Deux parties belligérantes viennent de signer un ‘accord’ nous dit –on. La festivité s’en est suivie, pour ne pas dire une kermesse. Ne soyons pas rabat-joie ! Hourra !
Seul bémol, d’autres accords ont été signés dans la même allégresse et exactement dans le même lieu. Disons, nous ne sommes pas au premier coup d’essai et certains ne souffrent point d’amnésies. Alors pourquoi celui-ci donnera un résultat ? De quel résultat parle-t-on déjà ?
Avant de procéder à la comparaison historique entre les différents ‘accords’ (entre guillemets), mettons-nous d’accord sur l’opportunité d’user ce terme ‘accord’. On n’y peut rien, l’affiche a été faite en français et fait mention de ce trait de conciliation. Alors que signifie un ‘accord’. « Un accord est un engagement formel entre deux ou plusieurs parties exprimant leur commune volonté de produire l'effet de droit recherché. » En effet, les deux parties se sont bien réunies et ont publiquement annoncé la volonté commune d’y arriver. Mais d’y arriver à quoi ? 2 points sont évoqués : 1) une CENI indépendante et les membres qui la composeront, 2) statut de l’opposition. Pour ce qui est du calendrier : L’objectif de se mettre d’accord dans un futur proche est fixé (30 jours à partir de la signature). Patatras… aucun engagement formel n’a été fait. Juste une promesse. On y reviendra plus loin. Ici, il s’agirait plutôt d’une entente, d'un protocole d'entente ou peut être une déclaration commune d'intention. Voyons voir ce que cela veut dire. Une « entente est un arrangement informel, un mode « amiable » de solution d'un différend. Elle constitue la première étape à franchir — le fait de s'entendre — vers la conclusion d'un accord formel » Vue l’objectif que se sont fixés les deux parties, il s’agit bien de cela. Alors pourquoi dans une fanfare, on nous présente un accord qui n’en est point ? Pourquoi les deux parties ont paraphé, dans un folklore ostentatoire, un recto qui ne contient rien, qui n’engage à rien, qui ne fixe aucun objectif mais seulement et uniquement la promesse de s’entendre ? Pourquoi ne pas avoir attendu justement la fin de cette entente (31 janvier) pour organiser cette festivité ? Au moins nous aurions su le pourquoi de la kermesse. Il n’y a que ceux qui sont dans les secrets de dieux qui auront les réponses à ces questions. L’affaire n’est pas claire. Une perfidie se préparerait.
Comme le dit un adage bien populaire "ce qui se conçoit bien s'énonce clairement - et les mots pour le dire arrivent aisément." Constatez qu’il y a anguille sous roche !
Avant cette kermesse, deux ou trois tentatives ont avorté. Disons pour être honnête, ce n’est pas tout à fait vrai. Un festin a été organisé une première fois, avant même de commencer à discuter. La date m’échappe (peut être juin 2013), par contre le lieu reste inoubliable par sa singularité, c’était bien dans le bien nommé hôtel 5 étoiles "Kempeski". Patatras, la discussion n’a jamais pu aboutir. Mais le dessert et le plat principal ont été consommés avec l’entrée – c’est dommage.
Revenons au processus qui a enfanté de cette dernière festivité. D’abord c’est les deux Ismaël (frères siamois dont l'opération chirurgicale de séparation a eu lieu en 1996 - comprenez l'amabilité entre deux frères) qui l’ont négocié tout au long de l’année, avec en apothéose 'un mariage'. Oui c’est la particularité de cette discussion. D’aucuns se souviendront ‘ni de l’objectif, ni de la méthodologie’ pour y arriver à un accord, mais les festivités restent la marque qui a ouvert la parenthèse et qui l’a fermée ce 31 décembre 2014.
Pour ce qui est de la signature, elle s’est déroulée entre le Premier ministre (sans titre de chefs du gouvernement) vice-président de RPP Abdoulkader Kamil, et Ahmed Youssouf président de la coalition USN regroupant 7 partis. Par contre, les discours le jour de la cérémonie ont été donnés par le président de la République – chef de gouvernement et le président de l’USN. Suivez mon regard ! Quelqu’un retient-il une logique ? Récapitulant: les négociants, les signataires, les discoureurs ne sont pas les mêmes. Ça a été un désordre de croisement dont personne ne retient le déroulement. Entendons-nous bien, il est normal à un président de la République de ne pas participer à un arrangement entre partis politiques (même si ici il ne s’agit pas de cela), mais en tant que chef de gouvernement il devait signer et s’y engager, car cette entente a bien eu lieu entre « le gouvernement et l’USN » encore une autre particularité de cette kermesse. Encore mieux, les deux discours furent les summums de quiproquo. Normalement le premier donne le ton et le suivant dans la même fraternité y répond et va même plus loin, en se saisissant de l’avantage du dernier. Rien de cela, chacun n'a parlé que de ce qu’il a voulu.
Alors, si j’évoque cette particularité, c’est justement parce que c’est un procédé coutumier. Disons c’est la méthode habituelle d’embrouille à Djibouti. Pour rappel, en 1994 l'accord, entre la dissidence du FRUD et le gouvernement, est signé par Idriss Harbi Farah - alors Ministre de l’Intérieur. Ici aussi les initiateurs se sont effacés lors de la signature. Ce dernier s’est vu débarqué très peu de temps après…..
Bis repetita en 2002 lors de l’accord entre le FRUD-armé d’Ahmed Dini et le gouvernement, le signataire du côté du gouvernement a été Abdallah Abdillahi Miguil – encore une fois ministre de l'Intérieur. Patati, même procédé, dans un remaniement de chaises musicales, ce dernier a été muté dans un autre ministère. Dire que la signature de ce genre d’accord politique annonce une prémonition d’un changement de portefeuille ministériel, si ce n’est pire. Si j’étais Adoulkader Kamil je me méfierais. Contrairement à un pays normal, aucune continuité administrative ou ministérielle n’est assurée dans notre cher pays des ‘ braves’. Le signataire s’en va avec ses engagements. Vu d’un autre angle, l’accord prend fin avec l’occupant du poste. Peur dans la maison festive! l'USN (avec son armada de cheiks et autres sacraux saints marabouts) doit prier pour que le Premier Ministre garde son poste. Notre salut est peut-être dans cet équilibre d’adjuration commune propre à la pratique soufie de chez nous.
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Djibouti : Accord ou entente ?








