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REPORTAGE

Tchad : Les richesses innovantes du monde rural


Alwihda Info | Par ATPE - 21 Mai 2015 modifié le 21 Mai 2015 - 21:26

Des stratégies nationales de réduction de la pauvreté (SNRP) au plan national de développement (PND), la promotion d’une croissance économique soutenue et durable est retenue comme l’un des axes stratégiques majeurs pour favoriser le développement du Tchad. Après l’agriculture et l’élevage considérés à l’envi comme les « mamelles de l’économie », le pétrole prend une place de plus en plus prépondérante. Pourtant, de l’avis des économistes et autres observateurs avertis, la diversification des sources de production demeure indispensable. Aussi faut-il résolument voir du côté des potentialités existantes dans le monde rural tchadien, et en particulier celles qui apparaissent aux yeux des producteurs ruraux comme des richesses innovantes. Parmi celles-ci, il y a la spiruline et la gomme arabique.


Tchad : Les richesses innovantes du monde rural

La spiruline, entre nutrition et compétitivité 

La spiruline est une « merveille » que couve le Lac Tchad. Ce dernier est connu pour ses poissons et sa farouche résistance contre le changement climatique au cours des 40 dernières années. Cette immense mer intérieure d’Afrique est le biotope de la spiruline, une ressource qui recèle des enjeux économique, écologique, sanitaire et nutritionnel.

 

Un tour sur les bords du Lac Tchad permet de se rendre à l’évidence. Là-bas, des femmes récoltent une espèce d’algue qui se forme à la surface des eaux. Elles la filtrent à travers des paniers de vannerie serrée et obtiennent une purée d’un vert profond. Dans le langage local, elle s’appelle « dihé. » Un végétal qui sert à produire de façon naturelle la spiruline, un complément alimentaire connu et prisé de par le monde.

 

Un anti-cholestérol à bas coût 

Le dihé est une ressource qui possède des caractéristiques d’algue et de bactérie. Il est riche en protéines, en bétacarotènes, vitamines et fer. Il est aussi pauvre en calories et dépourvu de cholestérol. L’expertise scientifique atteste qu’en plus de ses vertus thérapeutique et cosmétique, il est imbu d’une valeur nutritionnelle incontestable.

 

Au niveau du Tchad, quelques partenaires techniques et financiers ont soutenu la production de cette ressource locale. Une initiative de l’Union Européenne et de la FAO a fait ses preuves. Il s’agit notamment du projet d’appui à la mise en place de la filière dihé (spiruline) au Tchad. Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Avec un budget de 1,7 millions de dollars US, 1600 femmes sont encadrées sur 14 sites de production, répartis entre deux régions : le Lac et le Kanem.

 

Par cette action, les deux institutions en collaboration avec l’Etat tchadien ont contribué à l’amélioration des techniques et des conditions d’hygiène des productrices pour la transformation, le conditionnement et la commercialisation du dihé. L’initiative porte du fruit. Les femmes encadrées peuvent produire un « dihé amélioré ». Au lieu des paniers de vannerie, elles filtrent désormais l’algue-bactérie dans les sols sablonneux des ouadis, puis elles la sèchent sous diverses formes : comprimés, galettes ou « spaghettis ».

 

Dans les années 1950, une mission scientifique a trouvé sur les marchés du Kanem des galettes séchées d’une teinte verte tirant sur le bleu. La mission se renseigne. Elle s’aperçoit que cette ressource que la population locale nomme dihé, provient des « masses d’un micro-organisme unique récolté à la surface des mares fortement alcalines et séché à même le sable des berges. » Les investigations confirment que le fameux micro-organisme est l’Arthrospira platentis. La spiruline.

 

La spiruline est en soi une ressource exigeante en termes de conditions physiques propices. Elle se produit sur un terrain spécifique. Aujourd’hui, les abords du Lac Tchad en sont le biotope par excellence.

 

« Sécuriser » avant d’industrialiser 

Mahamat Sorto, le coordonnateur du projet spiruline porté par l’Union Européenne et la FAO, est ferme. « La variété de spiruline produite naturellement au Tchad a des vertus nutritionnelles supérieures, en plus d’être cent fois moins chère que celle qui est vendue dans les pays développés. »

 

Aujourd’hui, le dihé coûte 5000 francs CFA le kilogramme sur le marché. Ce prix était cinq fois moins cher au milieu des années 2000. Les statistiques indiquent que sous sa forme améliorée, le dihé est produit et vendu par 500 femmes. La production est estimée à une dizaine de tonnes et les dividendes engrangés s’élèvent à environ 50 millions de francs CFA.

