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POINT DE VUE

Tchad: nous refusons l’embarquement


Alwihda Info | Par - Җ€BIЯ - - 9 Mars 2008 modifié le 10 Mars 2008 - 16:50

Voyons ensemble les tenants et les aboutissants de cette navigation à vue. Nous allons inventorier quelques propos illustrant cette tragi-comédie à la “Misérables”. Ce n’est parce que c’est la seule pièce maitresse de Victor Hugo mais à titre d’illustration, la pièce est très appropriée. Nous vous informons aussi que nous n’allons pas nécessairement identifier tous les acteurs auxquels nous allons attribuer certains propos. Nos lecteurs peuvent facilement les reconnaître.


Tchad: nous refusons l’embarquement

Par Dr Djimé Adoum, tchadnews.info

Cet article s’articule autour des deux mots qui composent le titre : “nous” et “embarquement”. Nous essaierons de les placer dans le contexte tchadien pour voir dans quelle mesure nous pouvons tirer quelques enseignements.

Ce “nous” c’est le peuple tchadien dans sa totalité et sa diversité tribalo-ethnique. Ce peuple qui aspire à la paix, à la justice et à l’équité. Peuple qui ne veut ni plus ni moins que l’établissement d’un état de droit organisé autour d’une démocratie réelle où les citoyens jouiront de tous leurs droits constitutionnels et participeront pleinement dans le jeu démocratique afin de choisir librement leurs dirigeants parmi ceux qui auront proposé des projets de société dont l’objectif sera d’abord et avant tout de satisfaire les besoins de la société tchadienne dans son ensemble, sans discrimination.

“L’embarquement” c’est le bateau dans lequel se trouve le peuple tchadien et qui navigue à vue depuis bientôt 48 ans. Cette navigation à vue a pris des proportions inquiétantes ces derniers temps. Non seulement le bateau a chaviré, mais se trouve dans les ténèbres les plus profondes. Ténèbres si profondes que si les tchadiens ne font pas attention, nous risquerons de ne plus sortir.

Voyons ensemble les tenants et les aboutissants de cette navigation à vue. Nous allons inventorier quelques propos illustrant cette tragi-comédie à la “Misérables”. Ce n’est parce que c’est la seule pièce maitresse de Victor Hugo mais à titre d’illustration, la pièce est très appropriée. Nous vous informons aussi que nous n’allons pas nécessairement identifier tous les acteurs auxquels nous allons attribuer certains propos. Nos lecteurs peuvent facilement les reconnaître.

Nous voulons aussi situer la scène dans le cadre de la nouvelle génération depuis les 18 dernières années. Nous disons à priori que rien n’a marché au Tchad mais comme la nouvelle génération pourrait ne pas se rappeler des faits des années précédant 1990, nous avons jugé utile de prendre l’année 1990 comme référence. C’est en partie aussi dû au fait que celui que Fombone a accompagné au pouvoir a bel et bien déclaré n’apporter aux tchadiens ni or ni argent.

Revenons à l’embarquement. Du concept de ni or ni argent nous sommes arrivés à “Je prends cet engagement publiquement: je ne serai pas candidat à l'élection présidentielle en 2006. Je ne modifierai pas la Constitution quand bien même j'aurais une majorité de 100% ! Je le dis haut et fort : ce qui me reste à faire au cours de mon dernier mandat, c'est de préparer le Tchad à l'alternance au pouvoir, une alternance démocratique, pacifique, sans rupture. Je veux que ce pays passe d'une étape à une autre, en douceur, sans déchirure. Voilà la responsabilité qui sera la mienne. Je l'assumerai quoi qu'il arrive. » Déclaration du Président Idriss Deby.” Malheur à ceux de nous qui y ont cru ! Fast forward : Nos illustres parlementaires et en se référant à un adage commun “Dieu seul sait dans quelle condition ils ont été élu” ont jugé opportun de faire du président Deby président à vie. Ils savent qu’ils ne représentent pas le peuple. Ils sont tout simplement des trafiquants d’influence. Ils ont tordu le cou à l’Article 61 de la Constitution. Le reste sans commentaire.

Des évènements du 13 avril 2006 à ceux de février 2008, le rais français monte au créneau pour sauver un “gouvernement légal”. Ceux qui ont failli déboulonner l’occupant du palais rose se heurtent à leur jeu favori tribalo-ethnique. Rien à faire. La françafrique entre dans la danse, le système des Nations unies est mis en alerte et c’est bon pour l’occupant du palais rose.

