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# G20 : un scénario incohérent qu’il faut réécrire complètement Damien Millet – Eric Toussaint
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- Published: 2008-11-15T22:36:00.000Z
- Updated: 2026-04-06T20:55:00.000Z
- Description: Le sommet du G20, regroupant les grands pays industrialisés et émergents,<br />vient de se réunir à Washington...
- Author: Djamil @
- Tags: ACTUALITES, #Import 2026-04-02 13:16

Le sommet du G20, regroupant les grands pays industrialisés et émergents,  
vient de se réunir à Washington. La crise financière internationale est  
profonde, les Bourses ont perdu près de 40% de leur capitalisation en  
octobre 2008, les marchés financiers sont suspendus aux décisions prises  
par les Etats pour apporter des remèdes qui éclairciraient leur avenir  
bien assombri. Les feux de l’actualité internationale se sont braqués le  
temps d’un week-end sur Washington. Et pourtant…  
  
Pourtant, que s’est-il passé à Washington ? Un spectacle affligeant, un  
scénario manquant franchement de crédibilité, mais trop peu de spectateurs  
s’en émeuvent. Dans les films policiers, il est assez rare que les clés du  
Palais de justice soient confiées aux coupables d’un crime abominable.  
C’est pourtant ce que le G20 est en train d’organiser…  
  
Depuis la crise de la dette de 1982, les grands pays industrialisés ont  
promu avec vigueur des mesures économiques néolibérales que le FMI et la  
Banque mondiale ont été chargées d’imposer aux pays en développement. En  
proie à un surendettement provoqué par la chute des cours des matières  
premières durant les décennies 1980-90 et à une hausse brutale des taux  
d’intérêt décidée par les Etats-Unis en 1979, le Sud a été contraint de  
réformer son économie pour pouvoir servir ses créanciers : au menu,  
dérégulation forcenée, privatisations massives, ouverture des marchés au  
profit des grandes entreprises des pays industrialisés, réduction des  
budgets sociaux et de la fonction publique… Tous les maux venaient du fait  
qu’il y avait trop d’Etat, et il fallait réduire son influence sur la  
sphère économique à tout prix, même – et surtout – s’il cherchait à  
défendre l’intérêt du plus grand nombre.  
  
Pour les populations du tiers-monde, le remède imposé par le FMI, la  
Banque mondiale puis l’OMC, à la demande des dirigeants des pays du Nord,  
fut pire que le mal. Les émeutes anti-FMI se sont multipliées, par exemple  
quand le prix du pain était doublé en une nuit. A l’exception notable de  
quelques gouvernements progressistes, souvent fortement déstabilisés en  
coulisses pour qu’ils rentrent dans le rang, la plupart des gouvernements  
du Sud ont appliqué ces mesures sans sourciller. Présentée comme  
indispensable à la création de richesse, la dérégulation économique a été  
étendue à la planète entière. Les institutions financières privées ont  
alors eu les mains libres pour inventer des produits financiers de plus en  
plus complexes dans le but d’engranger de plus en plus de profits, quitte  
à fermer les yeux sur les conséquences économiques réelles. Des montages  
financiers ahurissants ont été mis sur pied sans le moindre contrôle des  
autorités, et bien sûr sans aucune morale. Tant que cela fut possible, on  
a dissimulé la face obscure de cette dérégulation derrière de beaux petits  
chiffres de croissance, sans révéler que cette croissance concernait  
uniquement les plus riches et que l’on assistait en fait à une croissance  
prodigieuse des inégalités.  
  
Puis vint le moment où il ne fut plus possible d’affirmer que la mariée  
était belle alors que sa robe était maculée de sang. La crise financière  
internationale s’est déclenchée en août 2007 et s’est aggravée durant  
l’année 2008\. De grandes banques (Northern Rock, RBS, Bear Stearns, ING,  
Fortis, Dexia, UBS et tant d’autres), de grandes compagnies d’assurance  
(AIG), de grands organismes de crédit hypothécaire (Freddy Mac, Fannie  
Mae) ont appelé l’Etat à l’aide et il a souvent accepté de les renflouer  
ou d’organiser leur sauvetage. Mais au lieu d’en profiter pour reprendre  
le contrôle de cette mécanique inhumaine devenue folle, l’Etat a laissé le  
pouvoir de décision à ceux qui ont conduit l’économie mondiale dans  
l’impasse actuelle.  
  
Ce sommet du G20 est révélateur du fait que les leçons n’ont pas été  
tirées. Les vieux démons du passé sont toujours là. Le FMI et la Banque  
mondiale, bien que délégitimés par l’échec des mesures imposées depuis 25  
ans et par la crise de gouvernance qui les frappe depuis quelques années  
(démission forcée de Paul Wolfowitz de la présidence de la Banque  
mondiale, démissions de Horst Köhler et Rodrigo Rato du FMI avant la fin  
de leur mandat, enquête récente autour de Dominique Strauss-Kahn au FMI),  
sont toujours au cœur des solutions proposées. La relance des négociations  
à l’OMC pour accroître la déréglementation économique, qui vient de faire  
la preuve de son échec, est remise sur le tapis. Alors que les prêts du  
FMI ne trouvaient plus preneur, la Hongrie, l’Ukraine et le Pakistan  
viennent de se porter volontaires. Contrairement aux dénégations des  
institutions concernées, les mêmes conditionnalités inadmissibles sont  
toujours de mise : en contrepartie du dernier prêt, la Hongrie a dû  
décider entre autre la suppression du 13e mois et le gel des salaires pour  
les fonctionnaires. Le Japon a même proposé de fournir jusqu’à 100  
milliards de dollars au FMI pour qu’il puisse accroître ses prêts et  
poursuivre sa funeste action. Par ailleurs, la réunion de Washington pour  
trouver une solution mondiale à la crise actuelle ne se tient pas dans le  
cadre des Nations unies, mais dans le cadre restreint du G20\. Ce sont donc  
les promoteurs d’un modèle injuste et non viable à terme qui sont chargés  
de le tirer d’affaire. Les seules solutions proposées défendent l’intérêt  
des grands créanciers. Les populations et les pays pauvres n’ont toujours  
pas leur mot à dire.  
  
Quand un scénario est aussi incohérent et aussi mal ficelé, on espère  
toujours un rebondissement final qui vienne apporter un peu de justice et  
de morale à l’ensemble. Ce rebondissement ne peut venir que des luttes  
sociales qui imposeront de par le monde une réorientation radicale des  
choix économiques. Et si le film finit aussi mal qu’il a commencé, le  
risque est grand que les spectateurs soient vraiment très mécontents et le  
fassent savoir aux vingt metteurs en scène de façon plutôt véhémente…  
  
Damien Millet est porte-parole du CADTM France (Comité pour l’annulation  
de la dette du tiers-monde, [www.cadtm.org](http://www.cadtm.org/?ref=alwihdainfo.com)). Eric Toussaint est président  
du CADTM Belgique. Ils sont auteurs du livre 60 Questions 60 Réponses sur  
la dette, le FMI et la Banque mondiale, CADTM/Syllepse, novembre 2008.  
  
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Comite pour l'annulation de la dette du Tiers Monde (CADTM)  
Site Web: [http://www.cadtm.org](http://www.cadtm.org/?ref=alwihdainfo.com)