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POINT DE VUE

Tchad ou pays de l’injustice sociale.


Alwihda Info | Par Delaville Sewingar - 5 Décembre 2012 modifié le 11 Décembre 2012 - 01:32

Comment parler de développement ou de bonne gouvernance lorsque le clientélisme sévit dans toute l’administration publique et la majorité des institutions privées? Le Tchad tiendra toujours la queue tant que la méritocratie et la compétence ne seront pas privilégiées. En un mot, arrêtons la promotion des médiocres et des improductifs.


Comment parler de développement ou de bonne gouvernance lorsque le clientélisme sévit dans toute l’administration publique et la majorité des institutions privées? Le Tchad tiendra toujours la queue tant que la méritocratie et la compétence ne seront pas privilégiées. En un mot, arrêtons la promotion des médiocres et des improductifs.
Ce qui se passe au Tchad est frustrant et inadmissible. Difficile de rester éternellement indifférent. Appelez-les comme vous voulez, le mal tchadien est protéiforme: recrutements sélectifs, exclusions sociales, promotions complaisantes, expropriations, iniquités, monopoles et jouissances des biens publics, impunités, mépris des semblables, etc. Ce sont là les causes d’inégalités sociales patentes qui laissent la majorité vulnérable à la récession.
Il est (presque) impossible d’obtenir un emploi par le mérite, si l’on a le malheur d’être issu d’une famille pauvre. Ce privilège est exclusivement réservé aux parents et amis des Ministres, Directeurs Généraux, Colonels, Généraux, Députés, Coordinateurs, DAF et chefs de service. Ainsi toute demande d’emploi, soumise sans appui, est une perte de temps. Les tests de recrutement, de façade sont organisés ça et là, alors que les postes sont déjà attribués, aux médiocres, de familles puissantes. Les appels d’offres sont publiés alors que le marché est déjà clandestinement concédé contre le versement de «10% ». Des jeunes enfants de moins de 30 ans sont promus aux grades de colonels, alors que les «autres» ayant 30 ans de loyaux services à leur actif, sont des gardiens de sécurité devant les entreprises. Les bourses d’études sont affichées, alors que les récipiendaires sont déjà à l’étranger. Les emplois se distribuent dans les débits de boissons, autour de la bière ou dans les restaurants, entre amis et parents.
Les responsables de l’administration publique se voient attribuer systématiquement des places au profit de leurs progénitures, incapables de réussir d’eux-mêmes, aux concours d’entrée à la police, à la gendarmerie, à la douane, à l’ENAM. Comme si les autres ne sont pas des Tchadiens.
Nombreux sont des responsables de l’administration publique qui usent de leur influence pour trouver des emplois à leurs proches et parents. L’intérêt collectif n’est guerre leur souci. Nommés pour se servir et non pour servir.
Dernièrement, le directeur d’une nouvelle institution bancaire a été menacé de mort, pour avoir refusé de recruter la nièce d’un colonel incapable d’écrire son nom, obligeant le pauvre directeur à se promener avec des gardes de corps dans sa voiture.
Un autre directeur, d’une importante société de télécommunications de la place, a failli, perdre son titre de séjour pour une autre histoire semblable.
Étrangement, cette pratique n’est pas l’apanage des entreprises publiques. Le phénomène sévit même dans les entreprises privées et les institutions internationales sérieuses, apôtres de la bonne gouvernance et de lutte contre la corruption, qui, par le biais de leurs représentants véreux, cautionnent et s’adonnent à ces pratiques hautement répréhensibles.
Le pouvoir (politique et économique) est confisqué par une minorité, qui s’arrose tous les privilèges au détriment de la masse. Rien ne leur échappe. De postes juteux à celui d’agent de surface, des ressources pétrolières à la vente de charbon. Pratiquement tout fonctionne suivant le système discriminatoire, de l’organisation de concours divers, de l’attribution de bourses en passant par des nominations politiques. Des jeunes diplômés hautement qualifiés, aux potentiels inouïs sont recalés lors des tests, parce qu’ils ont le malheur d’être issus de familles pauvres, ou de mauvaises ethnies.
Et comme disait l’écrivain Québécois :
« Le pauvre de décide pas, il décède
Le pauvre ne meurt pas, il crève…»
Mr Nadingar, notre Premier ministre, quelques jours après sa nomination a effectué une descente improvisée dans certains ministères, et ne trouvant personne dans les bureaux, s’empresse de traiter les Tchadiens de « paresseux». Mon avis, il faut d’abord commencer par recruter des agents productifs et pas des individus motivés uniquement par l’accumulation irrationnelle et morbide de richesse. Ils vampirisent toutes les ressources de l’État privant du coup la majorité du minimum vital.
La population est bercée d’illusions. Quelques axes bitumés, de nouveaux hôpitaux et quelques écoles ont vu le jour, mais il manque cruellement de médecins et d’enseignants qualifiés. Des investissements improvisés pour des fins purement électoralistes et qui ne servent qu’à distraire les citoyens et détourner leur attention de leurs véritables enjeux existentiels. Pour le pauvre, la préoccupation première n’est pas le bitumage des routes, qui, après tout ne profitent qu’aux riches, détenteurs de rutilantes v8 fumées. Le pauvre voudrait plutôt de bien manger pour braver, à pieds, sur des kilomètres, de Gassi à Farcha, la chaleur torride, à la recherche de la pitance pour sa progéniture, dont l’avenir est séquestré dans les coffres des V8 fumées et dont le sang a servi à bâtir d’opulentes villas. Ce pauvre n’a même pas de bicyclette, alors, la subtile couche d’asphalte sur les routes, reste le dernier de ses soucis. Du sel et du gombo abordables et de l’eau potable, voilà ce qu’il recherche. Que la ville de N’Djamena soit la vitrine ou la latrine d’Afrique centrale, le pauvre, désespéré, s’en moque éperdument.
Alors chers dirigeants, après vingt ans d’accumulation illicite de richesse et à l’aune de l’an 1 de la Renaissance tchadienne, il est temps de mettre fin à cette gouvernance basée sur l’exclusion et le népotisme et de penser, un peu, aux autres. Débarrasser l’administration publique des caciques, ces apparatchiks carriéristes qui prennent plaisir à maintenir le pays dans un régime digne de l’ère coloniale et les remplacer par des jeunes dynamiques, visionnaires et technologiquement avertis, serait un bon départ. Il nous faut une rupture totale avec les vieilles habitudes.


Delaville Sewingar