de produits de luxe déversés sur le pays, l’augmentation de salaire provoquera deux inflations : une interne et une autre dite   « inflation importée » qui se répercuteront par effet de contagion sur toute la population.



Le comble dans tout ça, c’est notre brave ministre de la fonction privée et de l’inactivité qui n’a trouvé comme argument que de qualifier la grève de « fallacieuse » et l’augmentation de salaire « entrainerait un déséquilibre social ».

Non madame ça ne serait pas un déséquilibre social mais une conjoncture endémique généralisée, une illusion monétaire, un boomerang, des revendications en cascade car aussitôt la revendication satisfaite l’inflation ne tarderait pas à se manifester... C’est le cercle vicieux auquel il ne faut pas céder facilement.



En ne pensant qu’à maximiser leur bien-être social, le syndicat peut entrainer le pays dans un modèle de coût continu qui est un frein pour les investissements à venir.



Si un salarié tchadien coûte plus cher que son voisin camerounais ou nigérien, le choix de l’investisseur (résidant ou non) est vite fait ; ainsi investissements et emplois iraient ailleurs.

On sait que les salaires réels sont difficilement flexibles à la baisse. Il ne sera pas évident de jouer dessus en cas de choc économique (par exemple l’épuisement des réserves de pétrole sera un choc interne) avec les ajustements structurels qui n’ont pas laissé des bons souvenirs aux fonctionnaires.





Dans un monde concurrentiel où les firmes cherchent à investir là où le coût du travail leur permettra de dégager des marges, il ne faut pas ignorer qu’après avoir participé au développement de l’Asie, le tour de l’Afrique viendra. On a là une donnée qui devrait être intégrée dans les politiques économiques surtout quand il s’agit du long terme.



L’espace économique et monétaire où se trouve le Tchad n’est pas une fédération des états où la compétition en tout genre est subordonnée à l’intérêt national et la conduite de la politique économique doit intégrer cet état de fait.

En une phrase, c’est le tout et le futur qui priment et ce n’est pas un affront aux enseignants



On sait que les fonctionnaires, en particulier les enseignants, vivent mal. Cependant, le reste de la population qui ne voit pas un rond à la fin du moi est en train d’agoniser, du fait de la cherté de la vie, conséquence des inflations monétaires non maitrisées.



C’est pourquoi les sentimentalismes infantilisants du genre “les fonctionnaires souffrent“ ou “ mon parti soutient les grévistes“ n’ont pas leur place dans une revendication dont les conséquences sont nationales et les dividendes ne le sont pas.



La rigidité face au corporatisme ne mène pas à une solution et la négociation reste la seule issue. Le gouvernement ferait mieux de ne pas jouer à l’ingénu et traiter de fallacieuses les revendications, mais doit chercher à renégocier les accords conclus en 1992, faire de propositions concrètes, pragmatiques et immédiates.



Ce genre de corporatisme face à des gouvernants sans courage qui pensent qu’à leur réélection ont actuellement plombé la compétitivité de l’Europe occidentale face à l’Europe de l’Est et l’Asie alors attention à ne pas imiter nos amis français râleurs et grévistes pour un sou.



Il faut des remèdes généraux, par exemple:

Pour le court terme :

  • Au lieu des primes de logement, il faut construire pour loger les enseignants dont le salaire ne dépasse pas 150 000 CFA et ceux qui habitent loin de leur lieu du travail.

Effets de la proposition :

Suppression des primes de transport, création d’emploi dans le BTP et hausse du pouvoir d’achat sans provoquer une inflation monétaire qui sera suivie par celle de biens et services



  • Recruter massivement dans l’enseignement et réduire la durée du travail des enseignants

Effets de la proposition : réduction du chômage, du temps libre pour les enseignants.



  • Mettre en place une vignette médicale pour les enseignants



Pour le long terme

  • fournir un effort colossal pour contrôler les prix de certains biens et services. Laisser tous les prix se fixer par l’offre et la demande est une chimère, car cette théorie n’est pas exclusive et aucun pays ne la respecte.



  • Etudier des solutions fiscales en taxant certains produits de luxe

(Chercher à contourner juridiquement les règles communautaires)



  • Des amendes aux commerçants indélicats…



« Le plus souvent, une once de volonté pèse plus lourd qu’un quintal d’intelligence et de conviction » Disait Schopenhauer





Les régimes passent mais l’Etat est éternel. Il faut toujours y penser…





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