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INTERVIEW

Tchad/RCA : Interview de Ahmat Yacoub Dabio à l'Agence de presse Turque


Alwihda Info | Par - 28 Février 2014 modifié le 28 Février 2014 - 07:30

La crise centrafricaine et tout ce qui l’accompagne ont de conséquences considérables sur le Tchad. D’abord, les accusations qui planent sur les forces tchadiennes faisant étant de grande polémique sur les médias internationaux, en passant par le massacre des tchadiens en RCA, le chercheur politologue tchadien Ahmat Yacoub DABIO nous accorde une interview exclusive pour faire le tour de l'actualité de cette sale crise.


Interview réalisée par Mht Brahim, l'agence turque Anadolu

​Anadolu : le Tchad, à plusieurs reprises est mis sur le banc des accusés dans la crise centrafricaine. Certains organismes comme l’Observatoire des Droits de l’Homme (Human Right Watch) accusent leTchad d’être un facteur d’instabilité dans cette crise. Que pensez-vous ?

Ahmat Yacoub DABIO : Je ne crois pas que le Tchad puisse être un facteur d’instabilité en RCA parce qu’il faut remonter à l’époque où la colonisation française est arrivée en Centrafrique vers la fin de XVIIIe Siècle. A cette époque Il y’avait la traite des négrière où les pays arabes sont impliqués dans ce commerce aujourd’hui prohibé. La tribu des bantous et les pigmés sont pourchassés et traqués par les arabes musulmans pour le commerce d’esclavage. Les bantous et les pigmés ont subis des atrocités jusqu’à l’arrivée de colonialisme français. Ce qu’on voit aujourd’hui en RCA, a eu lieu à l’époque. Les bantous et les pigmés se sont alliés à la colonisation française pour se retourner contre les anciens maitres qui étaient les arabes. A cette époque, il y’avait une minorité musulmane centrafricaine qui était les peuls. Ces derniers ont collaboré avec les arabes. Les peuls ont été pourchassés et massacrés avec l’aide de la colonisation française. C’est pourquoi, après la colonisation française, jusqu’à l’arrivé de François Bozizé, on a jamais vu un musulman dans les hautes directions politiques, militaires ou administratives. On n’a jamais vu un musulman ministre ou général de l’armé. Bozizé, quand il a raté son coup d’Etat militaire à Bangui, Il s'est réfugié au Tchad. Il a pu rassembler les fils des émigrés musulmans centrafricains qui se trouvaient dispersés partout au Tchad, au Soudan, au Cameroun… pour faire d’eux le fer de lance de sa révolution. Il est arrivé à prendre le pouvoir avec leur aide en 2003. Les centrafricains ont découvert les musulmans dans les hautes fonctions de l’Etat. Ces musulmans se sont imposés. Ils sont devenus des généraux et des ministres. Par la suite, Bozizé a commencé par éliminer ces gens. Ils ont fuient, d’où la formation de Seleka. La Seleka, il faut le reconnaitre est formée en grande partie des musulmans qui ont réussi à prendre le pouvoir. La majorité chrétienne n'a pas digéré cette présence musulmane au sommet de l'état et face à cette opposition, les combattant éd. Seleka se sont mal comportés contre la résistance de l'an population d'où la création par Bozizé de la milice antibalaka. Et Avec la complicité de la France, cette milice à vaincu la Seleka. Et voilà à son tour, elle est en train de faire pire que la Seleka. En définitive, cette crise est purement centrafricaine et le Tchad n'a rien á voir. Maintenant, si vous dites que y'a eu des soldats tchadiens responsables des violations des droits de l'homme, il faut le prouver et les auteurs seront punis par la loi. Mais s'en prendre à des paisibles citoyens tel qu'on le voit à la télévision, c'est méchant et irresponsable.

Anadolu : Mais qu’est ce qui explique l’implication du Tchad dans cette crise, que vous qualifiez de purement centrafricaine ?

Anadolu: le Tchad est quand même intervenu en RCA quand ça tourne mal pour Seleka ?

Ahmat Yacoub: Le Tchad est présent en rca à la demande de la CEEAC et le jour ou on lui demande de se retirer, il le fera.
Est ce que ce n'est pas le président déchu qui a fait appel au Tchad?


Anadolu: et pourquoi cette animosité de la milice antibalaka contre les ressortissants tchadien?

