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Tchad: lettre ouverte au Porte-parole du Gouvernement


Alwihda Info | Par - ҖЭBIЯ - - 11 Juillet 2008 modifié le 11 Juillet 2008 - 03:51

Nous ignorons encore les véritables « mobiles cachés » du dit communiqué aux relents plutôt d’un appel au soulèvement d’une communauté contre une autre. Nous ne pouvons, néanmoins, nous empêcher de réagir car la chose est grave et d’utilité publique. Il y va de la Souveraineté nationale et de l’Unité du pays : le drapeau national, symbole de cette Souveraineté et de cette Unité, a été enlevé et remplacé par un simple morceau de tissu blanc. Ainsi, pendant un moment le Tchad a cessé d’exister dans cette partie du territoire national.


Tchad: lettre ouverte au Porte-parole du Gouvernement
Michelot Yogogombaye

Président du Bureau Exécutif du Conseil National du RDPL

Case Postale 3423

CH- 2500 Bienne 3

Suisse.



À son Excellence

Mahamat Hissein

Ministre de la Communication

Porte parole du Gouvernement du Tchad

N’Djaména, Tchad.



Monsieur le Ministre,

Dans le Communiqué rendu public le 10 juillet 2008 sur le site officiel de la présidence de la République, le Gouvernement de la République du Tchad dont vous faites partie, s’est dit « surpris » —comme toujours en pareils cas— « par la politisation que fait M. Djibrine Assali Hamdallah de sa défection de l’UST » ; que « Cette brusque démission est une véritable fuite en avant et cache, en réalité, des raisons plus profondes ». En d’autres termes, tout en se laissant « surprendre » comme ce fut le cas dans la disparition du Professeur Ibni Oumar Mahamat Saleh, le Gouvernement de la République accuse le citoyen Djibrine Assali Hamdallah de complicité active avec le marabout Ahmat Ismaël Bichara, instigateur des attaques de Kouno du 29 juin dernier : « au lendemain de la tragique affaire de Kouno, les premières investigations ont permis de découvrir que le Secrétaire général de l’UST [Djibrine Assali Hamdallah] entretient « des liens douteux avec le marabout Ahmat Ismaël Bichara. Plusieurs documents personnels de M. Assali Hamdallah ont été retrouvés dans le camp de l’illuminé à Kouno ».

Pour finir, le communiqué du Gouvernement« informe que l’ancien Secrétaire général de l’UST serait au Soudan », et « condamne la confusion des rôles à laquelle s’adonnent certains responsables de la société civile ».

Bravo Monsieur le Ministre de la Communication ! Bravo ! Bravo Monsieur le Porte parole du Gouvernement qui se laisse toujours surprendre par des événements aussi grave que les atteintes à l’unité du pays, la remise en question de la souveraineté nationale ; l’atteinte à l’intégrité et à la sécurité des biens et des personnes de ses concitoyens. Bravo Monsieur Mahamat Hissein ! Tout simplement bravo !

Nous ignorons encore les véritables « mobiles cachés » du dit communiqué aux relents plutôt d’un appel au soulèvement d’une communauté contre une autre. Nous ne pouvons, néanmoins, nous empêcher de réagir car la chose est grave et d’utilité publique. Il y va de la Souveraineté nationale et de l’Unité du pays : le drapeau national, symbole de cette Souveraineté et de cette Unité, a été enlevé et remplacé par un simple morceau de tissu blanc. Ainsi, pendant un moment le Tchad a cessé d’exister dans cette partie du territoire national.

Monsieur le Ministre,

Le déroulement des événements du 29 juin 2008 à Kouno a été rendu public par un « mémorandum » incendiaire de son instigateur, déjà, le 3 juin. C’est-à-dire 25 jours se sont écoulés entre l’intention déclarée et le passage à l’acte du marabout Ahmat Ismaël Bichara et ses adeptes. Entre temps, quelles ont été les mesures que le Gouvernement avait « raisonnablement » pris pour prévenir ces attaques ? Comment le Gouvernement se soit dit « surpris » par ces événements qui ont été publiquement annoncés 25 jours avant leur déroulement? Quel est le niveau et la nature des « 1ères investigations » qui ont permis au Gouvernement de découvrir l’implication (directe ou indirecte) de Monsieur Djibrine Assali Hamdallah dans les attaques de Kouno ? Quelles sortes de document de Djibrine Assali le Gouvernement a trouvé chez le marabout-gourou de Kouno ? Qu’entendez-vous par « liens douteux » ? Le marabout Ahmat Ismaël Bichara a-t-il obtenu un permis de construire pour sa Mosquée à Kouno ? Si oui, quelle est l’autorité qui lui a accordé permis ?

Au moment de la publication du reportage radio télévisé de France 2 sur « Tchad : l’Enfance enchaînée », votre gouvernement avait déclaré ne pas être au courant que de telles pratiques aient lieu ; et que des mesures ont été prises pour les prévenir. Comment ça se fait-il que le gouvernement n’ait pas pu (encore) prévenir les événements de Kouno ?

