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POINT DE VUE

Washington: la Banque Mondiale boude le Tchad


Alwihda Info | Par - ҖЭBIЯ - - 12 Août 2008 modifié le 13 Août 2008 - 01:32

Depuis sa prise de fonction, Mr. Youssouf Saleh Abbas, le Premier Ministre de Deby fait le pied de grue devant les autorités de la Banque Mondiale pour être reçu à Washington. En effet, l’un des objectifs d’Idriss Déby Itno en nommant Mr. Youssouf Saleh Abbas (YSA) à la primature est de l’utiliser pour renouer avec la Banque qui n’est pas du tout contente de l’utilisation faite des ressources du pétrole


Washington: la Banque Mondiale boude le Tchad

Par Armel Ramadji Doumnande, laleonline.com

La Banque Mondiale boude le Tchad

Par Armel Ramadji Doumnande, laleonline.com, 12 aout 2008

Depuis sa prise de fonction, Mr. Youssouf Saleh Abbas, le Premier Ministre de Deby fait le pied de grue devant les autorités de la Banque Mondiale pour être reçu à Washington. En effet, l’un des objectifs d’Idriss Déby Itno en nommant Mr. Youssouf Saleh Abbas (YSA) à la primature est de l’utiliser pour renouer avec la Banque qui n’est pas du tout contente de l’utilisation faite des ressources du pétrole. Eh bien, tout laisse croire que Mr. Abbas attendra encore longtemps avant de rencontrer les autorités de la Banque. La Banque Mondiale a très mal digérée le non respect par le régime Deby du fameux « protocole d’entente » signé entre le Tchad et elle en 2007 pour dissiper la brouille née de la modification unilatérale de la loi 001 par le gouvernement Tchadien. La preuve de ce froid qui règne entre Ndjamena et la Banque Mondiale est le refus catégorique de Mr. Robert Zoellick, Président de cette institution de recevoir le nouveau Premier Ministre Tchadien. Ce refus de la banque de recevoir Mr. Abbas est contenu dans deux lettres dont nous venons de recevoir copies. Dans les lettres datées du 27 juin 2008 adressées par Mr. Philippe O. Seng, Administrateur de la Banque pour le Tchad à Mr Oumar Matar Bremé, Ministre de l’Economie et du Plan du gouvernement YSA, la Banque a clairement signifié que le Premier Ministre Tchadien ne sera pas reçu par le Président du groupe de la banque Mondiale s’il s’hasarde à venir à Washington. « Je voudrais porter à votre connaissance que dans le cadre de la préparation de la mission de S.E.M le Premier Ministre du Tchad a la Banque Mondiale, j’ai reçu ce matin une communication du bureau du Président Zoellick, exprimant le regret de celui-ci de ne pouvoir rencontrer le chef du Gouvernement. » dit en substance la lettre de Mr. Seng. YSA pourrait être reçu par Mme Ngozi N. Okonjo-Iweala, la Directrice Générale de la banque s’il n’y voit pas d’inconvénients. C’est une façon polie et diplomatique d’opposer une fin de non recevoir au gouvernement Tchadien qui brille par son manque de sérieux et sa gestion calamiteuse. La Banque Mondiale n’est pas du tout disposée à recevoir YSA ou tout autre envoyé de Deby. Du moins pas avant le remplissage d’un chapelet de conditions posées par l’équipe de Mr. Zoellick. Entre autres, la banque exige une lettre d’engagement du Gouvernement Tchadien contenant les points suivants :

