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AFRIQUE

Hissein Habré : une sortie provisoire de prison qui suscite l'indignation


Alwihda Info | Par Info Alwihda - 8 Avril 2020


Hissein Habré lors de son jugement à Dakar. © DR
Hissein Habré lors de son jugement à Dakar. © DR
La sortie provisoire de prison, assortie du placement en résidence surveillée à domicile pendant 60 jours de l'ex-président tchadien Hissein Habré, suscite l'indignation.

Lundi, le juge d'application des peines a autorisé une sortie du condamné de la prison du Cap Manuel, suite à une mesure prise par les autorités sénégalaises pour désengorger les prisons face à la pandémie du Covid-19.

Le collectif des avocats des victimes de Hissein Habré et l’Association des victimes des crimes du régime de Hissein Habré (AVCRHH) ont, dans une déclaration, mis en garde contre une libération déguisée. Ils ont demandé aux autorités sénégalaises des garanties afin que cette sortie prenne "bien fin dans deux mois, ou à tout le moins avec la fin des exigences liées à la crise sanitaire."

"Nous attendons donc des garanties que cette sortie prendra bien fin dans deux mois, ou à tout le moins avec la fin des exigences liées à la crise sanitaire, et que toutes les mesures nécessaires seront prises afin de prévenir toute tentative d’évasion et de fuite de Hissein Habré. Nous serons particulièrement attentifs à ce que le condamné Hissein Habré retourne en prison dès la fin de cette période exceptionnelle", ont déclaré sept avocats et le président de l’AVCRHH.

Des "motifs fallacieux" pour le faire libérer 

Me Jacqueline Moudeina, avocate au Barreau de N’Djamena, Me Assane Dioma Ndiaye, avocat au Barreau de Dakar, Me Georges-Henri Beauthier, avocat au Barreau de Bruxelles, Me William Bourdon, avocat au Barreau de Paris, Me Soulgan Lambi, avocat au Barreau de N’Djamena, Me Delphine K. Djiraibe, avocate au Barreau de N’Djamena, Me Alain Werner, avocat au Barreau de Genève et Clément Abaifouta, président de l’AVCRHH ont demandé aux autorités sénégalaises de "s’assurer que cette autorisation de sortir soit respectée à la lettre."

Selon eux, depuis la condamnation d'Habré par les Chambres africaines extraordinaires pour torture et crimes contre l’humanité, incluant notamment l'esclavage sexuel, ainsi que pour crimes de guerre, "ses soutiens n’ont eu de cesse de tenter de faire libérer l’ancien dictateur du Tchad de manière anticipée pour des motifs fallacieux, comme de fausses rumeurs de maladie."

Le Sénégal rassure

Le 6 avril 2020, le juge de l’application des peines a rendu une ordonnance accordant une permission de sortir d’une durée de 60 jours dans sa résidence de Ouakam à Dakar. L’ordonnance ajoute que Hissein Habré « réintégrera l’établissement pénitentiaire du Cap Manuel, immédiatement, à l’expiration de la permission de sortir ». Cette décision est motivée par la crise sanitaire actuelle du Covid-19.

Le ministre de la Justice du Sénégal a précisé à la radio que « Hissein Habré n’a pas été libéré. Hissein Habré est toujours en prison, c’est tout simplement le lieu de détention qui a changé ». Le ministre a également rappelé que Hissein Habré est un prisonnier international et que même le chef de l’État « ne peut pas prononcer de grâce ».

"Une libération anticipée violerait aussi l’obligation du Sénégal de réprimer de manière effective ces crimes, comme l’a indiqué clairement le Comité des Nations unies contre la torture", prévient le collectif d'avocats.

Les victimes n'ont pas été dédommagées

Depuis la condamnation d'Hissein Habré, aucune victime n'a été dédommagée. "Des milliers de victimes, dont beaucoup vivent dans la précarité et qui ont mené une lutte durant 25 ans pour le traduire en justice, attendent toujours que Habré commence à verser les dommages et intérêts", rappellent les avocats.