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INTERVIEW

Tchad: Le SG des étudiants ne sait à quel « sein » se donner - interview


Alwihda Info | Par - 14 Octobre 2011 modifié le 16 Octobre 2011 - 14:48

Les étudiants de l’Université de N’djamena, après une assemblée générale tenue le lundi 03 octobre dernier, sont sortis dans la rue pour exprimer leur mécontentement envers le gouvernement qui tarde à verser les arriérés de six (6) mois de bourse d’études. Comme d’habitude, ils ont cassé les véhicules de service du gouvernement. Les agents de forces de l’ordre sont mobilisés pour les contrecarrer. A chaud, le secrétaire général des étudiants, Mr. Hoytimadji Patrick a accordé une interview à AL-WIHDA Actualités.

L’objet de cette Assemblée Générale est de communiquer à la base le message du recteur demandant la reprise totale au sein de toutes les facultés de l’Université de N’Djaména. C’est ce que les étudiants ont rejeté catégoriquement et ont décidé de descendre dans la rue. Pour eux, tant que les bourses ne sont pas versées, il n’y aura pas reprise à l’Université de N’Djaména.


le secrétaire général de l'UNET, Mr. Hoytimadji Patrick
le secrétaire général de l'UNET, Mr. Hoytimadji Patrick
AL Wihda Actualités : Quelles sont les démarches que vous avez faites depuis pour ne pas arriver à cette situation ? Trouvez-vous que sortir dans la rue est une solution au problème, en tant que Secrétaire Général de l’Union Nationale des Etudiants Tchadiens ? 
Hoytimadji Patrick : Le bureau est débordé honnêtement. C’est depuis deux semaines que nous sommes entrain d’utiliser toutes les stratégies pour contenir les collègues. Nous avons, au niveau du bureau, utilisé nos sagesses et conservé certaines vérités pour éviter les tensions et nous avons laissé assez de temps au gouvernement pour trouver une solution immédiate. Mais malheureusement, nos autorités en charge des affaires ont trainé les choses. Sinon, nous membres du bureau de l’UNET, n’avons pas vraiment une idée, ni une volonté de voir nos collègues dans la rue entrain de perturber l’ordre public. Et, il n’est pas facile, croyez-moi, de contenir presque 9.000 étudiants qui étudient actuellement à l’université de N’Djamena.
AA: Vous êtes apparemment partagés entre vos collègues étudiants et le gouvernement. Est-ce que vous n’êtes pas accusés de part et d’autre ? Accusé par les étudiants de ne pas mettre de pression sur le gouvernement et par ce dernier d’envoyer les étudiants dans la rue pour faire entendre vos colères.
L’UNET assure seulement le rôle de liaison entre les autorités et l’assemblée estudiantine. Notre rôle, c’est de défendre valablement les intérêts des étudiants auprès de ceux-ci. Nous avons fait plusieurs propositions pour ne pas parvenir à ce stade mais dommage, nos autorités n’ont pas pris tout cela au sérieux. Et, nous ne pouvons pas continuer à endormir ceux-là qui sont quasi-éclairés et qui nous taxent même d’ailleurs de jouer la  carte en faveur du gouvernement. Je peux même dire que ce sont nos autorités eux-mêmes, à travers leur laxisme, qui ont poussé les étudiants à sortir dans la rue pour perturber l’ordre public. Sinon, on a fait de notre mieux pour donner du temps au gouvernement de trouver des solutions idoines aux différents problèmes que les étudiants ont exposés. Chose qui n’a pas été faite. On ne sait pas si c’est par manque de volonté ou par manque d’argent. Nous sommes obligés de dire les vérités de chose à l’issu de cette Assemblée Générale à la base. D’un coté, le recteur nous a appelés ce matin pour nous demander de reprendre avec les cours, d’un autre coté, on nous a promis de décanter d’ici mercredi la situation de bourses d’études. Mais, les étudiants ont refusé de nous comprendre et ont décidé de se faire entendre en sortant dans la rue pour procéder aux opérations de casse des voitures de l’Etat.
AA: Comment appréciez-vous cet acte posé par vos collègues étudiants, puisque beaucoup le qualifient d’incivique ?
Cet acte posé, on peut bien le qualifier d’incivique, illégal même, ce n’est pas un acte digne. Mais, je trouve que ce sont les autorités eux-mêmes qui les ont habitués à revendiquer leur droit de cette manière. C’est regrettable mais on n’a pas le choix, nous n’avons pas le pouvoir, nous membres du bureau, de maîtriser tous ces étudiants qui sont pourtant fatigués d’attendre et d’entendre des fausses promesses qui sont plusieurs fois faites par les autorités en charge.
