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Tchad: procès Habré, chute de Toumaï, succession, Zakaria Deby se dévoile dans un entretien vérité


Alwihda Info | Par Adil Abou - 12 Avril 2017 modifié le 12 Avril 2017 - 10:55

Publié le : 12/04/2017
Auteur : AFRIKATV


Zakaria Déby, vous semblez avoir décidé de vous effacer de la scène politique de votre pays depuis quelque temps. A quelle stratégie répond cette volonté d’effacement ? Je répondrai simplement à votre question en disant que, ce n’est ni une stratégie encore moins une volonté quelconque d’effacement. Je suis comme un soldat au service de ma nation, un commis de l’Etat. Je ne me suis pas effacé de la scène politique nationale, seulement, je suis un peu discret. Je suis discret de nature, ceux qui me connaissent peuvent en témoigner. Au cabinet, on doit faire son travail dans la plus grande discrétion, parce que c’est la fonction qui le recommande. Comme un bon soldat, je sui en réserve. Cependant, je ne suis pas inactif comme certains le disent. On peut servir le pays de plusieurs manières et je suis actif mais dans la discrétion. On dit de vous que vous parlez peu, vous écoutez beaucoup mais surtout que vous êtes plus un homme de réseaux qu’un homme de scène ? Quelle perception avez vous de vous-même? C’est une question pertinente. Je crois qu’il est préférable d’être actif et réservé que passif et très visible. Je suis un homme d’action. Quand on est happé par la politique et surtout dans mon cas précis, c’est normal d’avoir des canaux, des relations un peu partout et dans tous les secteurs. Tout homme, quelque soit le secteur dans lequel il évolue, tisse des relations, crée des réseaux, c’est la nature humaine qui veut ça. Plus on a des amis, plus on échange des idées, plus on ouvre les yeux sur l’extérieur, avoir une autre perception de la vie, du monde qui nous entoure. Je suis un homme discret, il est vrai, mais j’aime échanger, avoir de contacts, mener des réflexions sur des sujets qui touchent non seulement mon pays, mais aussi le continent africain. Monsieur Zakaria Deby, en préparant cet entretien nous avons remarqué que votre parcours scolaire et universitaire vous a conduit du Tchad en Tunisie en passant par la France. Pouvez-vous nous retracer ce parcours qui vous a fait passer par Abéché, l’école Montaigne, lycée sacré coeur, l’ Ileri ( L’Institut libre d’étude des relations internationales à Paris) et Tunis. C’est vrai que j’ai effectué une partie de ma scolarité à l’école Montaigne de N’Djamena jusqu’en classe de seconde mais je vais vous raconter une anecdote. Au cours d’un repas familal, notre papa ( NDLR : Idriss DEBY) nous posait des questions de culture générale sur le Tchad mais il a remarqué que certains parmi nous ne connaissaient pas assez l’histoire de notre chère patrie. C’est ainsi que, déçu, il a décidé de nous envoyer au Lycée Brahim Mahamat Itno d’Abéché pour étudier l’histoire du Tchad et sa géographie. Cela nous a beaucoup apporté je dois l’avouer en terme de connaissance de mon pays. Ensuite ce sera un bac que j’ai obtenu en étant en classe de Première au Lycée Franco-arabe d’Abéché. Sur les conseils avisés de mon père j’ai opté pour les relations internationales où j’ai commencé à étudier à l’ILERI ( L’Institut libre d’étude des relations internationales) à Paris. Mais à la suite de l’assassinat de mon frère aîné, Brahim, j’ai dû quitter la France pour poursuivre mes études à Tunis où j’ai décroché une maîtrise en Droit International des affaires privées à l’âge de 21 ans. Je garde de très bons souvenirs de toutes ces années enrichissantes. A 22 ans après un stage de neuf mois au ministère des Affaires étrangères, je me suis retrouvé au cabinet civil, comme Directeur de cabinet