La France n’y est pour rien. Nous ne savons pas où se trouvent Ibni, Lol et Yoro martèlent les ministres Bachir et Kouchner. Lol est finalement retrouvé en prison en très mauvais état. Les ministres Bachir et Kouchner nous apprennent que Yoro apparaîtra d’un moment à l’autre.
Le président Sarkozy se rend au Tchad et nous apprend de nouveau les raisons qui l’ont emmené à sauver le “gouvernement légal”. Attention, ce n’est pas le président Sarkozy qui le dit. C’est l’Union africaine qui le dit. Il ajoute tout de même que ce n’est pas parce qu’un gouvernement est “légal qu’il peut faire du n’importe quoi”. Pas mal! Le rais français arrache le concept d’une commission internationale pour faire la lumière sur les attaques à laquelle on ajoute la disparition des hommes politiques. Toujours pas de nouvelles de Yoro et de Ibni. La nouvelle première dame de France rencontre l’épouse du Dr Ibni Oumar Mahamat Saleh. Le président Deby lui emboite le pas en voulant rencontrer la même famille. Pas un seul mot sur la famille de Yoro.

Bien que rien n’a abouti, Yoro sort des cimetières et nous apprend ce qui se serait passé dans les geôles par rapport à Lol et Ibni. Niet rétorque Lol et qu’il n’aurait pas du tout vu Yoro et nie avoir été tabassé. Il entonne qu’il connaît bien les politico-militaires et qu’ils sont ses amis. “Ils sont choisi la guerre mais lui a choisi la démocratie”. Wow! Modification de la constitution, présidence à vie, etc. De tout ce qui précède, on est tenté de se demander si les Tchadiens ne seraient pas entrain de faire un mauvais rêve.

Du cimetière à la terre de nos “ancêtres les gaulois”, le gouvernement français propose l’asile politique à Yoro. Le rais français rencontre Hicham, fils ainé du Dr Ibni Oumar Mahamat Saleh. Les objectifs et la composition de la commission internationale sont élargis. Le président Déby passe sur France 24 et dit n’avoir aucune idée sur le sort du Dr Ibni Mahamat Saleh. Pouquoi seulement Ibni et les autres tchadiens qui sont morts, retorque-t’il à la question de Hicham Ibni Oumar posée sur France 24.

De l’asile politique à l’incertitude autour du Dr Ibni Oumar Mahamat Saleh, du pardon pour l’Arche de Zoé, du besoin très urgent d’indemniser les parents des 103 enfants tchadiens, du rejet des responsabilités dans le déboursement des indemnisations (ce n’est pas le gouvernement français – selon Kouchner), de l’augmentation des aides au développement pour satisfaire ce besoin, le Tchad sombre dans les ténèbres. Voici quelques indicateurs qui soutiennent le placement du Tchad dans les ténèbres :
· Satom arrache un gros contrat pour encercler la ville des digues de 3 m de largeur et 2 m de profondeur alors que les infrastructures d’évacuation d’eau sont vétustes
· La ville est dénudée des arbres historiques au motif que les politico-militaires s’y seraient abrités. Tant pis pour la conservation du patrimoine national et de la nature qui vont en fumée
· Les quartiers légendaires tel que Gardolé sont rasés
· L’état d’urgence est de rigueur
· Pays classé parmi les plus corrumpus de la planète et parmi les 5 plus pauvres
· Pays producteur de pétrole sans mécanisme de gestion du revenue pétrolier
· Les jeunes agés de 18 ans se perdent et ceux qui finissent le premier cycle sont sans emploi
· Plus de 700 ministres et 11 premiers ministres dans 18 ans (anarchie et farce sans ambiguité requises pour la cause de la géo-comédie).

Les éléments de ce récit démontrent à suffisance les manquements très graves avec leur corollaire d’atteintes aux droits de l’homme, à la dignité du tchadien et à la dilapidation tous azimuts des ressources nationales au profit d’une bande organisée de mafieux, causant des déchirements très profonds dans le tissu socio-culturel et tribalo-ethnique du pays.

Loin de nous l’idée de prescrire une conduite à tenir pour les amis du Tchad. Nous leur disons tout simplement que leur insistance et leur refus catégorique d’aider les tchadiens à sortir des profondeurs des ténèbres n’est pas soutenable à moyen et à long terme. Maintenir le Tchad dans ces ténèbres profondes aura comme conséquences très graves le développement de la haine de certaines communautés par rapport aux autres. Les approches morcelées de règlements ont depuis longtemps montré leur limite et il n’y a que ceux qui ne veulent pas voir le Tchad évoluer qui continuent à les prôner.

Le temps de trouver l’homme providence est révolu. Le dialogue inclusif s’impose. Dialogue qui permettra aux tchadiens et leurs amis de trouver une sortie de crise. De ce dialogue sortira un consensus pour aider le Tchad à amorcer la sortie des ténèbres et par l’adoption d’un canevas minimum. Le gouvernement français aura beaucoup plus à gagner. Continuer à soutenir à bout de bras un gouvernement dont les tchadiens dans leur grande majorité ne veulent pas sous le fallacieux prétexte de légalité fictive ne conduira qu’à radicaliser les populations qui demandent le changement. En réalité les efforts de sauvetage ne sont pas aussi compliqués que çà. La disponibilité de l’asile politique doit être remplacée par la mise en place d’un état de droit ou tout le monde pourra vaquer à ses occupations dans la quiétude et élire au lieu de recourir aux armes pour l’alternance politique.