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INTERVIEW

Tchad: "Les intouchables ne seront jamais emprisonnés, les tchadiens en ont marre", Younous Mahadjir


Alwihda Info | Par - 16 Avril 2017 modifié le 16 Avril 2017 - 09:12

Le vice-président de l'Union des Syndicats du Tchad (UST), Younous Mahadjir, dans une interview accordée à Alwihda Info, condamne l'assassinat de dix prisonniers en voie de transfèrement à la prison de Koro Toro. Il souligne qu’il s'agit d’une suite logique de la mauvaise gouvernance au Tchad.


Le président de l'Union des Syndicats du Tchad (UST), M. Younous Mahadjir.
Le président de l'Union des Syndicats du Tchad (UST), M. Younous Mahadjir.
Le vice-président de l'Union des Syndicats du Tchad (UST), Younous Mahadjir, dans une interview accordée à Alwihda Info, condamne l'assassinat de dix prisonniers en voie de transfèrement à la prison de Koro Toro. Il souligne qu’il s'agit d’une suite logique de la mauvaise gouvernance au Tchad. Par ailleurs, il indique que la recrudescence de l'insécurité au pays et la mauvaise gouvernance pourront inciter un jour, les Tchadiens, à se rebeller contre le système en place.

Alwihda Info. Comment expliquer ces successions de violences meurtrières à l'intérieur du pays, alors que le Tchad se démarque de ses voisins, tant bien que mal, dans la protection de ses frontières ?

​Younous Mahadjir : Pour nous ici, au niveau de l’UST, c’est le résultat de la mauvaise gouvernance, tout simplement. Comment les gens gèrent ce pays là, comment les gens le gèrent dans le cadre de la sécurité, comment ce pays est mal gouverné ; de ce fait, c'est la suite logique de la mauvaise gouvernance.

Nous regrettons que ceci arrive et qu'il ait des perte de vies humaines. Quelques fois, certains sont totalement innocents et à cause des comportements liés à la mauvaise gouvernance que nous vivons aujourd'hui, ces innocents perdent leur vie.

Un climat dangereux règne avec l'arrestation de plusieurs membres de la société civile...

Les personnes ne sont plus en sécurité. Même au niveau de la société civile, on interpelle les gens n'importe comment, sans respect des normes ou des textes en vigueur. On ne peut pas du tout comprendre, ni expliquer comment peut-on en arriver à cela, que des individus ne soient pas bien protégés pour leur transfèrement, et puis, ont les tuent allègrement, sans difficultés pour le faire. Nous sommes vraiment surpris.

Donc les autorités se trompent d'ennemi ?

Je pense personnellement que c’est très grave. Les autorités nationales, surtout le gouvernement et particulièrement les services de sécurité, au lieu d’harceler les travailleurs ou les membres de la société civile et certains partis politiques qui ne font que parler et dire la vérité, devraient plutôt beaucoup plus s'occuper à sécuriser la population et chercher à solutionner tout problème d'insécurité en frappant fort les délinquants qui se permettent d'attaquer le pouvoir public, parce que c’est avant tout l’attaque contre le pouvoir public, contre la sécurité publique, donc une attaque contre le gouvernement. Ça veut dire que le gouvernement est attaqué au fond et qu'il devrait se remettre en cause.

Cette tendance à la justice privée prend des proportions inquiétantes...

Pourquoi ? Pour nous, c’est le résultat de la mauvaise gouvernance, de la mauvaise gestion du pays. La recrudescence brusque de l'insécurité est due tout simplement à la situation de la crise. La crise économique, sociale et financière a amené les gens à perdre les repères de leur vie. Ils se mettent à faire n'importe quoi.

Pour certains, c’est simplement un excès de zèle parce qu’ils ont tout et ils ne peuvent faire autrement que de provoquer le pouvoir public en le narguant par des attaques perpétrées par un individu ou bien du pouvoir lui-même avec des assassinats, parce qu’ils savent que ces gens qu'on appelle à un certain moment des intouchables, s’ils sont mêmes accusés de quelque chose, ils ne seront jamais emprisonnés. Ils ne seront jamais jugés normalement et passeront toujours entre les mailles.

On ne peut pas se permettre de tout ce qu'on veut faire, même dans une folie dont l'être humain est quelque fois capable.

Qu'attendent les tchadiens des autorités ?

Face à cette situation, le gouvernement doit exercer son rôle régalien qui est celui de juger réellement ceux qui ont commis ce crime et leurs complices. Les complices sont là, dans le système. Je pense qu'ils sont connus et qu'on n'a pas besoin d’aller loin. On se connaît dans ce pays là et dans ce village là. On connait les auteurs de cet assassinat et leurs complices. Surtout, s'ils ne sont pas pourchassés ou bien arrêtés, vous pensez que ça va s'arrêter ? Ça va continuer.

Que le pays respecte les normes ; quand on arrête un Tchadien, qu’on le juge normalement avec les normes républicaines. Mais, s’il y'a des gens qui s'en foutent de la loi du pays, que la justice est narguée à chaque fois et que certains juges sont complices, comment voulez-vous que ce pays puisse continuer autrement que dans l'insécurité, jusqu'à ce qu’il y ait explosion un jour ? Ça va de soi.

Il faut pourtant éviter l'explosion...

Il ne faut pas se voiler la face. C’est ça la réalité du pays. De la manière dont on gère, on va toujours continuer à entretenir l'injustice, à protéger certaines personnes, à essayer de faire le tribalisme, le népotisme et à responsabiliser certains qui vont avoir des moyens de vie à outrance pendant que d'autres vivent difficilement. Mais les Tchadiens en ont marre. Ils vont se rebeller contre ce système qui ne leur permet pas du tout de vivre dans l'aisance et surtout dans la sécurité.

Qui n’est pas menacé ? Tout le monde est menacé. Les gens qui ont des armes sont connus. On sait qui fait des actes depuis que le système du MPS est arrivé au pouvoir. On connait, j'en suis sûr, les personnes qui ont assassiné, ils sont connus mais ne sont jamais allés en prison. Mêmes tous ceux qui ont pillé le pays et détourné les deniers publics, ça aussi c'est un crime économique.

Justement, en parlant de crime économique, cela fait des années que la corruption est décriée, mais rien n'a été fait...

C'est ceux-là aussi qui nous ont amené à la situation de la crise socio-économique et financière qui a contribué à aggraver le climat d'insécurité. Il faut nécessairement respecter les normes du pays et l'être humain, en se conformant aux textes qui régissent le pays dans le cadre de la liberté et de la démocratie, en procédant au partage des biens publics et des responsabilités, ainsi de suite.

Propos recueillis par Djimet Wiche

Djimet Wiche Wahili
Journaliste, directeur de publication. Tél : +(235) 66304389 E-mail : djimetwiche@gmail.com En savoir plus sur cet auteur