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POINT DE VUE

Tribune : Pourquoi la polémique autour de l’extradition de Baba Laddé est ennuyeuse et contreproductive !


Alwihda Info | Par Edmond Rivière - 18 Janvier 2015 modifié le 18 Janvier 2015 - 14:52

Il y a quelque chose de totalement affligeant à observer la classe politique de la République Centrafricaine, habituée, avec ses théories fumeuses qui frisent le ridicule et ses déclarations à l’emporte-pièce, à lancer de vrais faux débat, à entretenir de polémique inutile et, in fine, à se donner en spectacle au grand désespoir de tous ceux qui tentent, tant bien que mal, de remettre ce pays en difficulté sur le droit chemin.


C’est à croire que le bon sens qui serait, semble-t-il, la chose la mieux partagé au monde à déserter le champ de réflexion mais aussi d’action des responsables de partis politiques centrafricains. Alors qu’au-delà des calculs politiciens et des visées égoïstes à courte vue, la pratique politique ou républicaine (ce qui revient au même), suppose une réflexion constructive dont l’heureuse conséquence devrait être le bien être des autres, c’est-à-dire de ceux qui sont dans le besoin, à vrai dire le peuple. Ce serait d’ailleurs un lieu commun que de dire qu’un homme politique, un vrai, est un homme de bien, un homme de coeur, pas un égocentrique doublé d’un matérialiste au sens pathologique du terme comme on en voit par dizaine au sein de l’élite centrafricaine.

La dernière trouvaille en date des supposés hommes politique centrafricains qui guettent le moindre prétexte pour se mettre sous les feux des projecteurs, est la polémique qu’ils entretiennent idiotement, il faut bien le souligner, autour de l’extradition vendredi 2 janvier vers le Tchad, du chef rebelle tchadien Baba Laddé, dont les combattants ont commis de nombreuses exactions sur le territoire centrafricain.

Nombreux, en effet, sont ces leaders de maison close, aidés en cela par des Torquemada du Net, à pousser des cris d’orfraie et à crier au crime d’État, arguant que Baba Laddé, grand criminel contre l’humanité, plutôt que d’être extradé au Tchad, devait être jugé en Centrafrique. Il en est trouvé, comble de la mauvaise foi, un ancien chef du gouvernement, qui plus est, spécialiste du droit mais pas toujours droit, pour donner corps à ses arguties, ignorant par-là même que Baba Laddé doit répondre de crimes commis non seulement en Centrafrique, mais aussi au Tchad.

D’ailleurs, comment ne pas s’étonner que l’extradition de Baba Laddé ait pu couler autant d’encres et de salives, contrairement à celle du mercenaire belge. Quelle différence il y’a-t-il entre le belge et le tchadien si ce n'est la couleur de leur peau ? Encore que… Devrait-on donner raison aux observateurs qui estiment qu’il existe un fort sentiment anti-tchadien au sein de la classe politique centrafricaine? Par ailleurs, pourquoi, parmi ceux qui crient au scandale figurent ceux-là même qui n’ont pas encore digéré, c’est le moins que l’on puisse dire, leur éviction, le 10 janvier 2014, des ors et privilèges de la République?

Car, s’il est vrai que Baba Laddé et ses hommes se sont rendus coupables de nombreuses exactions en territoire centrafricain et que l’idéal aurait été que le droit soit dit en terre centrafricaine afin de rendre justice aux victimes, il est tout autant vrai que les faiblesses structurelles actuelles de l’État centrafricain imposent nécessairement une voie transitionnelle qui puisse allier les réalités factuelles au besoin de justice. D’autant que la République Centrafricaine est l’un des États parties des accords d’extradition entre les Etats membres de la Communauté économique et monétaire de l'Afrique centrale (Cémac) du 28 janvier 2004 qui stipulent que « lorsqu’un ressortissant des Etats membres est arrêté dans un Etat, celui auquel appartient cet individu peut demander son extradition afin qu’il soit jugé dans son Etat d’origine. »

C’est exactement ce qui s’est passé dans le cas Baba Laddé. Loin d’être une « trahison » comme on a eu à l’entendre de la bouche d’éminents juristes pas toujours catholiques, il est vrai, c’est la pratique. De ce point de vue et ce point de vue seulement, la République Centrafricaine n’invente rien mais absolument rien.

Ensuite, garder Baba Laddé en terre centrafricaine aurait coûté une fortune à l’État dont les caisses sont désespérément vides. Car, il aurait fallu le loger, le protéger, le nourrir, le soigner mais aussi et surtout nourrir les cinquante (50) hommes qui étaient affectés pour sa garde. Sans compter les risques d’évasion et autres. C’est donc en bon droit que le gouvernement a accédé favorablement à la demande tchadienne. Que Babé Laddé soit jugé en Centrafrique ou au Tchad, l’essentiel c’est qu’il puisse répondre de ses nombreux crimes. Telle est notre conviction.