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INTERVIEW

Tchad : "La stabilité du pays est en jeu", Dr. Evariste Ngarleme Tolde


Alwihda Info | Par - 10 Avril 2017 modifié le 10 Avril 2017 - 09:07

Cet enseignant chercheur prévient, si les autorités Tchadiennes ne prennent pas des mesures adéquates pour parer à cette éventualité menaçante, cela peut saper la base même de la société, voire même remettre en cause la stabilité du pays.


Le doyen de la Faculté de Sciences, Juridique et de Gestion à l’Université Emi-Koussi de N'Djamena, Dr. Evariste Ngarleme Tolde. Alwihda Info
Le doyen de la Faculté de Sciences, Juridique et de Gestion à l’Université Emi-Koussi de N'Djamena, Dr. Evariste Ngarleme Tolde. Alwihda Info
Le doyen de la Faculté de Sciences, Juridique et de Gestion à l’Université Emi-Koussi de N'Djamena, Dr. Evariste Ngarleme Tolde, a souligné lors d’un entretien accordé à Alwihda Info que les récents incidents meurtriers et surtout l'insécurité à N'Djamena et dans le reste du pays, sont dus à l'absence de l’autorité de l’État, la pauvreté et l'impunité dont jouissent certains concitoyens à cause de leur proximité avec le pouvoir en place.

Cet enseignant chercheur prévient, si les autorités Tchadiennes ne prennent pas des mesures adéquates pour parer à cette éventualité menaçante, cela peut saper la base même de la société, voire même remettre en cause la stabilité du pays.

Comment expliquer ce phénomène de l'insécurité ?

C'est un phénomène qui vient s'ajouter à bien d'autres que les tchadiens déplorent et continueront à déplorer encore peut-être pour longtemps. Effectivement, il ne se passe pas une seule semaine, je dirai même un seul jour, où les familles Tchadiennes ne cessent de se plaindre, soit de l'enlèvement d'un parent, soit de la brutalité subi par un parent, soit de la maltraitance qu'un des leurs aurait été victime. Ceci pour dire que les Tchadiens sont entrain de vivre une situation qui semblait s'être estompée, il y a 10, 15 ans.
"La rareté des ressources fait que certains ont choisi le braquage, le vol à main armée et même des assassinats pour joindre les deux bouts"

Aujourd'hui ce qui peut bien expliquer cette recrudescence de l'insécurité : C’est la pauvreté. La société est entrain de traverser une crise économique qui fait que les gens n’ont plus les moyens qu'ils avaient au moment où le pétrole coulait à flot et que les recettes pétrolières circulaient.

Aujourd'hui, donc, la rareté des ressources fait que certains ont choisi le braquage, le vol à main armée et même des assassinats pour joindre les deux bouts. Donc, c’est un phénomène qui revient au galop et, il est difficile de comprendre pourquoi cela se passe surtout au vu et au su de tout le monde.

Certains civils sont même enlevés par des véhicules à vitres fumées, sans plaque d'immatriculation...

Certaines de ces situations se passent même en plein jour. La dernière en date, est celui d’un certain Mahamat Ali, qui a été enlevé et retrouvé à Dagana. C'est l'un de mes locataires. Je ne dirai pas locataire mais il loue chez moi où il met ses vélos. ll repart chez lui et revient tout les matins pour ouvrir sa boutique chez moi, mais ce matin, il n’est pas arrivé. 

Cela s’est passé à 9 heures, au vu et au su de tout le monde, et personne n’était en mesure de savoir qui a opéré cet enlèvement parce que c'était un véhicule à vitres fumées de marque V8, non immatriculé. Donc, les gens l'ont enlevé avec un véhicule à vitres fumées. Et il faut dire que ce n’est pas n'importe qui, qui détient de véhicule de ce genre.

Quel sentiment ressentir lorsqu'une personne que l'on connait subit ce genre d'injustice ?

La première impression qui vient ou bien la première réaction, c’est comme si ce sont des événements qui sont montés d'en haut, comme si c’est téléguidé par de gens bien placés.

Pour le cas de Mahamat Ali que je connais bien, il a un problème avec, je crois, un richissime homme d'affaires de la place. Il est parti faire des faux papiers au niveau du cadastre pour venir revendiquer le terrain que Mahamat Ali et les siens occupent depuis plus de 30 ans, n'eut-été l’intervention de voisins.
 
"La sécurité des Tchadiens n’est plus le souci des décideurs politiques"

L'arnaque aux faux-papiers de concessions perdure, sans réaction des autorités...

