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# New York: le CPJ exhorte le Tchad à abroger une loi muselant la presse
- URL: https://www.alwihdainfo.com/new-york-le-cpj-exhorte-le-tchad-a-abroger-une-loi-muselant-la-presse-a748/
- Published: 2008-06-18T16:46:00.000Z
- Updated: 2026-04-06T20:56:12.000Z
- Description: L’ordonnance, adoptée sans débat parlementaire en février dernier durant une période d’état d'urgence et de censure totale des médias, a modifié la loi sur la presse avec des dispositions qui pénalisent en faite tout reportage critique sur les sujets sensibles au Tchad, notamment les affaires gouver
- Author: #1174; #1069;BI #1071;
- Tags: ACTUALITES, #Import 2026-04-02 13:16

LE COMITÉ POUR LA PROTECTION DES JOURNALISTES  
330 7th Avenue, 11th Fl., New York, NY 10001 USA Phone: (212) 465 1004  
Fax: (212) 465 9568 Web: www.cpj.org E-Mail: info@cpj.org  
  
Le CPJ exhorte le Tchad à abroger une loi muselant la presse  
  
New York, le 9 juin 2008—Voici ci-dessous le texte d’une lettre du Comité pour  
la Protection des Journalistes (CPJ) datant du 6 juin 2008 exhortant le premier  
ministre du Tchad, Youssouf Saleh Abbas, à abroger une loi répressive menaçant  
la presse indépendante dans son pays.  
  
Le 6 juin 2008  
  
Son Excellence Youssouf Saleh Abbas  
Premier Ministre de la République du Tchad c/o Ambassade du Tchad aux Etats-Unis  
d’Amérique  
2002 R Street, NW  
Washington, D.C. 20009  
  
Fax: (202) 265-1937  
  
Cher Monsieur le Premier Ministre,  
  
Nous sommes encouragés par vos récentes déclarations en faveur d'une presse  
privée et indépendante, et nous vous invitons maintenant à poursuivre votre  
engagement dans cette lancée pour notamment l'abrogation de l’ordonnance  
présidentielle N°5.  
  
L’ordonnance, adoptée sans débat parlementaire en février dernier durant une  
période d’état d'urgence et de censure totale des médias, a modifié la loi sur  
la presse avec des dispositions qui pénalisent en faite tout reportage critique  
sur les sujets sensibles au Tchad, notamment les affaires gouvernementales, la  
rébellion armée, et les relations ethniques. Par exemple, le délit inédit  
d’«intelligence avec l'ennemi» est passible d'une peine pouvant aller jusqu'à  
trois ans de prison, tandis que l'«offense au président», est passible d'une  
peine maximum de cinq ans de prison (article 48). Le décret a également  
introduit de nouvelles exigences plus strictes pour l'ouverture de journaux,  
notamment le dépôt légal auprès du ministère public et du Haut conseil de la  
communication.  
  
Lors d'une rencontre avec les membres de la presse tenue le 14 mai dernier à  
l'hôtel Kimpinski de la capitale tchadienne, N'Djamena, vous avez déclaré que  
l’ordonnance présidentielle N°5 serait soumise à l'arbitrage parlementaire,  
selon des journalistes locaux. En avril dernier, le quotidien français  
Libération a d’ailleurs cité Nassour Guélendouksia Ouaïdou, le président de  
l'assemblée nationale du Tchad, disant qu'il s'opposait à l’ordonnance N°5\. Nous  
vous appelons donc à exhorter le président Idriss Deby ainsi que les membres du  
parlement à abroger cette législation liberticide pour les médias, qui porte  
atteinte aux acquis démocratiques du Tchad au cours des dernières années.  
  
Nous sommes également préoccupés par les conditions des journalistes étrangers  
qui souhaitent travailler au Tchad, dans la mesure où le gouvernement a retiré  
le permis de travail de la journaliste indépendante, Sonia Rolley, en mars  
dernier sans explication, la forçant ainsi à quitter le pays. Mlle Rolley, qui  
travaille pour plusieurs organes de presse basés en France, dont Radio France  
Internationale, et l'Agence France-Presse, était la seule correspondante  
permanente étrangère au Tchad, selon des recherches du CPJ. Dans un entretien  
téléphonique avec le CPJ cette semaine, le nouveau ministre tchadien de la  
communication, Mahamat Hissène, a déclaré qu'il ne disposait d'aucune  
information sur le dossier de Mlle Rolley, soulignant que cette affaire a  
précédé sa prise de fonction. Le gouvernement reçoit volontiers les demandes  
d'accréditation de tout journaliste étranger, a-t-il ajouté.  
  
