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REPORTAGE

Tchad : Le redoutable centre d’opérations de la Présidence


Alwihda Info | Par - 14 Février 2017 modifié le 14 Février 2017 - 22:54

L'agent Gadoullet déroule le scénario de l'attaque et identifie "l'énorme troue" qui sape le système de surveillance du Tchad. Après avoir créé deux bataillons présidentiels bien entrainés, il veut mettre au point un dispositif capable de renseigner l'Etat-major en permanence.


Photo illustration : Un Centre d'opération de Rio au Brésil. Crédit photo : Sources
Photo illustration : Un Centre d'opération de Rio au Brésil. Crédit photo : Sources
​En 2006, le dispositif tchadien de surveillance de la frontière "échoue complètement", explique l'ex-agent français de la DGSE (Direction Générale de la Sécurité Extérieure), Jean-Marc Gadoullet, dans son ouvrage agent secret. En effet, "deux cents pick-up chargés de soldats quittent le Soudan et traversent tout le Tchad sur plus de mille kilomètres sans être inquiétés. Lorsqu’ils sont enfin repérés, il est beaucoup trop tard".

Pendant que l'armée tchadienne se prépare pour intercepter les rebelles, "les premiers escadrons ennemis arrivent aux portes de N’Djamena. La panique est totale, les blindés n’ont même pas le temps de se mettre en place pour défendre notre position". Les opérations sont dirigés "depuis le palais présidentiel", explique Gadoullet qui branche sa radio et se tient prêt à transmettre. "Je me doute, pour autant, que je serai immanquablement amené à participer à la défense" de la Présidence.

La nuit tombe sur N’Djamena, "j’attends en compagnie des officiers de la garde républicaine. Les éléments rebelles fondent sur la présidence, je distingue les premiers coups de feu".

"Les combats, extrêmement violents, commencent au beau milieu des jardins et des bâtiments. Au centre de la capitale, le Palais est adossé au fleuve Chari. L’avantage, c’est que nous ne défendons qu’un seul front. Nous déplorons des pertes, mais nous parvenons à repousser les vagues d’assauts successives".

Dans le palais présidentiel, le président dirige les opérations depuis ses appartements privés. À quelques centaines de mètres, les combats font rage, y compris dans l’enceinte de la zone présidentielle. La garde se bat et les hommes tombent en grand nombre dans les rangs rebelles. Les balles sifflent et impactent les murs de la villa du président.

"Je suis resté avec la garde rapprochée, au pied de la villa avec mes moyens de communication, mon Beretta et ma kalachnikov empruntée à la garde. Une accalmie semble se dessiner. La garde a-t-elle repoussé les assaillants ? Idriss Déby est toujours à la manœuvre, il ne sort toujours pas. Nous finissons par briser la vague d’assaut dans le secteur que nous défendons".
"J’aperçois devant moi un soldat rebelle qui s’est fait surprendre par la garde. Il s’enfuit, mais  trébuche et tombe à terre. Le voilà derrière la ligne de front que nous formons. Les hommes  s’apprêtent à l’exécuter et commencent à le malmener. Je lève le bras et hurle pour que cela  cesse, nous en ferons un prisonnier. Celui-ci a eu de la chance, l’absence de danger immédiat à cet instant et le reflux des assaillants m’ont permis d’obtenir que sa vie soit épargnée. D’autres rebelles n’auront pas eu la chance de croiser mon chemin. Les combats durent toute la nuit, mais au petit matin il n’y a plus d’assaillants dans la présidence. Les soldats de Timan Erdimi refluent."   


Le chef de l'Etat "ne comprend pas comment des rebelles ont pu traverser tout le Tchad jusqu'au palais présidentiel sans être repérés", mais "il est ravi de la façon dont l’armée tchadienne a finalement mis en déroute les soldats rebelles".

La création du centre d'opérations

L'agent Gadoullet déroule le scénario de l'attaque et identifie "l'énorme troue" qui sape le système de surveillance du Tchad. Après avoir créé deux bataillons présidentiels bien entrainés, il veut mettre au point un dispositif capable de renseigner l'Etat-major en permanence. Il prolonge son séjour à N'Djamena.

Il propose au chef de l'Etat de créer un centre d'opérations (CO) au sein de la Présidence, "doté d’un réseau capable de l’informer en temps réel de la situation sur l’ensemble du territoire", avec pour objectif de connecter les différentes antennes du réseau de renseignement à un central.

"Il y a urgence, car je n’ai aucun doute que les rebelles reviendront. La tâche n’est pas démesurée : en réalité le maillage du terrain est déjà effectué, le réseau de renseignement existe", explique Gadoullet.

Un vieux bâtiment colonial français désaffecté au sein du Palais est mis à disposition et les travaux sont financés par le Tchad. Le centre opérationnel est organisé "comme un centre opérationnel (CO) français". Puis, le Président vient inaugurer cette nouvelle structure qui compte une dizaine d'officiers, "collectant des informations et mettant à jour en permanence la situation tactique".

A l'intérieur du CO, une immense carte du Tchad, des ordinateurs, et des radios pour rester en contact avec le terrain. "Je ne me suis pas trompé : les rebelles n’ont pas dit leur dernier mot. Ils reviennent en 2008, encore plus nombreux, encore plus lourdement armés. Mais cette fois-ci le centre opérationnel les détecte dès qu’ils franchissent la frontière".

A suivre : La bataille du 2 février raconté par un agent secret français