Afrique : Qui, après Patrice Talon, acceptera vraiment de partir ?
Le départ de Patrice Talon, après deux mandats, marque une exception en Afrique, où les présidences à vie dominent. Son geste pose la question de l'alternance politique sur le continent.
Par Barra Lutter
Alors qu'une partie de l'Afrique s'enlise dans les présidences à vie, le départ annoncé de Patrice Talon résonne comme une anomalie politique presque dérangeante. Deux mandats, puis partir. Sans modification constitutionnelle. Sans référendum taillé sur mesure. Sans armée mobilisée pour protéger un pouvoir devenu personnel. À l'échelle du continent, le geste paraît si rare qu'il en devient historique.
Le Bénin ne prétend pourtant pas être une démocratie parfaite. Le pays a connu des critiques sur les libertés politiques, l'espace de l'opposition et la concentration du pouvoir durant les années Talon. Mais malgré ces zones d'ombre, une ligne rouge n'a pas été franchie : celle de la confiscation du pouvoir par l'éternisation présidentielle.
Dans une Afrique où certains dirigeants gouvernent depuis trente ou quarante ans, quitter volontairement le pouvoir devient un acte politique puissant. Du Cameroun à la Guinée équatoriale, en passant par l'Ouganda, Djibouti, la République du Congo ou encore le Tchad, les Constitutions semblent souvent perdre leur valeur dès qu'elles croisent l'ambition présidentielle. Les limitations de mandats deviennent des obstacles à contourner, non des principes à respecter.
À Cotonou, le scénario est différent. Patrice Talon affirme vouloir redevenir un simple citoyen. Cette posture tranche avec une culture politique continentale où l'ancien chef d'État continue fréquemment de gouverner dans l'ombre, de choisir son successeur ou de préparer son retour.
Le véritable enjeu commence maintenant. Le départ de Talon n'aura de portée historique que si la transition reste libre, crédible et indépendante. Car une alternance réussie ne se mesure pas uniquement au départ d'un homme, mais à la capacité des institutions à survivre à son influence.
Le Bénin possède aujourd'hui un avantage rare : celui d'avoir progressivement transformé la limitation des mandats en culture politique. Depuis le renouveau démocratique de 1990, plusieurs présidents béninois ont quitté le pouvoir sans rupture majeure. Peu de pays africains peuvent en dire autant.
La question est désormais continentale : qui fera comme Patrice Talon ? Qui acceptera de comprendre que le pouvoir n'est pas un héritage personnel mais une mission temporaire ? Qui choisira de sortir par la grande porte plutôt que de s'accrocher jusqu'à l'usure des institutions et la fatigue des peuples ?
L'Afrique n'a pas seulement besoin d'élections. Elle a besoin d'exemples.