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EDITORIAL

Une ode d’espérance pour un pays qui se meurt !


Alwihda Info | Par Adrien Poussou - 29 Janvier 2016 modifié le 29 Janvier 2016 - 23:27

Le Centrafrique est maudit, définitivement perdu, incapable de se réformer, réfractaire à la stabilité, impénétrable à la sincérité et laminé par ses propres enfants, des Centrafricains, si prompts à se quereller, à s’auto-dénigrer ou à se désigner (mus par un complexe d’infériorité) un directeur de conscience, de préférence un étranger.


Adrien Poussou
Adrien Poussou
Chaque fois qu’on le répète devant moi (surtout venant d’un étranger, compatriote Africain ou non, voisin de la CÉMAC ou non), je fais mine de me mettre en colère. Ce qui me dispense d’argumenter. Mais dans mon for intérieur, j’admets sans l’avouer, sans surtout le proclamer, qu’il y’a une part de vérité dans cette affirmation.

Car, comme le dit Amin Maalouf au sujet de son Liban natal, la République Centrafricaine « sera toujours un pays de factions, de désordre, de passe-droits, de népotisme et de corruption »; « mais c’est aussi le pays de la douceur de vivre, de la chaleur humaine et de la générosité ».

J’aimerais tant que ces paroles aient un quelconque effet sur mes compatriotes, les poussant à se départir, simplement par leur comportement, de cette mauvaise réputation. Qu’elles puissent les persuader de se montrer tolérant entre eux, citoyens d’une même contrée, et à s’accepter mutuellement, malgré leurs innombrables défauts.

Cependant, j’ai la prétention d’affirmer que sous des dehors affable, courtois, timide et par certain côté hypocrite, le Centrafricain est l’être le plus orgueilleux que je connaisse. Pis, il a la déception facile. De déception au renoncement, il finira peut-être un jour par se retrouver sans patrie. Et je crains que cette perspective inquiétante qui nous pend déjà dangereusement au nez ne s’accélère et ne se concrétise.

Bien sûr, ils se trouveront qui vont protester, et, profitant de l’occasion pour vitupérer l’auteur de ces lignes. C’est de bonne guerre. Seul le contraire aurait été suspect. Dans ces conditions et seulement dans ces conditions, j’ai la faiblesse de croire qu’avec un peu de bonne volonté et d’organisation nous seront capables de hisser notre pays sur un haut pavois. Et avec un peu de chance, il pourrait être le creuset du vivre-ensemble et le pivot du développement social, culturel, économique, industriel dans l’espace CÉMAC. J’y crois !

À condition — risquant de torde le cou au politiquement correct ou de choquer la bien-pensance —, de faire peu de cas des proclamations grandiloquentes du genre : « ne demande pas ce que ton pays peut faire pour toi, demande toi ce que tu peux faire pour ton pays ». Parce que, comme l’écrivain Amin Maalouf, encore lui, fait dire à l’un de ses héros, c’est « facile à dire quand tu es milliardaire, et que tu viens d’être élu à quarante trois ans président de la première puissance du monde »; « mais lorsque dans ton pays, tu ne peux travailler, ni te soigner, ni te loger, ni t’instruire, ni voter librement, ni exprimer ton opinion ni même circuler dans les rues à ta guise, que vaut cet adage de John Fitzgerald Kennedy ? Pas grand chose ». Simplement parce que tu attends de l’État et de ses dirigeants de mener une politique qui puisse te mettre en condition de t’offrir à toi et aux tiens, le strict nécessaire.

C’est en cela que je fais miennes les conclusions qu’Amin Maalouf met dans la bouche de son personnage : « c’est d’abord à ton pays de tenir, envers toi, un certain nombre d’engagements. Que tu y sois considéré comme un citoyen à part entière, que tu y subisse ni oppression, ni discrimination, ni privations indues. Ton pays et ses dirigeants ont l’obligation de t’assurer cela; sinon, tu ne leur dois rien. Ni attachement au sol, ni salut au drapeau. Le pays où tu peux vivre la tête haute, tu lui donne tout, tu lui sacrifies tout, même ta propre vie; celui où tu dois vivre tête basse, tu ne lui donnes rien. Qu’il s’agisse de ton pays d’accueil ou de ton pays d’origine. Telle est la charte des hommes libres ».

Le prochain président de la République et son entourage sont donc prévenus. Ils n’auront rien de nous s’ils s’accaparent pour eux et leur famille l’ensemble des richesses du pays. Mieux, ils nous verront dresser devant eux tel un mauvais présage. Nous attendons d’eux une politique qui puisse nous permettre de libérer notre énergie créatrice. Une politique qui nous place au coeur de son dispositif; pas en périphérie. Le prochain chef de l’État doit pouvoir faire la différence entre les intérêts de son clan, de ses amis, de ses partisans et l’intérêt supérieur de la Nation !

Si, comme je l’espère, le président élu engage le pays sur la voie du renouveau et, priorités des priorités, apprend à ses compatriotes (en donnant lui-même l’exemple) le plaisir et la satisfaction que procure le travail bien fait, alors, il aura la reconnaissance éternelle du peuple centrafricain. Tel est le mal que je ne puis m’empêcher de lui souhaiter. Il devra également se départir des réflexes rétrogrades et de la tentation du repli sur soi et sur la famille proche. S’engager dans une telle aventure ne sera pas seulement un abandon de ses propres promesses mais une véritable trahison et en quelque sorte une insulte à la mémoire de nos compatriotes qui ont péri pour que leur sang versé favorise le renouveau centrafricain.

Car « c’est de la disparition de l’avenir qu’on ne se remet pas ». Et pour paraphraser le narrateur de « Désorientés », le pays dont l’absence nous attriste et nous obsède et pour lequel on se fait la guerre n’est pas celui que nous avons connu dans notre jeunesse, mais c’est celui dont nous avons rêvé depuis au moins cinquante ans et qui n’a jamais pu voir le jour.

Tous ensemble, et c’est une prière, inventons ce pays tant souhaité mais jamais réalisé !


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