Réitérer l’importance que le Gouvernement (ndlr : tchadien) attache au maintien de bonnes relations entre le Tchad et la Banque Mondiale ;
Rembourser le prêt de la Banque Mondiale relatif au projet de pipeline Tchad-Cameroun ;
Souligner que la situation sécuritaire du Tchad a entravé l’attente des résultats poursuivis dans le cadre du protocole d’entente de 2007 ;
Relever l’attachement du Tchad à la qualité plutôt qu’au volume des dépenses dans le cadre de la lutte contre la pauvreté ;
Proposer la mise en place d’un groupe de travail pour revoir et actualiser les recommandations de la mission multi-bailleurs de juin 2007, spécialement sur celles relatives a la qualité de la dépense ;
Assurer la cohérence du budget 2008 avec la stratégie de lutte contre la pauvreté (CSLP) ; Donner l’assurance que le Gouvernement s’est approprie le CSLP au plus haut niveau de sa hiérarchie ;
Souligner l’importance que vous attachez a la transparence dans la gestion des ressources publiques ; A cet effet, proposer de réactualiser le mandat et renforcer la capacité du Collège de manière à ce que celui-ci puisse assumer efficacement son rôle de principal organe de suivi et de supervision pour la communauté internationale ; proposer aussi de travailler avec la Banque pour améliorer le système de gestion des marches publics ;
Proposer de travailler avec la Banque afin de réorienter l’assistance de celle-ci vers les domaines ayant le plus haut potentiel d’impact sur la réduction de la pauvreté ; notamment le développement rural, la sante publique, lutte contre le VIH/SIDA, et
L’enseignement de base. Exprimer également votre souhait que la Banque assiste le Tchad dans le domaine de la bonne gouvernance et de la gestion du secteur publique en général.

Les autorités Tchadiennes ont donc du pain sur la planche pour remplir toutes les conditions énumérées par la Banque. Youssouf Saleh Abbas et son équipe pourront-ils relever le défi ? Idriss Deby Itno acceptera-t-il d jouer franc jeu et transparence pour une fois ? Rien n’est moins sur et l’avenir nous le dira. En attendant, Youssouf Saleh Abbas peut attendre à N’Djamena. Venir à Washington pour venir à Washington, ca ne vaut pas la chandelle semblent dire Mr. Zoellick et la Banque Mondiale. Le message est on ne peut plus très clair et n’est certainement pas tombé dans les oreilles d’un sourd du coté de N’Djamena. La recréation et la kermesse du désordre sont-elles terminées entre la Banque et Deby ? On ose l’espérer. La Banque a sans nul doute tiré les leçons de ses précédentes mésaventures avec le regime du Général de Corps d’Armées Idriss Deby Itno.

Apres s’être faite driblée par Idriss Deby Itno qui a fait croire aux institutions de Bretton Woods qu’il allait lutter contre la pauvreté avec l’argent du pétrole, les autorités de la BM se sont rendues à l’évidence du gangstérisme du regime Tchadien, un regime qui est loin d’avoir à cœur la réduction de la pauvreté et l’amélioration des conditions de vie des Tchadiens. Idriss Deby Itno et son régime préfèrent dilapider des millions de dollars venant de la vente du pétrole dans l’achat des armes de toutes sortes et des mercenaires pour entretenir la guerre à l’Est et soutenir les rebelles du Darfour. Pendant ce temps, les Tchadiens tirent le diable par la queue et ne savent à quel saint se vouer. L’argent de l’or noir qui devrait soulager les souffrances des Tchadiens et pillé, dilapidé, mal géré par la famille Itno et ses courtisans pendant que la population s’éteint à petit feu. Robert Zoellick et son équipe semblent désormais jouer la carte de la prudence, de la rigueur et des résultats avec les autorités de Ndjamena. Respectez vos engagements et produirez des résultats qualitatifs, mesurables et vérifiables avant de solliciter quoique ce soit disent les gens au niveau de 1818 H Street, NW à Washington. Robert Zoellick veut faire passer un message clair à Deby et son régime comme pour leur dire qu’il n’est pas James D. Wolfensohn, l’ancien Président de la Banque Mondiale, qui avait naïvement cru au sérieux, à la parole d’honneur et aux différents engagements du Président Déby d’utiliser les ressources générées par le pétrole pour combattre la pauvreté et relever le niveau de vie des Tchadiens. La BM ne veut plus commettre les mêmes erreurs qui ont conduit au fiasco du projet pétrole Tchadien qui était sensé être un modèle du genre. Mieux vaut tard que jamais et il n’est jamais trop tard pour mieux faire.