Selon et pour le Gouvernement, les événements de Kouno auraient dû « normalement » ou même « absolument » ne pas être évités ? Étant donné que le symbole de la souveraineté et de l’Unité nationales a été remis en question sous les yeux et à la barbe des représentants de l’Etat (gouverneur, Préfet, Sous préfet etc.), le peuple tchadien est-il en droit de savoir de quel pays il est et quels sont ceux qui sont censés garantir sa souveraineté et son unité ?

En attendant que vous nous apportiez des réponses claires, concises et rassurantes à ces questions, permettez-nous, monsieur le Ministre, de vous dire que vous nous dégoutez. Et, tout en étant ébahis de cette manière de traiter une affaire aussi grave et douloureuse que la remise en question de la Souveraineté et de l’Unité du pays, nous tenons à vous faire part aussi de notre indignation et de notre condamnation de ce qui est, ni plus ni moins, une manipulation criminelle, un appel aux affrontements interreligieux et interethniques, de la part d’un Gouvernement censé travailler à la prévention de tels événements et à la consolidation de l’unité du pays.

En effet, monsieur le Ministre,

Hier ce sont des « documents et autres cartes d’identité d’Al Quaida, signés de la main de Oussama Ben Laden que votre Gouvernement a saisis sur des « mercenaires à la solde du Soudan » faits prisonniers à N’Djaména, suite à des attaques du mois de février 2008. Le peuple tchadien, envahi par les éléments de la nébuleuse Al Quaida, attend toujours que son gouvernement lui dise un peu plus sur ces documents d’Al Quaida, saisis en plein cœur de N’Djaména. Et aussi de savoir ce que deviennent les mercenaires d’Al Quaida arrêtés et leurs documents?

Aujourd’hui, alors que gémissant et essuyant difficilement ses larmes suite à la publication sur le site Internet www.tchadactuel.com de la « nouvelle du macabre assassinat » du professeur Ibni Oumar Mahamat Saleh, le peuple tchadien est suspendu à vos lèvres pour avoir de la consolation, sinon des explications, du moins de l’apaisement. Au lieu de cela, vous avez choisi la délation, le cynisme, bref vous appelez à des affrontements intercommunautaires entre Hadjeraï et « Sara ». C’est scandaleux !

Monsieur le Ministre,

Par les temps qui courent, il est vrai, le monde est infesté par des « marchands de mort ». Il se pourrait que Monsieur Djibrine Assali Hamdallah que nous connaissions, soit retourné de sa rectitude morale et de sa probité intellectuelle. De ce fait, nous accordons le bénéfice du doute à vos allégations, le temps que toute la lumière soit faite sur ces accusations graves pour ne pas dire cet appel aux affrontements interethniques. Nous en prenons acte !

En attendant, Monsieur le Ministre, permettez-moi de vous dire à titre personnel que je fréquentais trois années durant, successives, l’Université du Tchad avec Djibrine Assali Hamdallah, qui était déjà, à l’époque, fonctionnaire mais tenait à obtenir une Licence en Droit et Techniques Juridiques. Nous appartenions toujours au même groupe de Travaux Dirigés(TD) de la 1ère à la 3ème année de Licence. Monsieur Souroumbaye Djébadjion était notre professeur de TD en Droit civil ; Monsieur Bichara Idriss Haggar nous enseignait l’Histoire des institutions Publiques du Tchad ; Monsieur Baniara était notre professeur de Droit coutumier tchadien ; le feu Abderaman Dadi nous enseignait le Droit administratif ; Monsieur kassiré Delwa Coumakoye était notre professeur de Droit constitutionnel ; Alain Moyrand était notre Chef de Département tandis que feu Marc Béringaïn était le Doyen de notre faculté. Non, ce Djibrine Assali là, ne saurait se compromettre avec un marabout de 28 ans qui pourrait être son fils biologique !

Monsieur le Ministre,

Je suis moi-même ngambaï, natif de Tapol (Mbaïnamar) dans le Logone occidental et de confession chrétienne après avoir été à l’initiation (Lao). J’avais entamé les études universitaires en 1985, sans bourses comme tous les étudiants de 1ère année de cette époque au Tchad! Très souvent, c’était chez Djibrine Assali, notre collègue que nous nous retrouvions le soir, parfois tout un week-end, pour étudier, analyser et commenter les arrêts des tribunaux, bref préparer les contrôles continus et autres examens partiels. Djibrine Assali qui était aussi étudiant mais avait de moyens (il travaillait) nous nourrissait. Il y avait là parmi nous des musulmans et des non musulmans. Aux heures de prière, souvent Djibrine nous proposait, à nous les non musulmans, de prendre du thé (Chaï Akatar) en attendant que eux, les musulmans, finissent leur prière! C’était passé ainsi de 1985 à 1988. je ne crois pas que ce Djibrine là soit devenu subitement islamiste, brûleur des églises et cases des chrétiens et animistes du sud du Tchad.