Ce richissime homme d'affaire détenait des papiers en bonne et dû forme pour dire que ce terrain lui appartient, mais les gens lui ont dit non, que le terrain de Mahamat Ali et celui de sa voisine ne peuvent pas vous appartenir parce que ces gens sont là depuis 30 ans. Mais, vous sortez des papiers de 2, 3 ans pour dire que c’est pour vous et là, on ne peut pas expliquer.

Je voudrais vous dire que ce sont des histoires qui ont des ramifications et, si on en tient garde, risquent même d' éclabousser le pouvoir en place. C’est comme si aujourd'hui, les services de sécurité sont inexistants, comme si la sécurité des Tchadiens n’est plus le souci des décideurs politiques.
Ce sont des histoires qui ont des ramifications

A ce point là ? Doit-on parler d'absence totale ou plutôt de défaillance ?

Quand un tchadien sort le matin, il faut qu'il rentre pour se rassurer qu'il est bien rentré. Alors, l'explication première qu'on peut donner c’est vraiment la pauvreté qui gangrène la société. C'est elle qui est entrain de pousser les hommes de tout bord à chercher par tout les moyens à joindre les deux bouts. Et pour cela, tous les moyens sont bons par la violence, les tueries, les enlèvements et advienne que pourra. Malheureusement, tous ces gens n'ont jamais été arrêtés.

On ne sait même pas qu'il y a des enlèvements, des arrestations et des braquages. Mais jamais, les autorités militaires n'arrivent à mettre la main sur ceux-là. Dommage pour les Tchadiens, mais il faut dire que c’est un phénomène qui a de beaux jours devant lui.

Qu'attendent les tchadiens des autorités ?

Nous espérons que pour cela, le gouvernement et le ministre de l'intérieur et de la sécurité publique haussent le ton, et que le collègue de la défense sorte de sa torpeur pour essayer de traquer un peu ces délinquants, car il est anormal que de pareilles choses se passent en plein jour.

Aujourd'hui, l'État est pratiquement absent. Vous savez que dans une famille même, quand un père de famille n'a pas de moyens, il ne peut pas s'imposer ni devant sa femme, ni ses enfants.

Aujourd'hui, l'État n'arrive pas à contrôler ni son armée, ni sa police, ni ses forces de défense et de sécurité d'une manière générale ; ce qui fait que les gens sont prêts à faire usage de leurs armes qu’on a vu ici à N'Djamena, pour ce qui s'est passé entre les éléments de la DGSSIE.

On en a vu un peu partout entre les civils, que ce soit à Bolobo, à Miandoum et tout récemment à Gore, entre les militaires et civils. Les gens sont prêts pour un rien parce que tout le monde est sur les nerfs, et la situation est sérieuse.
"Le gouvernement préfère s'attacher à des dossiers qui n’ont rien à voir avec la vie et la sécurité des Tchadiens"

Donc au Tchad, l'insécurité tue plus que le terrorisme ?

Le fait que les gens aient des problèmes et qu'on n'arrive p'as à trouver des solutions, qu'on les nourrissent de fausses promesses sans lendemain, fait que tout le monde est sur les nerfs, pour un oui, ou bien pour un non, les gens se tirent dessus. Mais c'est encore des pertes en vie que les Tchadiens déplorent chaque jour. Donc, c'est le laisser-aller.

Il y a des problèmes sérieux auxquels le gouvernement doit s'attaquer mais non, il préfère s'occuper des problèmes élémentaires. Il préfère s'attacher à des dossiers qui n’ont rien à voir avec la vie et la sécurité des Tchadiens. C’est une porte ouverte à cette tragédie là que le peuple Tchadien est entrain de vivre chaque jour que Dieu fait. C’est malheureux. Ce phénomène n’est pas prêt de s'arrêter.

Les règlements de compte sont entrain de se poursuivre, au vu et au su de tout le monde et, personne n’est à mesure de dire qu'est-ce-qui se passe. Que Dieu fasse que la presse puisse s'intéresser à ce dossier, ne serait-ce que pour attirer l'attention des décideurs qui font semblant de ne rien voir et font fi de cette tragédie que vit le peuple depuis un certain temps. Donc, il faut effectivement comprendre que c’est le manque d'autorité de l'État et de moyens également.

La cohésion nationale est en jeu ?

Aujourd'hui, le Tchad, comme on le dit, est à la croisée des chemins. De ce fait, il est difficile pour les décideurs politiques et administratifs de parer à cette éventualité menaçante qui est entrain de saper la base même de la société et de la cohésion nationale. Il faut dire que la stabilité du pays qui est en jeu.

Djimet Wiche Wahili
Journaliste, directeur de publication du Tabloïd Alwihda Actualités. En savoir plus sur cet auteur

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