civil adjoint du Chef de l’Etat. Vous avez été à la tête de la compagnie nationale aérienne Toumaï Air. On vous a fait partir, mais après votre départ, la compagnie n’a pas survécu. Dites-nous exactement quel a été le vrai problème du décollage de ce fleuron ? C’est un crève-coeur pour moi lorsque j’aborde ce sujet de Toumaï Air Tchad. Je sais qu’il y a eu beaucoup de rumeurs, d’intoxication à mon sujet mais il faut remettre les choses dans leur contexte. À mon arrivée à la tête de la compagnie, il y avait déjà des arriérés de salaire de cinq mois, les bureaux étaient fermés, j’ai dû aller moi-même chercher le personnel un à un, chacun a son domicile. J’ai alors présenté à l’Etat, actionnaire majoritaire, un Business Plan et sollicité un montant pour relancer la machine. Nous avons obtenu un soutien financier de l’Etat, moins de 30% de ce que mes prédécesseurs avaient obtenu avant mon arrivée à la tête de la compagnie. Malgré cela, nous avons réalisé de très bons résultats et on avait même finaliser de nouveaux partenariats pour desservir Brazzaville et le Maghreb. Mais vous savez bien que lorsque tout va bien, ça ne plait pas à tout le monde. Nous avions un taux de remplissage de plus de 86% par vol. Ce qui m’a profondément choqué c’est ce fameux jour où l’avion avec à son bord 117 passagers à destination de Bangui via Douala, a été refoulé de Douala sur N’Djamena parce qu’on nous a notifié sur place au Cameroun la lettre de retrait du CTA. Le CTA c’est le certificat de transporteur aérien, une autorisation qui permet à toute compagnie de commencer et de poursuivre ses opérations et c’est un document qui atteste de la capacité de la compagnie à assurer des vols en toute sécurité. C’était pour moi un véritable coup de poignard! Il a fallu en urgence se démener pour trouver d’autres avions aux passagers pour assurer la suite de leurs voyages. Ce que beaucoup ne savent pas c’est que le coût d’exploitation d’un avion est très élevé. En deux ans, nous avons reçu de l’Etat une subvention 1.600.000.000 FCFA. Mais déjà, il faut rappeler que depuis 2004, année de la création de la compagnie, cette dernière n’avait pas ses propres avions. J’ai fais le choix de l’acquisition d’un avion tout simplement parce que le coût de l’acquisition revenait quasiment au même prix que deux ans de location d’avion. J’ai donc acquis en Jordanie un Boeing 737-300 en très bon état, bien parti pour 10 ans minimum. J’ai moi-même voyagé à bord de l’appareil pour rentrer de la Jordanie au Tchad. Mais comme l’eau était déjà dans le gaz, un beau jour l’OACI, Organisation de l’aviation civile internationale qui est là pour gérer et administrer la Convention relative à l’aviation civile internationale débarque au Tchad pour un contrôle au sein de l’ADAC, (Autorité de l’aviation civile du Tchad) pour vérifier si les CTA et CDN ( Certificat de navigabilité) étaient délivrés dans des conditions réglementaires. Puisque l’OACI ne sanctionne pas directement les compagnies aériennes. C’est ainsi que l’OACI, n’étant pas satisfaite du travail de l’ADAC, elle l’a suspendu; et relation de cause à effet, Toumaï s’est donc vu retirer son CTA CDN. L’ADAC a donc plongé et nous a tiré dans sa chute. Elle aura mis six mois pour se relever et se remettre à jour grâce à l’OACI. Mais pendant ce temps, j’avais déjà quitté la direction de la compagnie, en laissant les caisses pleines. A ce jour, il y a eu cinq dirigeants qui m’ont succédé et pourtant les avions sont cloués au sol. C’est regrettable, car j’avais de très grandes ambitions pour cette compagnie. Ceux qui ont usé de stratagèmes doivent se rendre compte qu’en voulant me faire du mal ils ont fait du mal à tout un pays.


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