Depuis sa prise de fonctions à la mi-avril, le gouvernement, sous votre tutelle,  
s'est distingué dans son ton d'ouverture et de dialogue avec la presse privée.  
Lundi dernier, M. Hissène a officiellement autorisé l'hebdomadaire privé Notre  
Temps à reprendre sa parution, selon des journalistes locaux et des médias. Le  
même jour, la radio activiste, FM Liberté, est retourné sur les ondes pour la  
première fois depuis le 16 janvier dernier, lorsque la police avait sommairement  
fermé la station, a dit au CPJ son directeur de programme, Eleyakim Dokpane  
Vanambyl. La plupart des journalistes qui avaient fui N’Djamena par crainte de  
représailles du gouvernement en début février suite à un raid des rebelles sur  
la capitale, sont également retournés au pays, selon des recherches du CPJ.  
  
Vos récents commentaires en faveur de la liberté de la presse ont mis un terme à  
une série de déclarations hostiles contre la presse indépendante de la part de  
hauts responsables tchadiens, selon des journalistes locaux. Dans une interview  
télévisée en mars dernier avec la chaîne internationale française, France24, par  
exemple, le président Idriss Deby avait déclaré: «Il y'a évidemment des  
journalistes tchadiens qui ressemblent un peu à la radio des mille collines de  
1994 qui a allumé le génocide au Rwanda ».  
  
L'Agence de presse africaine (APA) basée au Sénégal vous a cité déclarant le 14  
mai que la presse privée «n'est pas et ne sera pas un adversaire» de votre  
gouvernement. «Nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour aider la presse  
privée, car elle est un élément important pour notre démocratie», a rapporté  
l'agence, en vous citant.  
  
En tant qu'organisation impartiale à but non lucratif de journalistes, dévouée à  
soutenir nos collègues dans le monde entier, nous aimerions encourager votre  
gouvernement à poursuivre sa lancée de promotion d’une culture de dialogue avec  
la presse indépendante. Nous vous invitons ainsi à œuvrer d’avantage, comme vous  
avez eu à le faire, pour permettre à la presse de travailler librement dans  
votre pays comme elle le faisait jadis. L’abrogation de l’ordonnance N°5 serait  
impérative à la réalisation ce but.  
  
Merci de l'attention que vous prêtez à cette question. Nous attendons votre  
réponse.  
  
Veuillez agréer, Monsieur le Premier Ministre, l'expression de nos sentiments  
distingués.  
Joël Simon  
Directeur exécutif  
CPJ  
  
Ampliations:  
S.E. Nassour Guélendouksia Ouaïdou, Président de l'Assemblée Nationale du Tchad  
S.E. Mahamoud Adam Bachir, Ambassadeur du Tchad aux Etats-Unis d’Amérique S.E.  
Mahamat Ali Adoum, Représentant Permanent du Tchad aux Nations Unies S.E. Louis  
J. Nigro, Ambassadeur des Etats-Unis d’Amérique au Tchad S.E. Bruno Foucher,  
Ambassadeur de France au Tchad Rama Yade, Secrétaire d’Etat française des  
Affaires étrangères et aux droits de l’Homme Faith Pansy Tlakula, Rapporteur  
Spécial sur la liberté d’expression en Afrique Reine Alapini-Gansou, Rapporteur  
Spécial sur les défenseurs des droits de l’homme en Afrique American Society of  
Newspaper Editors Amnesty International Article 19 (United Kingdom) Artikel 19  
(The Netherlands) Canadian Journalists for Free Expression Freedom Forum Freedom  
House Human Rights Watch Index on Censorship International Center for  
Journalists International Federation of Journalists International PEN  
International Press Institute Michael G. Kozak, U.S. Assistant Secretary for  
Democracy, Human Rights, and Labor The Newspaper Guild The North American  
Broadcasters Association Overseas Press Club  
  
Le CPJ est une organisation indépendante à but non lucratif, dévouée à la  
défense de la liberté de la presse dans le monde entier. Pour plus  
d'informations, veuillez visiter www.cpj.org