 

La spiruline a comme atout majeur d’être une « arme redoutable » contre la malnutrition, tout en constituant un soutien économique essentiel pour les communautés et particulièrement les femmes. De l’avis des experts, la production peut être multipliée par dix sans que l’équilibre écologique délicat, propice à la pousse naturelle de l’algue, ne soit perturbé. Est-ce à dire qu’il faut envisager une production industrielle de cette ressource au Tchad ?  

 

Le temps est sans doute venu de changer d’échelle dans l’exploitation de la spiruline au Tchad. Toutefois, il faut noter que cette ressource est également produite en masse par des laboratoires chinois. L’Empire du Milieu l’a même déclarée « aliment national ».

De ce fait, la certification du dihé tchadien devrait être une priorité avant toute production industrielle. Ceci aidera à garantir une exportation plus « sécurisée ».

Gomme arabique, l’indispensable sève   

Le Tchad est classé 2ème exportateur mondial de la gomme arabique. L’« or du désert » est un produit aux vertus qui surprennent. Alors que le Tchad dispose des atouts certains pour sa production, le pays semble ne pas trouver le levier approprié pour tirer un profit maximal de cette sève aux multiples vertus. 

 

La gomme arabique est un épandage de sève résultant d’un tronc d’arbre de la famille des acacias. La gomme peut être naturelle ou obtenue par l’incision de l’acacia. La production de la gomme brute provient essentiellement d’Afrique. Les statistiques indiquent que pour les années 2001 à 2010, les exportations sont estimées entre 25000  et 95000 tonnes, soit un volume moyen annuel de 50000 tonnes. Une quinzaine de pays exportent la gomme arabique au premier rang desquels, il y a le Soudan, le Tchad et le Nigeria. Ces pays fournissent plus de 90% de l’offre du continent.

 

La gomme arabique est une forme de glucide naturel qui se présente sous la forme d’un mélange de sel, de potassium, magnésium et calcium. Cette gomme a un goût fade et est inodore. Sa particularité et sa valeur résident en partie dans son aptitude à être soluble dans l’eau et insoluble dans l’alcool.

 

3ème produit d’exportation hors pétrole au Tchad

 

Utilisée pour coller des étiquettes, des enveloppes ou des timbres fiscaux, la gomme arabique est employée comme émulsifiant pour les huiles d’agrumes ou encore comme support pour les arômes. Elle stabilise les matières colorantes des vins rouges, sert au traitement de la peau et des blessures, assure l'imperméabilité des toitures et sert de fixatif pour les peintures. La gomme arabique est également utilisée pour solidifier les textiles et leur procurer la brillance.

 

Il y a quelques années, la tonne de la gomme est vendue à 4500 dollars US sur le marché international. La gomme est commercialisée sous forme de poudre ou de cristaux, non moulus, plus ou moins ronds, de couleur jaune blanche et jaune brunâtre. Au niveau du Tchad, pour valoriser cette richesse, les paysans qui récoltent la gomme sont formés au maintien de la productivité des arbres, au tri et ensachage pour une bonne conservation du produit.

 

Si l’on exclut le pétrole, la gomme arabique est le troisième produit d’exportation au Tchad après le coton et le bétail. Le pays a vu sa production augmenter au fil des ans pour atteindre actuellement environ 18000 tonnes par an. Ceci fait du Tchad, le 2ème exportateur mondial de la gomme arabique après le Soudan. Les zones de production sont réparties à travers le pays, avec un potentiel supérieur autour de la ville de N’Djaména, au centre et à l’est du pays.

 

Une spécialisation des producteurs est en cours 

Le Coordonnateur national de la Cellule Permanente de Suivi et circulation de l’information sur le Secteur Rural du Ministère du Plan et de la Coopération internationale, Abakar Souleymane, revient sur le modèle de suivi de ces productions qui constituent des richesses innovantes dans le monde rural tchadien. Il en profite pour rassurer que l’Etat  assure un accompagnement pour favoriser une spécialisation des producteurs. 

 

On observe un intérêt de plus en plus prononcé des acteurs ruraux vers des productions comme la spiruline, la gomme arabique ou le sésame. Comment expliquez-vous cette tendance nouvelle ?