AA: Le gouvernement ne dispose-t-il pas de l’argent pour vous payer vos bourses d’études alors que le Tchad est un pays pétrolier ?
Je me demande vraiment, moi aussi si le gouvernement n’a pas les moyens pour verser à temps les bourses d’études des étudiants pour mettre fin carrément à ce phénomène de grève au sein de l’université de N’Djaména afin d’éviter le retard dans l’année académique. Il ne faut pas qu’ils habituent à ceux là de descendre souvent dans la rue avant de verser les bourses. C’est une jeunesse qu’on prépare à l’université pour servir le pays demain. Il ne faut pas qu’on leur pousse à avoir de tel comportement.
AA: Comment avez-vous apprécié l’arrivée du nouveau ministre de l’enseignement supérieur ? Est-il en mesure de résoudre les différents problèmes que connaît l’université de N’Djaména aujourd’hui, selon vous Monsieur le secrétaire général?
Avec le nouveau ministre en charge de l’Université, nous n’avons pas eu encore de problème. Il a intérêt quand même d’éviter de tomber dans les mêmes erreurs que son prédécesseur. Personne ne peut ignorer que l’université a beaucoup de problèmes qui sont pourtant faciles à résoudre, à mon humble avis. Il y a un manque de volonté seulement. Il est important, voire nécessaire de tenir compte de nous, s’approcher des étudiants, c'est-à-dire, nous les concernés directs, afin de trouver ensemble des solutions aux différents problèmes pour finir en beauté l’année entamée même si elle est élastique. Il suffit qu’il nous appelle, nous sommes vraiment prêts à lui fournir toutes les informations nécessaires pour sortir l’université de cette crise.
AA: Vous avez demandé, en guise de proposition, le blanchissement de l’année 2010-2011 à vos supérieurs. Et le ministre a rejeté d’un revers de main cette proposition. Comment avez-vous digéré cette nouvelle au sein de l’université ? 
Il est vrai que l’UNET, après concertation, ait proposé aux autorités de blanchir l’année académique 2010-2011 pour instaurer une année académique normale au sein de l’université de N’Djaména. Ce n’est pas normal que les étudiants passent parfois plus de 12 mois, parfois 18 mois pour valider une année académique. Cette façon de faire nous pénalise et nous retarde considérablement dans nos études. Mais malheureusement, le ministre s’est prononcé, sans même consulter l’UNET pour rejeter cette proposition faite par les étudiants. C’est regrettable vraiment de rejeter cette proposition de blanchir l’année académique 2010-2011 sans consulter les étudiants qui sont pourtant les concernés directs. De ce côté, nous regrettons bien cette attitude.
AA: Le président de la République tient fort dans sa politique à améliorer les conditions de vie de la jeunesse, surtout dans ce nouveau quinquennat. Avez-vous vraiment la possibilité de lui adresser facilement vos doléances sans intermédiaire, surtout vous, étudiants de l’université de N’Djaména ? 
Le président de la République, d’une manière particulière, dans sa politique, il  prône toujours l’amélioration de condition de vie de la jeunesse. Il ne se préoccupe pas seulement d’améliorer les conditions de vie de la jeunesse tchadienne. Je dirai même qu’il se préoccupe de la jeunesse de l’Afrique, voire du monde tout entier. Il a même réitéré cette bonne intention récemment au sommet de l’Union Africaine. Cela prouve à suffisance son attachement à la jeunesse et il nous a vraiment montré cet attachement lors d’une rencontre avec les étudiants à Toukra dans le chantier du complexe universitaire. Mais malheureusement, malheureusement, il n’a pas créé une liaison directe avec la jeunesse tchadienne pour s’enquérir de vrais problèmes qui concernent la jeunesse. Il a créé de liaison avec des gens qui n’ont aucune volonté de l’aider en ce sens, de traiter la jeunesse comme il le pense. Nous voudrions bien lui faire parvenir nos doléances sans passer par qui que ce soit.
Votre mot de fin :
H. P. : Merci vraiment d’être là avec nous, étudiants, surtout pendant ce moment difficile. Je profite de cette occasion dire à nos autorités de s’impliquer davantage afin de trouver rapidement des solutions à cette crise que connaît l’Université de N’djamena surtout ce dernier temps.