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POINT DE VUE

Tchad: 'Les raisons de mes doutes sur Mahamat Nouri'


- 24 Septembre 2008 modifié le 25 Septembre 2008 - 17:22

Un jour de février 1979, il avait pris le contrôle du rond-point de la Fontaine de l’Union à Ndjamena avec un commando de combattants armés, lequel commando était sous ses ordres. Nouri avait fait trier et arrêter, sur la base des origines ethniques et des croyances religieuses, des cadres Tchadiens qui revenaient du travail. Les personnes arrêtées de manière extrajudiciaire n’ont jamais été revues. Certains parents des victimes ont récupéré les corps de leurs fils égorgés ou criblés de balles, des corps rejetés par le fleuve Chari. D’autres ne sauront, jusque-là, pas la vérité et devront passer leur vie avec leurs peines et questions sans réponses. Le cri du sang de ces civils nous enlève tout sommeil jusqu’aujourd’hui. Une question s’adresse à monsieur Mahamat Nouri : qu'est-ce que le commando qu’il dirigeait a fait aux personnes arrêtées en ce jour de février 1979?


Tchad: 'Les raisons de mes doutes sur Mahamat Nouri'
Le seigneur de guerre Mahamat Nouri : les raisons de mes doutes!

Il ya 18 ans, il s’agissait de nos maux d’aujourd’hui comme les problèmes sociopolitiques et économiques, la mauvaise gouvernance entrainant des lots protestations et tout ce que nous connaissons. Il ya 18 ans, nous avions choisi d’être les spectateurs de nos déchéances d’aujourd’hui plutôt qu’acteurs. Nous étions les spectateurs parce que nous étions bonasses. Nous avions accordé une indulgence démesurée à Idriss Deby qui allait décider de nos vies. Nous avions été naïfs dans les questionnements des projets de Deby et de ses visions pour le Tchad, de ses compétences, de sa volonté et de sa sincérité à mener la politique de la bonne gouvernance. Les rares Tchadiens qui avaient voulu prévenir les actuels problèmes étaient, d’une manière ou d’une autre, simplement muselés. En fin de compte, nos choix d’hier expliquent partiellement nos malheurs d’aujourd’hui et ce n’est pas fini.

Ce n’est pas fini, car les mêmes erreurs sont entrain d’être reprises lorsque nous abordons, par exemple, la question de la succession de Deby. Nous sommes irresponsablement disposés à accorder la même indulgence démesurée au successeur de Deby sous le prétexte qu’Idriss nous a beaucoup déçus. Certains parmi nous crient au meurtre et à la haine ethnique alors que nous ne faisons qu’exprimer un doute sur un candidat qui n’a pas de compétences reconnues pour diriger tout un pays. Mes doutes sur Mahamat Nouri sont motivés par des éléments qui n’ont absolument rien à voir une croyance religieuse ou un groupe ethnique. J’insiste sur cet aspect pour éclairer quelques fourbes qui chercheront à faire diversion en manipulant les fibres ethniques ou culturelles ou qui vont se réfugier dans des absurdités telles que la peur de l’autrui. Il s’agit plutôt d’un intérêt à connaitre le fond des pensées de l’autrui. Mes défiances concernent le grade et la signature morale de Nouri, ses compétences intellectuelles et transversales, ses opinions et ses projets sociopolitiques, sa vision du Tchad de demain. Si tu ne supportes de connaitre les raisons pour lesquelles je doute de monsieur Mahamat Nouri alors arrête ta lecture après ce point.

Premièrement : Ce qui vous parait si certain comme son grade de général de l’armée est très discutable.

Aujourd’hui, Mahamat Nouri n’a que ses participations à de nombreuses insurrections armées, parfois très sanglantes, et son grade militaire de général pour prouver aux Tchadiens qu’il est le plus compétent successeur de Deby. Or, là où Nouri et ses partisans misent à 95% pour se faire consacrer, c’est là que nous trouvons toutes les raisons pour douter de la capacité de diriger un pays de l’un des derniers lieutenants de Hissein Habré, encore en activité au Tchad.