 

L’explication est toute simple et elle se résume par cette expression populaire : « pas d’intérêt, pas d’action ! ». Les acteurs ruraux se sont donc tout simplement rendu compte que le programme de développement des filières, dont celles que vous avez citées, est promoteur et porteur d’espoir.

 

A travers ce programme, le Gouvernement tchadien et ses partenaires envisagent stimuler la production et la commercialisation de ces produits au profit du développement socioéconomique durable. Les acteurs ruraux ont vite compris cet enjeu et s’y sont engagés avec une parfaite adéquation avec la vision des gouvernants. Aujourd’hui, beaucoup d’entre eux ont connu un essor économique et social visible et incontestable. Et par devers eux, l’économie du pays aussi s’en trouve boostée !

 

Je voudrais émettre une petite nuance au sujet du sésame que vous avez cité parmi les filières, car à mon niveau, je sais qu’en plus de la spiruline et de la gomme, il y a plutôt la filière karité. Le sésame suscite certes ces derniers temps un intérêt particulier mais il ne fait pas encore partie des filières sous maîtrise d’ouvrage d’un ministère.

 

Quelles sont les dispositions prises au niveau public pour assurer le suivi de ces productions spécifiques ? 

 

Une importance capitale est accordée à l’augmentation de la productivité des exploitants et à l’amélioration de l’interface entre les exploitations familiales et les acteurs de ces filières, y compris les réseaux informels. A cet effet, une attention particulière sera accordée aux aspects transfrontaliers, aux liens ruraux-urbains, à la logique et au mode d’organisation des acteurs. Un accompagnement des organisations des producteurs vers une spécialisation est en cours.

 

Des synergies sont-elles développées avec les producteurs, les organisations non gouvernementales et les départements ministériels autour de ces productions précitées ?

 

Bien évidemment ! Comme je vous le disais tout à l’heure, il y a au niveau national tout un programme de développement des filières dont celles que vous avez citées. Ce programme coordonne et développe les synergies avec tous les acteurs de ces filières.

 

Par ailleurs, dans le cadre de ce programme, je voudrais pour soutenir mon propos relatif à l’importance que le Gouvernement accorde au développement de ces filières, citer le projet d’Appui à la Mise en place de la filière Spiruline, « Dihé » en langue locale, sous la maîtrise d’ouvrage de l’ancien Ministère de l’Agriculture et de l’Irrigation. Il est d’un montant de financement de 78.672.000 francs CFA. Il ambitionne de contribuer à la sécurité alimentaire et à la lutte contre la malnutrition par la valorisation de la spiruline.

 

Je citerais aussi le projet d’Appui à la Filière Gomme, sous la maîtrise d’ouvrage de l’ex Ministère de l’Environnement et des Ressources Halieutiques, qui est d’un montant de financement 2.952.000.000 francs CFA. Il vise justement l’augmentation durable de la valeur et des volumes de la gomme arabique produite et commercialisée au Tchad.

 

Encadré : 

Cap sur la Journée Nationale de la Gomme Arabique 

 

Le 29 avril 2015, le Ministre de l’Economie, du Commerce et du Développement Touristique, Aziz Mahamat Saleh, a présidé une réunion avec les différents acteurs et partenaires de la filière Gomme arabique dans les locaux de son Ministère. En plus d’engager des échanges et un partage d’expériences entre les acteurs de cette filière, la rencontre a vu éclore l’idée de l’organisation d’une journée nationale dédiée à la gomme arabique à l’échelle du Tchad.

 

La réunion du 29 avril dernier a aussi et surtout permis de retenir neuf points pour recadrer la réflexion sur le développement de la filière gomme arabique. Il s’agit notamment de l’organisation de l’interprofession, la cartographie, la stratégie de développement de la gomme arabique aux niveaux interne et externe, la qualité de la gomme arabique et la fiscalité adaptée. A cela s’ajoutent le certificat d’origine, l’organisation du marché pour résoudre le problème des intermédiaires, la recherche scientifique et l’élaboration d’un plan d’action cohérent pour faciliter le suivi de la filière.

 

C’est dire que le Tchad est plus que jamais engagé sur la voie de la mutualisation des synergies entre les acteurs. Une mutualisation dont le premier profit sera l’élaboration d’un schéma plus clair pour la valorisation de la gomme arabique au niveau du pays.

 

Dossier réalisé par Yamingué Bétinbaye



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