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POLITIQUE

Un oubli dans le bilan de François Hollande


Alwihda Info | Par GBANDI Anatole - 29 Juin 2017 modifié le 29 Juin 2017 - 14:00

Peu avant le départ de M. Hollande, les télévisions françaises ont fait le bilan de son quinquennat. Le volet intérieur de ce bilan est conforme à la réalité du pays, mais son volet extérieur me semble lacunaire.


François Hollande. (Crédits photo : Abaca Press)
François Hollande. (Crédits photo : Abaca Press)
1. LE CHEF DE GUERRE
Tout au long de son mandat, M. Hollande a été présenté comme un excellent chef de guerre. Il a sauvé le Mali, il a sauvé la Centrafrique, il allait contribuer à sauver la Syrie quand l'Américain Obama a fait capoter le projet d'intervention. Ce versant particulièrement reluisant de la politique du président ne pouvait être éludé dans un bilan sérieux. Mais voilà, à la veille de son départ de l'Élysée, le chef de guerre n'avait plus que le Mali sur son tableau de chasse présenté par les chaînes de télévision. Pas un mot de la Centrafrique ! Pas un mot des Centrafricains ! Ces hommes et leur pays ont disparu du tableau. Les nommer reviendrait à le voiler, les nommer reviendrait à relativiser le succès du Mali. Pourtant les deux guerres se ressemblaient par bien des côtés : deux pays pauvres attaqués par des djihadistes, deux armées d'opérette qui se sont effondrées comme un château de cartes... Mais alors qu'au Mali l'armée française intervenait promptement, avec des moyens aériens pour attaquer et anéantir les islamistes, en Centrafrique, le président Hollande, dans un premier temps, avait opposé une fin de non-recevoir à la demande d'intervention de M. Bozizé. Quelques années auparavant, en 2007, son prédécesseur Nicolas Sarkozy avait sauvé le président centrafricain d'une attaque fulgurante des rebelles, qui s'étaient emparés de plusieurs villes du nord. Comment expliquer le refus de M. Hollande ?

2. LE CHANTRE DU CHANGEMENT
En 2012, quand l'ancien premier secrétaire du parti socialiste accéda au pouvoir, l'ombre d'un sous-marin planait sur les relations franco-africaines : la Françafrique. Un mot composé... de réseaux, que le président Ali Bongo, dans un discours en présence de Nicolas Sarkozy, avait dit ignorer le sens. Un nom péjoratif, lourd à porter. Une survivance des pratiques coloniales qu'il fallait enterrer à tout prix. Et qui mieux que le socialiste Hollande pouvait lui tordre le cou ? Lui qui savait que la Françafrique avait survécu à un autre socialiste, François Mitterrand, qui n'en était d'ailleurs pas l'initiateur. Donc une fois élu, le chantre du changement va prendre ses distances avec l'hydre françafricaine et refuser son aide à Bozizé, qu'il soupçonnait de dérive autocratique. A l'époque, les socialistes centrafricains se trouvaient dans l'opposition, et ferraillaient dur contre le général, dont ils accusaient le parti d'avoir truqué les élections législatives du 23 janvier 2011.

Quelques mois après son élection donc, le président français va assister les bras croisés à la chute de Bozizé ou, si l'on veut, au coup d'État de Djotodia. M. Fabius, son ministre des Affaires étrangères prendra acte du changement intervenu en Centrafrique, contrairement aux Américains qui, eux, exigeront un retour à l'ordre constitutionnel. En Afrique, les coups d'État sont condamnés a priori, du bout des lèvres, mais confirmés a posteriori. En Afrique, il y a coup d'État et Coup d'État. Ce dernier, celui de Djotodia, était une véritable invasion avec des destructions et des massacres tels que la Centrafrique n'en a jamais connu. Une question se pose : qui était derrière ce coup d'État ? La réponse se trouve aujourd'hui encore dans un faisceau de présomptions. On va rappeler celle qui revient avec insistance et qui concerne les parrains de Bozizé, ceux qui l'ont aidé financièrement et militairement à prendre le pouvoir, et qu'il aurait déçu. Cette déception serait une raison suffisante pour perpétrer un coup d'État en Françafrique.

Mais alors que devient la position du président << normal >>, le chantre du << changement >>, qui ne voulait plus entendre parler de cette hérésie ? Sa position est restée on ne peut plus limpide : en refusant d'aider Bozizé, il condamne apparemment la Françafrique mais avalise implicitement le coup d'État. Malheureusement, pour le président, la Centrafrique est un pays instable dont les réactions sont imprévisibles : le coup d'État dérape : M. Hollande est obligé d'intervenir. A son corps défendant,  pour sauver, me semble-t-il, ce qui pouvait encore l'être. Mais en fait d'intervention, il s'agissait de montrer ses muscles, d'enrayer << les grands massacres >> et de quitter le pays. Les massacres baisseront effectivement mais c'est pour reprendre de plus belle, après le retrait de la Sangaris.

Il faut aussi ajouter, et cela a déjà été dit, que les militaires français ne peuvent pas intervenir partout où l'on se bat. Ils n'ont pas le don d'ubiquité. Et quand bien même ils l'auraient, ils le mettraient prioritairement au service de leur pays qui se trouve à son tour guetté par le terrorisme djihadiste. Reste que le combat contre ces fanatiques est partout mené par des coalitions. Un petit pays comme la Centrafrique ne peut rien contre ces gens, que redoute même la première puissance militaire de la planète.



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