Ahmat Yacoub Dabio: Peu avant de perdre le pouvoir, Bozizé a fait véhiculer des fausses informations selon lequelles Seleka est un groupe intégriste voulant instaurer en RCA un régime islamiste, grâce à l’aide du Tchad et du Soudan. Il a réussi à convaincre la tranche ignorante de la population pour prendre des armes. Il faut comprendre que 99 % de la population centrafricaine est ignorante. Ces gens sont victimes d'une manipulation grossière. Vous comprenez pourquoi s’attaque t- on aux camerounais, nigérians (plus de 200 nigérians tués selon le Ministère des affaires étrangères de Nigeria), aux sénégalais… même les 20% de musulmans centrafricains ne sont pas épargnés par cette folie meurtrière. Aujourd’hui, le Tchad est dans une mission claire et honnête et ça ne sert à rien d'extrapoler.


Anadolu : la démission de Djotodia, est une solution à la crise Centrafricaine ou erreur commise par les chefs d’Etat africains ?

Ahmat Yacoub Dabio: Je crois que Djotodia a pris la bonne décision même si son départ n'a pas calmé la situation. Sa démission a mis à jour les intentions de Bozizé dont l'objectif est de revenir au pouvoir à tout prix. De toutes les manières, la communauté internationale a décidé de pacifier la centrafrique. J'ai le sentiment que malgré cette folie meurtrière la Centrafrique serait dans les prochaines années un des pays le plus démocratique de la région.

Anadolu: dans votre débat télévisé sur France24, vous dites que le Tchad est victime d'une campagne de dénigrement? Pouvez vous nous expliquer pourquoi?

Ahmat Yacoub Dabio: Le Tchad est non seulement victime d'une campagne de désinformation mais il l'a subie depuis longtemps. A chaque fois que se déclenche un conflit chez nos voisins, les ressortissants tchadiens paient initialement le prix. Nous avons vu en Libye, au Nigeria et aujourd'hui en RCA. Pourquoi? Puisque Nous avons aussi notre part de responsabilité dans cette faille de communication. Contrairement à ce que nous croyons nous communiquons très mal. Il est temps de combler ce vide.

Anadolu: comment pensez vous combler ce vide?

Ahmat Yacoub Dabio: il faut étudier une autre vision de communication en renforçant les vrais débats, en créant des centres de communications par exemple. Il nous faut autre stratégie de communication, une sorte de parapluie médiatique.

Anadoulu: dites nous un peu pourquoi le Tchad était réticent pour l’envoi des casques bleus en RCA ?

Ahamat Yacoub Dabio: Les africains ne comprennent pas pourquoi l’Afrique est incapable de se prendre en charge. L’Afrique indépendante doit se prendre en charge. Nous sommes au XXIè siècle. On n’a pas besoin de faire toujours appel à la France ou à l’ONU. C’est l’idée générale de l’africain. mais si le soldat africain n’arrive pas à mettre de l’ordre dans sa case, pourquoi ne pas demander l’aide de l’ONU.

Anadolu: Mr Ahmat, la crise centrafricaine a duré depuis presque un an mais les pays arabes garde un silence total. Qu’est ce qui se passe selon vous ?

Ahmat Yacoub Dabio: je me suis aussi posé de questions sur ce silence! (...) Même en zapant les chaînes arabes, on ne les trouves pas prendre la peine d'évoquer la crise en centrafrique. C'est dommage.

Anadolu: Enfin, pouvez vous nous parler de l'objectif du sommet des ombudsman africains auquel vous avez assisté à Johannesburg?

Ahmat Yacoub Dabio: le sommet vient de prendre fin avant hier et son objectif était d'étudier le rôle des médiatures africaines dans le renforcement de la bonne gouvernance et de la démocratie en Afrique. C'était un sommet exceptionnel organisé conjointement par le centre des recherches des médiateurs africains (CROA) et l'association des ombudsman et médiateurs africains (AOMA). C'est à dire que la mediature en Afrique est en train de décoller en sortant de son rôle classique, celui de statuer sur les problèmes qui opposent l'administré à l'administration mais elle doit jouer désormais un rôle hybride. C'est à dire en plus de son rôle classique, elle doit défendre les droits de l'homme et combattre la corruption. En bref, elle doit jouer un rôle dans le renforcement de la bonne gouvernance et la démocratie en Afrique. Le sommet s'est penché aussi sur l'indépendance de la mediature, son rôle et sa mission et sur Le nouveau partenariat avec l'union africaine qui était présente à la conférence.

Mahamat Ramadane
Journaliste-reporter Alwihda Info. Tél : +(235) 63 38 40 18 En savoir plus sur cet auteur

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