Monsieur le Ministre,

Je n’ai pas l’habitude de prendre publiquement position contre le Gouvernement de mon pays depuis que j’ai été contrait à l’exil. Si, cette fois, je me suis permis de le faire au nom de la formation politique que j’anime, c’est je trouve cette affaire suffisamment grave pour le faire. Nous sommes indignés et dégoûtés, non seulement par les termes de votre communiqué mais aussi et surtout par les circonstances, le moment et les raisons de sa publication.

Djibrine Assali Hamdallah est une figure charismatique du syndicalisme tchadien. Il avait beaucoup rendu service à son pays par son engagement syndical. Bien sûr, en tant qu’être humain, il a ses faiblesses. Mais force nous a été donner de constater qu’il avait mis son savoir-faire au service de l’UST et de l’avènement du dialogue social au Tchad. Son engament syndical a permis de faire connaître le Tchad et le syndicalisme tchadien dans le monde entier. Il faisait ce travail colossal et admirable, souvent sans intérêt, dans l’abnégation et au détriment de sa vie familiale.

Nous en voulons pour preuve cette anecdote : en mai/juin 1992, à l’occasion de la formation du gouvernement du feu PM Joseph Yodoyman, il était question que l’UST soit représenté au Gouvernement. Djibrine Assali Hamdallah qui en était le Secrétaire Général nous réunissait, « Nous » membres du Bureau de l’UST pour désigner un des « Nôtres » qui devait entrer au Gouvernement. L’ensemble des membres présents du Bureau de l’UST moins une voix (celle d’Assali), avaient proposé Djibrine Assali Hamdallah pour entrer au gouvernement. Mais à notre grande surprise, Djibrine avait proposé au Bureau de choisir entre Monsieur Nabia (un sara-kaba) et Yogogombaye (ngambaï) pour occuper la chaise de l’UST dans ce Gouvernement. Au final, Monsieur Yogogombaye s’était désisté pour cause de parenté avec Yodoyman et finalement c’est Nabia que nous avons choisi pour représenter l’UST au Gouvernement de feu Joseph Yodoyman de juin 1992. Voilà le Djibrine Assali que nous connaissions. Nous ne croyons vraiment pas que ce « Djibrine Assali-là puisse être capable se compromettre consciencieusement avec un marabout de 28 ans qui pourrait être son fils ! Ce « Djibrine Assali-là ne peut pas être « islamiste », s’associant avec des malfaiteurs pour brûler les cases des chrétiens et autres animistes du sud du Tchad. Non, Monsieur le Ministre, c’est dangereux, c’est cynique et criminel de se livrer à de telle manipulation. Ce n’est pas digne d’une autorité nationale !

Monsieur le ministre,

La Colonisation nous a légués un « embryon d’Etat et de la Nation » superficiels et fragiles. Le début de la gestion publique de cet Etat obtenu sans préparatifs a été chaotique pour finalement envoyer aux éclats notre Etat-nation le 12 février 1979. Cette année-là, souvenez-vous, Monsieur le Ministre, les médias occidentaux titraient : « Tchad, Etat Néant ». Car tout ce que nous avions comme pays et Etat était morcelé en 11 principautés avec chacune à sa tête des chefs de guerre qui saignaient la population. Valérie Giscard d’Estain, satisfait de voir l’unité du Tchad ainsi brisée déclarait en mars 1979 : « maintenant, chacun est chez soit.. » faisant allusion au repli des sudistes au Sud. Les tchadiens étaient désespérés. Il a fallu le bon sens et le nationalisme des tchadiens pour refuser la partition du Tchad en deux. La constitution (adoptée par référendum)de 1989 avait recollé les débris cet Etat-Néant et remis le Tchad sur les rails. Mais c’était sans compter avec les ennemis du peuple tchadien. Depuis lors, Monsieur le Ministre, le Tchad qui avait pour la nième fois raté son rendez-vous avec l’histoire, souffre. Oui, le Tchad notre pays va mal. Mais le démon est encore endormi, heureusement. Ce n’est pas le moment ni le rôle d’un gouvernement de le réveillez maintenant! Car, Monsieur le Ministre, au delà des cases et églises brulées ; au-delà de vies humaines perdues, il y a dans cette histoire, quelque chose de plus grave qui s’est passée : le drapeau national, symbole de la Souveraineté de l’Etat et de l’Unité du pays, a été purement et simplement retiré du mât officiel pour être remplacé par un simple morceau de tissu blanc ! Le peuple tchadien attend de son Gouvernement une réaction à la hauteur de cet acte de haute trahison et d’insulte aux couleurs nationales et non du racolage burlesque.

Enfin, Monsieur le Ministre, permettez-nous de vous rappeler que vous faites partie d’un Gouvernement dont le Président a prêté serment devant Dieu et devant la Nation de défendre la constitution, l’unité du pays et l’intégrité territoriale du Tchad !

Je vous remercie de votre aimable attention.

Michelot Yogogombaye.


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