En effet, le Tchad n’a jamais connu ce que c’est qu’une armée nationale professionnelle répondant aux normes minimales des armées des temps modernes. Ce qui est appelé armée nationale n’est en réalité qu’un groupement de plusieurs seigneurs de guerre dans un même corps plus ou moins organisé. Chaque chef de guerre vient avec ses lots de brigands armés, d’opportunistes, de bandits et d’errants de tout genre. Voilà la réalité de l’armée au Tchad où les seigneurs de guerre marchandent individuellement leurs grades auprès du chef de l’État, le roi des seigneurs. Ce n’est pas selon une compétence prouvée et mesurée ou mesurable, mais c’est selon les humeurs du roi, l’imminence d’un soulèvement ethnique ou l’appartenance à une tribu catégorisée influente que les grades militaires sont octroyés aux éligibles. Nous connaissons ces vérités qui se murmurent tout bas au Tchad parce qu’elles font la honte des Tchadiens.

Voilà la vérité sur la plupart des hauts gradés qui misent sur la méconnaissance des réalités Tchadiennes pour vous mystifier. Si les Tchadiens ouvraient leurs yeux pour voir, ils seraient interpellés par le fait que des nomades d’hier sont aujourd’hui plus gradés que le feu Hassan Djamous, celui-là qui fait l’unanimité au Tchad. Mahamat Nouri a beau être général, mais son grade ne prouve en rien ses compétences à diriger efficacement un pays.

Deuxièmement : Manque d’adresse politique.
D’âge, Mahamat Nouri est respectable. Il sera bientôt septuagénaire. Mais, politiquement il est immature. Son parcours n’a rien de très édifiant. Il est davantage connu pour le nombre de ses participations à de sanglantes insurrections armées inter-tchadiennes que ses actifs politiques. En imaginant le meilleur des scénarios et au meilleur de ses capacités, Nouri pourrait talonner le soldat Idriss Deby Itno d’aujourd’hui. Or, c’est justement ce que les Tchadiens ne veulent plus. Les Tchadiens attendent un homme nouveau qui peut faire mieux que Deby. La médiocrité du régime de Ndjamena est une raison supplémentaire pour refuser catégoriquement qu’un autre médiocre vienne singer Deby. Aussi, personne ne souhaite avoir comme président au Tchad un homme dissipé qui aura besoin de 10 ans pour comprendre et apprendre les méandres de la bonne gouvernance d’un pays.

Troisièmement : Auteur, Complice ou Innocent ?
La signature morale de Mahamat Nouri porte les mêmes marques distinctives que celles du célèbre dictateur Tchadien, aujourd’hui accusé de graves crimes au Sénégal. En effet, Nouri possède parmi ses actifs quelques actes ténébreux commis dans son passé. Un jour de février 1979, il avait pris le contrôle du rond-point de la Fontaine de l’Union à Ndjamena avec un commando de combattants armés, lequel commando était sous ses ordres. Nouri avait fait trier et arrêter, sur la base des origines ethniques et des croyances religieuses, des cadres Tchadiens qui revenaient du travail. Les personnes arrêtées de manière extrajudiciaire n’ont jamais été revues. Certains parents des victimes ont récupéré les corps de leurs fils égorgés ou criblés de balles, des corps rejetés par le fleuve Chari. D’autres ne sauront, jusque-là, pas la vérité et devront passer leur vie avec leurs peines et questions sans réponses. Le cri du sang de ces civils nous enlève tout sommeil jusqu’aujourd’hui. Une question s’adresse à monsieur Mahamat Nouri : qu'est-ce que le commando qu’il dirigeait a fait aux personnes arrêtées en ce jour de février 1979?

Bref, Mahamat Nouri n’est qu’un autre seigneur avec son talent à nuire. Il est l’un des derniers lieutenants de Hissein Habré encore en activité dans le giron politique Tchadien. Son passé couronné de nombreuses participations à des très sanglantes insurrections armées et son immaturité politique justifient les doutes qu’ont les citoyens Tchadiens sur cet individu. Il n’est pas l’homme nouveau qu’attend le peuple Tchadien. Mahamat Nouri n’a de compétence que sa capacité à mener une meute de prédateurs vers nos enclos. On ne peut se permettre de lui confier la gestion d’un pays en ce 21e siècle. La raison nous en interdit. Êtes-vous vraiment prêts à confier vos vies et celles de vos enfants à un autre lieutenant de Hissein Habré?

Joe Al Kongarena, librafrique.com